La politique de l’eau sur les rails

La suite du forum H2O s’est tenue hier, au sein de la CPS. L’idée de ce deuxième rendez-vous était de restituer les travaux engagés pendant six mois. Autour de six grands objectifs stratégiques, la politique de l’eau partagée fixe des ambitions à court, moyen et long terme.

L’eau est la ressource indispensable à l’homme. Étonnamment, la capitale du territoire s’est développée sur l’une des seules zones qui n’en dispose pas. Mais ce n’est pas faute d’en consommer. Cette absence d’eau avait conduit à la construction d’un aqueduc, le Grand Tuyau, reliant Païta à Nouméa à la fin des années 1990, l’une des plus belles entourloupes maintes fois mise à l’index par la Chambre territoriale des comptes. Cette gabegie, dont la vocation était de sécuriser l’approvisionnement en eau potable, n’avait pas vraiment fait l’objet d’études alternatives. Elle illustre un fonctionnement très courant qui consiste à confier une délégation de service public sans aucun contrôle ou presque.

L’idée de la politique de l’eau est, entre autres, de changer cette situation. Pour résumer la PEP, politique de l’eau partagée, cherche à moderniser la gestion de la ressource et ses usages. Mais contrairement à ce qui a pu être annoncé, la PEP n’est pas encore réellement une politique à proprement parler. La restitution qui a été faite le 17 octobre a permis de détailler plus de 700 actions définies par les participants au forum de l’eau, au mois d’avril. La mission interservices de l’eau (Mise) a, entre les deux, effectué un gros travail de synthèse et de regroupement des idées et actions en six grands objectifs stratégiques.

Première étape

Reste que ce travail n’est qu’une première étape et il manque encore à la PEP l’essentiel pour en faire une politique, à savoir un mode de gouvernance, une stratégie et des financements. En dehors de la définition de grands objectifs stratégiques, la politique de l’eau est encore dépourvue de ces trois éléments de base. Ces réflexions devront être conduites dans les mois à venir. À noter que si les actions ont été partagées avec la société civile, ce ne sera pas le cas de la gouvernance qui est pourtant la question primordiale. C’est la gouvernance qui déterminera le modèle économique et donc les possibles financements. Ce sera cette gouvernance qui aura également la charge d’arrêter un statut de l’eau, ce qui est loin d’être un détail. Envisager l’eau comme une marchandise ou un bien commun a des implications, notamment sur l’usager, très différentes.

Autant de questions qui restent en suspens et interrogent sur cette politique de l’eau qui respecte impeccablement les règles du marketing. Mais en dehors de la cosmétique, les quelques déclarations volontaristes d’élus pourraient ne pas suffire à trouver les équilibres politiques que plus de 20 ans de travaux n’ont pas réussi à définir. L’éclatement des compétences en matière d’eau, comme dans de nombreux autres domaines, complique l’avancée des dossiers, notamment en raison de l’émiettement des financements.

La problématique des financements sera une question tout particulièrement sensible. Si la PEP ne fixe pas de cap en la matière, la Mise a présenté plusieurs scénarii allant de la création d’une agence publique, garante d’une gouvernance commune, à l’ouverture au privé pour assurer les financements, à l’instar de ce qui a pu être fait pour le Grand Tuyau, par exemple. Selon le gouvernement, la gestion de l’eau nécessiterait près de 6 milliards de francs par an.

Une manne qui ne tombera certainement pas du ciel et sera prélevée soit au travers de l’impôt, soit par un paiement généralisé et plus élevé de l’eau, soit les deux. Un choix qui est loin d’être simple quand on sait que de nombreuses communes ne facturent actuellement tout simplement pas l’eau. Si payer l’eau est tout à fait normal pour certains, cela ne va pas de soi pour d’autres.

Des actions concrètes prêtes à être mises en œuvre

D’autant plus que l’eau distribuée est aujourd’hui peu ou pas traitée, comme l’ont illustré les problèmes de l’hôpital de Koné. L’eau ne peut pas être distribuée à l’hôpital, mais peut très bien l’être au robinet des habitants. De manière générale, 64 % des eaux consommées sont des eaux de surface et 90 % de la surface des périmètres de protection des eaux sont considérés comme dégradés. La réalité de la non-potabilité de l’eau pourrait bien être plus importante que ce que laisse apparaître les évaluations. Car même sur les zones censées être protégées, les dégradations sont nombreuses et mal contrôlées.

Si l’exécutif se donne six mois pour avancer sur la gouvernance, la construction de la loi autour d’actions concrètes, et non l’inverse, permet d’avancer sur certains dossiers sans perdre de temps. C’est notamment le cas pour l’agriculture qui, à y regarder de plus près, est un des principaux volets de la politique. Dans ce domaine, de nombreux projets sont relativement bien avancés. Mais contrairement aux particuliers qui devront acquitter la facture au travers des impôts ou de leurs factures, l’agriculture devrait bénéficier d’un important soutien des collectivités, au titre du développement de l’agriculture. Là encore, il conviendra de déterminer un prix à l’eau et réussir à le faire accepter aux producteurs. Le gouvernement avance qu’il faudra produire près de 20 millions de litres supplémentaires, rien que pour l’agriculture. On notera que la PEP prévoit un soutien important à l’agriculture marchande, mais pas grand-chose pour l’agriculture non marchande, essentiellement pratiquée en tribu, mais représentant un poids extrêmement important.

L’industrie est un autre grand acteur qui consomme de l’eau en abondance avec aussi des impacts négatifs sur la ressource eau. Maintenant que la politique est sur les rails, les élus devront la concrétiser définissant précisément les missions de chacun, les possibilités de financement ainsi que les priorités à réaliser au plus vite. Si l’exécutif espère pouvoir y parvenir d’ici six mois, il y a fort à parier qu’il se poursuivra sur la prochaine mandature.


Vers des normes calédoniennes ?

Il existe actuellement un flou juridique autour des normes sanitaires applicables à l’eau potable. Ce chantier essentiel, ouvert il y a près de vingt ans, n’a toujours pas abouti. Et pour cause, les connaissances sur la composition de l’eau sont relativement minces. Et c’est sans compter sur le fait que l’eau de nombreux captages pourrait être déclarée impropre à la consommation, nécessitant de fait d’importants travaux pour mettre en œuvre des solutions alternatives. Un coût qui devra être supporté par les usagers au travers d’une augmentation du prix de l’eau. La problématique concerne également le traitement des eaux usées. Les coûts de traitement extrêmement importants ont été l’une des principales raisons de l’abandon du projet d’organisme partenarial d’assainissement de Nouvelle- Calédonie.

M.D.

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