Gouvernement : les discussions sont ouvertes

L’Éveil océanien a offert la majorité absolue au FLNKS pour la présidence du Congrès. En sera-t-il de même pour le gouvernement ? Difficile de faire un pronostic, malgré les précisions de Milakulo Tukumuli, le président de ce jeune parti représentant la communauté wallisienne et futunienne, qui prône pourtant fermement une Calédonie française.

Difficile de prendre de la hauteur ou de parier sur ce qu’il va se passer pour l’élection du gouvernement, le 13 juin (voir ci-dessous), cela même si l’on tente de « décoder » les propos tenus par Milakulo Tukumuli, depuis l’élection du Congrès. On nage véritablement dans le brouillard tant l’élu est déstabilisant.
Pour beaucoup, l’homme semble direct et sans langue de bois, sans bafouillage et sans prétention, simple, affectueux et calme. Pourtant, ce mathématicien calcule tout depuis le début, mais pourquoi et dans quel but ?

Un vote contradictoire

Le président de l’Éveil océanien a expliqué qu’il s’agissait d’un vote « qui devait regrouper la société » et qu’au-delà de se positionner en faveur de Roch Wamytan, il avait choisi de voter « pour un projet de société plus juste, plus équitable pour les Calédoniens ». Pourtant, en soutenant le FLNKS, il a voté pour un projet politique affirmé qui vise à émanciper les Calédoniens, les sortir de la France, et ce, depuis 30 ans !

Mais Milakulo Tukumuli clame qu’il est « pour la France » et veut « une Calédonie française ». Il ajoute : « Voter pour les indépendantistes ne veut pas dire que l’on veut l’indépendance. » On ne sait plus où donner de la tête d’autant que cet esprit cartésien, aurait pu simplement jouer l’abstention, ne pas se mouiller et laisser filer le bénéfice de l’âge pour que Roch Wamytan accède au perchoir. Mais non, à travers ce choix, le leader de l’Éveil océanien souhaite se poser en « faiseur de démocratie » et veut casser le « mur invisible qui sévit entre indépendantistes et non-indépendantistes depuis tant d’années ». Pour lui, ceux qui ont entretenu ce fossé entre les deux camps, comme « Pierre Frogier et Philippe Gomès, ont été sanctionnés par les électeurs. Il faut maintenant arriver à regrouper les Calédoniens, regrouper la société ». N’est-ce pas le fondement des accords, arriver, ensemble, à trouver la meilleure issue pour le peuple calédonien ?

Valeurs océaniennes

On l’a compris, les valeurs de l’Éveil océanien se plaisent dans les valeurs évoquées par Roch Wamytan, mais avec « une majorité océanienne » différente et pas des moindres. Si le FLNKS souhaite cette « majorité océanienne » sortie de la France, l’Éveil la veut dans la France. Milakulo Tukumuli ne « veut plus d’opposition entre Océaniens et Européens » et c’est en ce sens que son parti étudiera « au cas par cas, les projets de loi, les délibérations » qui se présenteront au Congrès, sans donner automatiquement ses voix au camp indépendantiste. De quoi promettre des débats délicats qui poseront définitivement l’Éveil océanien comme la composante, celle qui sera juge des propositions des deux camps. Et ce, avec seulement trois sièges.

Comme quoi, il ne sert à rien d’avoir la majorité des pions de l’échiquier, il suffit d’en changer les règles en y intégrant une troisième composante à l’équation et cela, Milakulo Tukumuli l’a bien compris. L’Éveil océanien et le FLNKS, cela peut faire penser au coucou, cet oiseau qui pond son œuf dans le nid d’un autre et attend sagement que son poussin soit nourri et grandisse. En attendant, « ce poussin » sait où il va et a déjà fixé ses priorités.

Les priorités

La question de la composition du gouvernement entre les différentes composantes du Congrès pourra être débattue jusqu’au 13 juin, date limite de l’élection. Dans ce cadre, et pour répondre à l’appel de L’avenir en confiance de ce week-end (voir plus loin), Milakulo Tukumuli a indiqué qu’il souhaite une « gouvernance du pays, les uns avec les autres et non les uns contre les autres ». L’élu, qui veut « ouvrir le corps électoral et rétablir les exclus dans leur droit de vote », pense que la relance économique doit passer en priorité par le logement. Pour lui, « le logement est la clé pour s’en sortir, il faut construire des logements océaniens et pas des cages à lapins », précise celui qui détient avec sa famille plusieurs sociétés de BTP. « Il faut, pour s’en sortir, aussi de la concurrence pour relancer l’économie, baisser les prix et pour cela, passer par une augmentation de la population ». Une idée qui risque de déplaire à l’autre composante de « l’unité océanienne » du Congrès.

