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Hommes femmes au travail : Dans la « marmite des stéréotypes »

Dans le cadre des réflexions menées sur le sujet de l’égalité au travail, la province Sud a convié Brigitte Grésy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, pour animer plusieurs conférences et apporter son expertise.

Il pourrait presque y avoir une histoire type pour illustrer comment, dans une culture donnée, sont formatés nos cerveaux en matière de représentations des sexes. Si l’on prend l’exemple occidental, la « fabrication » débute souvent dès la tendre enfance pour s’illustrer finalement au travail, explique Brigitte Grésy. Elle est largement véhiculée par les médias.

Le monde binaire garçon / fille débute à la maison : bébé fille est peut-être plus « précieuse » aux yeux de ses parents et le garçon plus « agile ». À la crèche, puis à l’école, les jeux ne sont pas forcément les mêmes, la façon dont on analyse les comportements et les attentes non plus. Les petites, par exemple, sont « plus douées pour l’écriture », les petits « pour les maths »… Puis rapidement les garçons « regardent le monde », les filles sentent les « regards que l’on porte sur elles ». Plus tard, on parle avec les jeunes filles de leurs rêves et avec les garçons de leurs ambitions.

Ces orientations sexistes se retrouvent durant les études, puis dans le monde professionnel. Les femmes sont parfois cantonnées à certains métiers. Elles sont surtout davantage concernées par le travail à temps partiel (13 % des Calédoniennes contre 6 % pour les hommes), représentent la majorité des bas salaires et des demandeurs d’emploi (54 % en Nouvelle-Calédonie). En France, 40 % d’entre elles modifient leur trajectoire professionnelle à l’arrivée des enfants contre 7 % pour les hommes.

Pourtant, ce n’est pas faute de mettre du cœur à l’ouvrage : les femmes ont toujours travaillé, elles sont 83 % à être actives en Métropole entre 19 et 49 ans et représentent ici 43 % des actifs. Elles ont par ailleurs de meilleurs résultats que les hommes au baccalauréat et sont plus diplômées. Mais elles sont moins nombreuses à être cadres, moins nombreuses à occuper des fonctions électives (36 % au Congrès de la Nouvelle- Calédonie, 38 % à l’Assemblée nationale).

À travail équivalent, elles sont payées moins que leurs homologues masculins (- 15 % en Nouvelle- Calédonie dans le secteur public, – 4 % dans le privé / – 27 % au global en métropole) l’écart se creusant pour les postes d’encadrement (- 17, %).

« Le plafond de verre »

La place des femmes au travail évolue au fil des années, mais elles sont de plus confrontées à un sacré champ de mines dans leur quotidien, ce fameux « plafond de verre », évoqué par Brigitte Grésy, qui désigne les freins invisibles à leur promotion, à leur accès à des postes à responsabilités. De fait, à la maison, les femmes s’occupent toujours de 80 % des tâches domestiques. Et l’absence de partage s’accroît avec l’arrivée des enfants. Elles occupent 2/3 du temps parental, les hommes étant par ailleurs plus confinés aux activités de « loisirs » ou de « conduite à l’école ». Selon l’experte, quand la femme est confrontée à un « plafond de verre », pour l’homme, les enfants sont plutôt un « escalator social ». Pour prendre un autre exemple de cumul d’activités, sur 100 femmes kanak qui ont un emploi, 34 gardent une activité agricole parallèle pour la consommation de la famille.

Et puis si cela ne suffisait pas, au travail, les femmes sont confrontées à des situations périlleuses. Elles font face à différentes formes de mauvais traitements à commencer par le sexisme ordinaire. Blagues sexistes, incivilités, mépris, interpellations familières, fausse séduction, compliments mal venus, considérations sexistes sur la maternité… La liste est longue.

Plus grave, en France, une femme sur cinq ensuite est victime de harcèlement sexuel. 5 % portent plainte, mais le plus souvent, ce sont elles qui partent et non pas l’agresseur. À vrai dire pas moins de 25 % des cas de harcèlement sexuel se produisent sur le lieu de travail, 5 % des viols. Tous ces chiffres illustrent une tendance globale.

Des outils

Encore aujourd’hui, face à ces actes les femmes optent souvent pour le déni, l’évitement, la banalisation : il faut dire que « le coût de la dénonciation est plus lourd que le coût de l’acceptation » et cette donne participe finalement à blanchir le sexisme. Tout comme la non-dénonciation par les hommes.

Si l’on va plus loin, le sexisme ordinaire est même un « terreau pour justifier ou légitimer d’autres formes de violence », souligne Brigitte Grésy.
Le sexisme le plus banal, la condescendance masculine, et les stéréotypes en général constituent une « menace » à plusieurs titres. D’abord, explique-t-elle, ces agissements, perpétrés depuis le plus jeune âge, contribuent à exclure les femmes du travail ou à faire qu’elles s’autoexcluent. « Quand on nous regarde toujours comme quelqu’un de moins bon, on devient moins bon ! », résume Brigitte Grésy.

Et ajoutez aux questions de genre d’autres sources de stéréotypes comme l’âge, la race ou encore le lieu d’habitation, vous obtenez une multiplication des problèmes, des injustices, un enterrement des ambitions. Malheureusement, cette approche binaire du monde (qui a pu avoir aussi ses avantages) empêche au final les femmes d’avoir le choix dans leur travail, d’exploiter tout leur potentiel professionnel.

Brigitte Grésy, qui se consacre depuis plus de quinze ans à ces questions, estime que la Nouvelle-Calédonie a l’arsenal législatif nécessaire pour imposer pas à pas l’égalité professionnelle. Et souligne qu’il existe plusieurs leviers pour avancer : des actions de gouvernance, une définition légale du sexisme ou encore des moyens « d’exprimer et de donner à voir les actes sexistes ». Cette « bricoleuse de l’égalité » est en tout cas pleine d’optimisme et pour cause, les choses ne cessent d’avancer en la matière.

C.M.

Les stéréotypes ont la vie dure. Dès le plus jeune âge, les filles et les garçons ne sont pas logés à la même enseigne dans les représentations populaires. Cette donne continue durant les études et la vie profesionnelle. 


La Nouvelle-Calédonie compétente

La Nouvelle-Calédonie est compétente sur la question des inégalités et de l’emploi. En matière de droit du travail, le transfert a été effectué et le Code du travail calédonien a été publié le 1er mai 2008. Il reprenait des lois métropolitaines et internationales auxquelles ont été ajoutées des lois du pays. Une loi du pays pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes (vie privée, professionnelle, publique) a été promulguée en 2014, ainsi qu’un texte relatif aux relations du travail et à l’interdiction du harcèlement moral et sexuel au travail dans le secteur public.


Bio express

Commandeur de la Légion d’honneur, agrégée de grammaire, ancienne élève de l’Ena (promotion Liberté, égalité, fraternité), directrice de cabinet ministériel, Brigitte Grésy est inspectrice générale des affaires sociales depuis 2006. Elle est spécialiste des questions sur l’égalité entre les femmes et les hommes et auteure de nombreux rapports sur l’égalité professionnelle ou encore la parentalité. Elle a été nommée secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle en 2013 par Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des Droits des femmes. Elle est également membre de l’Institut européen de Vilnius sur l’égalité et membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, au sein de la commission sur la lutte contre les stéréotypes sexistes et la répartition des rôles sociaux.

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