Kanumera en route pour la Calédonie

Le premier A330-900neo a été réceptionné, le mardi 30 juillet, par Aircalin sur le site d’assemblage toulousain d’Airbus. Cet avion, baptisé Kanumera, est le premier livré dans le cadre du renouvellement de la flotte de la compagnie calédonienne. Un événement pour Aircalin qui augure potentiellement certains changements à venir, combinés à davantage de confort et d’économies de carburant.

Cinq ans de travail. Acheter un avion est loin d’être un long fleuve tranquille. Tout a commencé en 2014 lorsque le directeur d’Aircalin, Didier Tappero, a suggéré à son conseil d’administration de renouveler l’ensemble de la flotte. Un événement peu commun, en particulier pour une petite compagnie comme Air Calédonie international. Avec l’aval du conseil d’administration, les équipes se sont mises au travail. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le nouvel avion de la flotte n’a de commun avec son prédécesseur que le nom. La compagnie internationale calédonienne disposait de quatre avions, deux A330 et deux A320. Ils seront progressivement remplacés par deux A330-900neo et deux A320neo. Kanumera est le dix-septième A330neo livré par Airbus.

Un « Meccano » hors norme

La livraison du premier appareil a été l’occasion pour une délégation de la compagnie à l’hibiscus de se rendre sur le site industriel d’Airbus, à Toulouse, afin de visiter les installations et découvrir un appareil flambant neuf qui tient toutes ses promesses. Mais avant d’en arriver là, il aura fallu près de 70 jours de travail à Airbus pour assembler ce puzzle de pièces issues de toute l’Europe. Tout est hors norme, à commencer par le hangar qui abrite la chaîne de montage. Pas moins de 500 personnes ont travaillé sur cet appareil qui sera le premier A330neo à voler dans le Pacifique. Aircalin était d’ailleurs la première compagnie du Pacifique à acheter des A330 dans le Pacifique avant que l’Australie et la Nouvelle-Zélande lui emboîtent le pas. Il aura fallu près de 1,2 million de rivets pour assembler toutes les pièces et des kilomètres de câble pour mener à bien ce chantier.

Mais en amont des 70 jours de travail sur le site de Toulouse, un travail colossal aura été abattu par les équipes d’Aircalin pour personnaliser son avion. En dehors de la base commune constituée par les moteurs, la carlingue et les ailes, tout le reste est customisé et décidé par Aircalin, ce qui implique de rechercher des fournisseurs différents que ce soit pour les sièges, les écrans, les équipements de vol, les chariots permettant de distribuer les repas, les papiers peints et tous les petits détails qui peuvent sembler anodins, mais font l’objet de débats internes qui peuvent parfois durer des semaines.

Le Memorandum of Understanding a été signé en novembre 2016 et il aura donc fallu près de trois ans de travail pour parvenir au moment clef qu’est la livraison. Mais là encore, comme beaucoup de domaines dans l’aérien, les choses ne sont pas si simples et doivent respecter un protocole très strict afin que toutes les exigences du client soient respectées ainsi que les normes de sécurité. Après plusieurs allers-retours entre Airbus et Aircalin, une dernière inspection était effectuée la semaine dernière.

La transmission de l’avion a ainsi pu se faire officiellement, le 30 juillet, en présence de nombreux officiels et notamment Philippe Mhun, le vice-président exécutif des programmes et services d’Airbus, de Didier Tappero, le directeur général d’Aircalin, et les derniers présidents du conseil d’administration, Martine Lagneau, Bernard Deladrière et Jean- Claude Briault. La passation a donné lieu à un show à l’américaine devant un parterre de près de 200 personnes dont près de la moitié des Calédoniens, composée pour une grande partie du personnel de la compagnie.

Une nouvelle flotte pour quoi faire ?

Le renouvellement de la flotte vise avant tout à réduire la facture de carburant qui représente près du tiers du coût du voyage. En la matière, l’A330neo affiche des performances plus importantes que la concurrence pour des avions de même catégorie. Selon Airbus, son appareil consomme 25 % de carburant en moins. Par rapport à l’ancien A330, les performances des nouveaux avions d’Aircalin consommeront 14 % en moins par passager et 12 % pour l’ensemble du vol. Les gains en termes de coûts seront de l’ordre de 4 %. Ils sont essentiellement dus à la nouvelle motorisation Rolls-Royce (11 % de consommation en moins) ainsi qu’au nouveau design des ailes qui améliore l’aérodynamisme et l’utilisation de matériaux toujours plus légers, notamment pour les sièges.

À cela, il faudra également ajouter des économies de maintenance du fait de la nouveauté des appareils, mais également en raison d’améliorations apportées au dispositif de surveillance permettant une meilleure anticipation du changement des pièces. Des améliorations qui permettront de limiter au maximum les immobilisations des appareils et donc une utilisation optimisée. Les pièces entre l’ancien et le nouveau modèle sont par ailleurs similaires à près de 95 %, offrant là encore des économies non négligeables. Les similitudes entre les anciens et nouveaux modèles apportent également des gains en matière de formation. Tant au niveau du pilotage que de la maintenance, les durées de formation sont considérablement réduites.