Bref, l’échiquier politique calédonien était déjà fragilisé, malgré une volonté à deux de tenter d’avancer dans le « tous ensemble ». Aujourd’hui, avec l’Éveil océanien, une volonté nouvelle se présente pour certains Calédoniens. Une volonté qui prône des évidences d’une société meilleure, qu’indépendantistes comme non-indépendantistes ont pourtant largement priorisées lors de la campagne des provinciales. La priorité est de sortir le pays de la crise, l’urgence économique est primordiale et seul un gouvernement politiquement équilibré pourra mener à bien les réformes nécessaires. Un gouvernement qui aura enfin les capacités de nous sortir de la crise et mettra ses étiquettes politiques au second plan. Pas si évident à réaliser quand planent sur nos têtes deux échéances référendaires…


L’Avenir en confiance prône le consensus

Suite aux résultats de l’élection au Congrès, L’Avenir en con ance, dans un communiqué, appelle le FLNKS et l’Éveil océanien à travailler avec lui au sein du gouvernement pour relancer l’économie calédonienne.

L’Avenir en confiance juge critique la situation économique du territoire depuis ces 4 dernières années. Cela a entrainé « la dégradation de l’activité économique (…) et la Nouvelle-Calédonie est désormais face à une situation d’urgence économique et sociale ». Le groupe du Congrès avance que « sans un retour très rapide à la confiance des investisseurs privés et nos finances publiques, les quelque 2 000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail ne trouveront plus d’emploi, nos finances dégradées ne permettront plus à moyen terme de garantir le versement normal de salaires des fonctionnaires et les Calédoniens devront subir les conséquences d’un défaut de paiement de notre système de santé ».

La nécessité d’un gouvernement consensuel

L’Avenir en confiance avance que « ceux qui seront en responsabilité au gouvernement auront la très lourde tâche de trouver des solutions rapides et durables à la pire crise économique et sociale de ces 40 dernières années ». Le groupe considère désormais que seul « un gouvernement consensuel et politiquement équilibré pourra avoir la légitimité pour mener à bien les réformes nécessaires. Ceci ne pourra se faire sans l’indispensable confiance des partenaires sociaux et de l’ensemble de la société calédonienne ».

Cet équilibre, poursuit L’Avenir en confiance, « permettra, dans le respect de toutes les sensibilités exprimées le 12 mai dernier, de revenir à l’esprit de partage des responsabilités, voulu par l’Accord de Nouméa et surtout à établir une véritable collégialité ».

Avec le FLNKS et l’Éveil océanien

Dans ce contexte et pour le « bien-être de tous les Calédoniens », L’Avenir en confiance invite donc le FLNKS et l’Éveil océanien « à se retrouver pour qu’un consensus émerge, afin de constituer dans les meilleurs délais un gouvernement apte à apporter de la stabilité, la sérénité et la con ance dont la Nouvelle-Calédonie a besoin pour sortir de la crise et préparer paisiblement la sortie de l’Accord de Nouméa ».


Nicolas Metzdorf et Nina Julié réagissent aux propos de Milakulo Tukumuli

Les deux élus ont tenu à revenir sur la déclaration de Milakulo Tukumuli de l’Éveil océanien après l’élection de Roch Wamytan au Congrès. S’ils pensent que « voter pour un candidat indépendantiste en tant que président d’institution ne veut pas dire être en faveur de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie », ils tiennent à préciser qu’il « ne faut pas minimiser les conséquences d’une telle élection ».

« L’accession d’élus indépendantistes à la présidence des institutions favorise le discours d’indépendance », disent-ils. Pour Nicolas Metzdorf et Nina Julié, bénéficier des moyens humains et financiers des institutions, de leur prestige et de leur rayonnement servira à porter le message politique du président aux commandes de l’institution et, « dans une période référendaire, c’est prendre un risque certain. »

Ils prennent l’exemple de la province Nord, indiquant qu’à l’assemblée les indépendantistes l’ont d’ailleurs bien compris : « Ils n’ont rien cédé aux non- indépendantistes, malgré le soutien des élus d’Agissons pour le Nord à Paul Néaoutyine ».

Les deux élus concluent en expliquant que si « des majorités d’idées peuvent être trouvées sur des sujets économiques, sociaux ou environnementaux (…) à l’aube d’un deuxième et troisième référendum, nous devons rester vigilants et faire la part des choses entre ce qui relève des problématiques sociétales et le débat institutionnel. »


Dates : Élection du gouvernement :

Les élus vont définir lors de la prochaine séance du Congrès, le 5 juin, le nombre de membres au gouvernement. Les groupes politiques devront ensuite présenter leurs candidats au plus tard le 7 juin et c’est le 13 juin que qu’aura lieu l’élection du prochain gouvernement. Quand il sera élu, ses membres auront cinq jours pour choisir le président et le vice-président.

C.S

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