Le krump : du gospel de rue dansé

Le krump refait son apparition en Calédonie avec la création de Kana Fam. Cette association veut faire découvrir cette danse et ses fondements aux jeunes par le biais de stages découverte, de cours et de camps à l’étranger. Et pour couronner le tout, ses membres vont organiser le premier championnat du Pacifique en novembre prochain. Une information dévoilée en exclusivité à DNC.

Le krump trouve ses origines en 1992 lors des émeutes raciales dans les quartiers pauvres de Los Angeles. Touché par les guerres de gangs, le trafic de drogue, les interpellations musclées de la police, un certain Thomas Johnson décide de créer le personnage de Tommy le Clown, un danseur maquillé qui anime des goûters d’anniversaire dans les ghettos et transmet des valeurs positives aux enfants.
En grandissant, deux d’entre eux, Tight Eyez et Big Mijo, se sont réapproprié les mouvements de Tommy le Clown et on développé une nouvelle forme d’expression, le krump, pour Kingdom Radically Uplifted Mighty Praise (élévation du Royaume par la louange toute puissante). On parle ainsi de gospel de rue dansé où ses interprètes se rapprocheraient donc de Dieu pour développer leur spiritualité.

Une danse non violente

Cette danse est non violente malgré son apparence agressive avec des mouvements exécutés très rapidement, de la rage ou la colère qui peut se lire parfois sur les visages des danseurs de krump, les krumpers. Si c’est une danse urbaine revendicative et exutoire comme le hip-hop, c’est surtout une manière de canaliser l’énergie de la colère en l’exprimant à travers l’incarnation d’un personnage, elle se veut être une danse représentant la « vie » et toute sa « jouissance ». Il n’y a aucun conflit physique entre les danseurs même s’ils se retrouvent autour de battles pour savoir qui sera le meilleur.

En fait, elle suit les mêmes codes que le hip-hop, mais les attitudes, les expressions de visage, les pas miment des gestes de bagarre, de dispute, de strip-tease, mais aussi des gestes quotidiens. Le krump est une danse rapide, saccadée ou sensuelle, d’amoureux de la ville qui sont dans l’urgence d’exprimer un sentiment, une colère, une envie. D’ailleurs on retrouve cette danse dans des chorégraphies de grands opéras. Pour Kevin Tessier, le vice-président de l’association Kana Fam : « Les krumpers réalisent un exercice subtil de contrôle des énergies, un retour à l’intériorité entre lâcher-prise, contrôle et isolation du mouvement, de l’impulsion à l’impact. C’est le véritable langage du corps par la danse. »

La première association en Calédonie

Si le krump a connu un certain succès en 2005 grâce à Rize, un documentaire du photographe David LaChapelle, au Festival du cinéma américain de Deauville, très peu de danseurs calédoniens se sont lancés dans l’aventure. « À la fin des années 2000, nous étions une quarantaine de krumpers sur le territoire, mais faute d’évènements, les jeunes ont abandonné et je me suis retrouvé seul, explique Kevin Tessier. Mais la danse attire de plus en plus d’adeptes de par le monde et pour ne pas rester sur le carreau, avec d’autres danseurs, nous avons décidé de créer en décembre Kana Fam, la première association de krump de Calédonie. »

La nouvelle n’a pas tardé à s’ébruiter chez les danseurs de rue, notamment de hip-hop, qui commencent à adhérer. « L’avantage du krump, c’est que chaque danseur a son propre style et sa propre identité, son propre personnage. Il est inimaginable de trouver deux danseurs de krump qui dansent de la même façon. » Et pour encore mieux comprendre ce style de danse, le grand chorégraphe de danse contemporaine Eddy Malem a dit du krump : « Cette danse est une chance, car elle est un partage de la violence qui nous fonde et un moyen de la comprendre en se délivrant du discours. C’est une danse du début ou de la n des temps qui dit l’essentiel de ce qui fait un homme aujourd’hui, un secret pour lui-même vivant debout au plus noir de sa propre nuit. »

De l’abstrait au concret

Si la volonté de l’association est de faire découvrir le krump aux plus jeunes, elle est en train de mettre sur pied des formations, des cours et veut organiser des camps d’entraînement chez nos voisins australiens et néo-zélandais. « À travers nos formations, nous voulons retourner au corps et à ses sensations, nous en souvenir pour raconter une histoire. Bâtir un récit grâce aux cycles de mouvement. Il s’agit de faire vivre nos intériorités et personnages, en dansant une situation, un sentiment, une attitude, une histoire, détaille Kevin Tessier. Il s’agit d’apprendre les codes, les mouvements de base, car dans le krump, chaque geste est codifié et chaque terme de cette grande famille aussi. »

Enfin, Kana Fam veut aller encore plus loin en organisant le Pacific Buck Championship, le premier championnat du Pacifique de krump « Nous avons déjà pris des contacts avec des krumpers étrangers. Deux danseurs australiens, deux néo-zélandais et deux japonais ont déjà confirmé leur présence. On attend la réponse de la Corée et du Vanuatu. Je peux également indiquer que Flipsid, le vice-champion du monde 2017 de krump, sera membre du jury et que ce championnat se déroulera les 22 et 24 novembre », précise le vice-président de Kana Fam. Reste encore à trouver le lieu et à cet effet, l’association en appelle aux partenaires et aux dons. Kevin Tessier indique : « Nous avons mis en place une cagnotte sur Leetchi.com pour collecter des fonds pour tous nos projets. Il su t de taper dans la recherche du site le nom : projets- kana-fam-2019 ».

C.S

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