Cette course à la compétitivité s’inscrit dans un plan plus global de performance qui s’est concrétisé par la révision des lignes et en particulier l’arrêt des vols vers la Corée du Sud, l’ouverture d’une ligne vers Melbourne ou encore un nouveau programme de vols vers le Japon. Le renouvellement de la flotte reste tout de même un élément central de ce plan qui a permis à la compagnie de renouer avec les bénéfices. En 2018, le chiffre d’affaires d’Aircalin était de 18 milliards de francs pour un bénéfice compris entre 300 et 400 millions de francs.

Si ces nouveaux avions coûtent plus cher à l’achat, les économies réalisées devraient permettre d’améliorer la compétitivité d’Aircalin. Reste que le prix de billets ne baissera pas de manière spectaculaire dans les mois à venir. Si Aircalin affirme une volonté de réduire ses prix, la compagnie rappelle qu’ils ont déjà commencé à baisser ces dernières années. Sur la possibilité de proposer toute l’année des billets à 50 000 francs vers l’Australie, Didier Tappero a répondu sans équivoque qu’il ne saurait pas le faire. Il traduit plutôt cet engagement comme la volonté d’améliorer les tarifs et faciliter le voyage des Calédoniens. Et derrière cette problématique tarifaire, c’est toute la question du modèle économique qui se pose. Un modèle intimement lié à la stratégie développée par la compagnie.

Sur ce point, Didier Tappero a indiqué qu’une réflexion serait engagée en interne dans les semaines à venir. Le capital d’Aircalin étant public pour l’essentiel (99 % par le territoire au travers de l’Adanc), ce sera aux élus de trancher. Le rôle clef des élus renvoie à leur capacité à définir des lignes directrices pour les établissements publics. La faiblesse des politiques publiques sur ce sujet a été plusieurs fois débattue et pointée par différents rapports présentés au Congrès. La gouvernance est pourtant un élément déterminant pour que les établissements publics répondent aux besoins du territoire et s’inscrivent dans une logique plus globale des politiques publiques.

Pour Aircalin, l’enjeu sera notamment de savoir s’il convient de maintenir des lignes long courrier, relativement chères, ou, au contraire, de privilégier les liaisons moyen courrier, moins coûteuses en termes d’exploitation, ce qui signifierait pour les voyageurs calédoniens d’emprunter des routes moins utilisées actuellement. L’un des autres défis à venir dans le cadre du développement des activités sera l’ouverture de nouvelles lignes. La Chine est une candidate toute trouvée après les trois premiers vols charters effectués en 2018 et 2019. Le directeur général a toutefois précisé que la compagnie ne prendra pas seule cette décision. Elle devra être le fruit d’une concertation de l’ensemble des partenaires touristiques, à l’instar des contrats de destination engagés en 2013.

Le montage financier

Aircalin a renoué avec les bénéfices très récemment. Elle est toutefois parvenue à acheter les avions sans subvention directe des collectivités. Près de 30 % de l’opération de renouvellement des quatre Airbus sont réalisés sur fonds propres, notamment grâce à la vente des anciens appareils qui, en attendant de recevoir les nouveaux, sont loués à l’acheteur. Le reste du financement vient d’un prêt bancaire, à hauteur de 38 %, et de la défiscalisation qui représente environ 30 % de montant global.

Le Kanumera est attendu sur le tarmac de Tontouta le 6 août pour une mise en service le 10 août.


Océanisation de la flotte et nouveautés

Le renouvellement de la flotte a été l’occasion d’affirmer l’identité océanienne de la compagnie. Premier élément incontournable, les noms choisis pour les avions. Le premier, Kanumera, ouvrira la voie à Tibarama et deux autres noms de plage et d’îlots bien connus des Calédoniens. La robe mission sera également déclinée au niveau des uniformes des hôtesses. L’intérieur de la cabine change radicalement pour reprendre des paysages de la Nouvelle-Calédonie. On retrouvera le littoral pour la classe affaires, le lagon pour la classe économique et la forêt de la chaîne pour la classe économique Premium. Cette dernière ne devrait d’ailleurs pas passer inaperçue.

Elle s’est développée chez de nombreuses compagnies aériennes à travers le monde et offre un confort et un niveau de service intermédiaire entre la classe économique et la classe affaires. Elle proposera 21 sièges. La classe économique gagnera un siège avec une capacité de 244 passagers et la classe affaires en proposera 26.

En termes de confort, les améliorations sont notables et dans l’ensemble des classes. Les écrans seront plus grands, plus modernes et le programme sera entièrement revu. Les fauteuils, bien que plus légers, seront plus confortables et un écart important de 21 pouces (53,34 cm) a été demandé par Aircalin à Airbus. Une exigence visant à améliorer le confort pour les vols long courrier.

Le personnel n’a pas été oublié. Auparavant, le personnel naviguant devait se reposer sur des sièges passagers qui devaient donc être réservés. Ils auront désormais deux couchettes situées dans la soute, ce qui permettra de commercialiser six places supplémentaires.

Le wifi sera désormais proposé aux passagers. Gratuit pour ceux la classe affaire, il sera payant pour les voyageurs de classe éco à raison de 600 francs de l’heure et une heure sera offerte aux passagers de la classe éco premium.

M.D.

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