Dengue : un ophtalmologue du Médipôle fait une découverte saisissante

Si l’on savait que la dengue pouvait provoquer des complications oculaires, le docteur Guillaume, du CHT vient de découvrir que des atteintes ophtalmiques sévères et irréversibles, allant jusqu’à la malvoyance, se produisent toujours entre le 7e et le 9e jour de la maladie, après que le virus ait quitté l’organisme. Une découverte capitale qui peut améliorer le diagnostic et éviter le pire aux personnes atteintes.

Le docteur Jean-Baptiste Guillaume, praticien hospitalier rétinologue au Médipôle de Koutio, a divulgué l’information pour la première fois, vendredi, lors des Journées médicales au centre culturel Tjibaou. Il s’agit d’une découverte locale importante qui, une fois saisie par les autorités, trouvera écho sur le plan international sachant que l’OMS estime à 50 millions le nombre de cas annuels de dengue et que 3,5 milliards de personnes vivent dans des zones à risque.

Moins de 10 jours après une dengue

Les faits sont surtout le fruit de deux années d’analyses correspondant aux deux dernières épidémies de dengue qui ont touché la Calédonie, affectant près de 2 000 personnes. « Nous avons pris en charge au Médipôle huit patients présentant des atteintes oculaires sévères. En recoupant les informations, nous avons remarqué que toutes ces manifestations étaient liées à la dengue et qu’elles étaient toutes apparues dans un laps de temps précis, après que le virus ait quitté l’organisme », explique le docteur Guillaume, qui ajoute : « si l’on savait par la littérature médicale que la dengue pouvait occasionner des complications oculaires et que ces atteintes ophtalmiques restaient rares, nous savons aujourd’hui qu’elles sont potentiellement graves et irréversibles si elles surviennent entre le 7e et le 9e jour de la maladie, après que le virus ait quitté l’organisme du malade et alors même que les réactions immunologiques sont redevenues à leur maximum. Et ce, quel que soit l’âge, le sexe ou la provenance du patient ». Un fait nouveau qui ouvre donc des perspectives pour la compréhension de ces atteintes, leur dépistage et leur traitement.

Allant jusqu’à la malvoyance

Une fois le diagnostic posé, le médecin s’est attelé justement à trouver un traitement efficace. Il s’agit d’un bolus, une dose de médicaments à base de corticoïdes, que l’on administre par intraveineuse au patient et que l’on accompagne nécessairement de compléments alimentaires. Ce traitement dure en moyenne trois jours et la guérison peut être plus ou moins longue selon le patient. Toutes ces analyses ont également soulevé un point crucial qui concerne le moment où le malade est pris en charge. En e et, si un patient ne consulte pas immédiatement, dès les premiers signes de perturbation visuelle, entre le 7e et le 9e jour de la maladie, les dégâts sur l’œil peuvent être irréversibles. « Il faut consulter son médecin, le dispensaire ou l’hôpital au plus vite si l’on s’aperçoit que l’on a des troubles de la vision et que l’on sort d’une dengue, explique le médecin. Et de simples gouttes, un collyre, ne suffiront pas à faire disparaître ces lésions. » Si un malade n’est pas soigné à temps, il va se retrouver dans une atteinte ophtalmique sévère pouvant aller jusqu’à la malvoyance et avoir jusqu’à 1/10e à chaque œil. « Plus on agit vite, plus le pronostic est favorable et ainsi on évite des lésions rapides et irréversibles. »

Informer la population

Sa découverte dévoilée publiquement au monde médical local vendredi et dans la presse avec cet article, Jean-Baptiste Guillaume espère qu’elle sera très rapidement relayée par la Direction de l’agence sanitaire et sociale. Elle sera également transmise à l’ordre des médecins et relayée à l’échelle internationale. Pour le médecin, le but est de prévenir la population et insiste : « Il faut que les personnes qui ont eu la dengue, leurs proches, les parents sachent que des atteintes de l’œil sévères et irréversibles pouvant aller jusqu’à la malvoyance, peuvent apparaître entre le 7e et 9e jour de la maladie après que le virus de la dengue est quitté l’organisme. » Le rétinologue en appelle aussi à tous les acteurs de la santé, aux dispensaires, médecins traitants que, compte tenu des symptômes visuels qui sont minorés, seul un avis ophtalmique demandé en urgence permettra le diagnostic et une prise en charge adaptée.


Exemples de personnes atteintes entre le 7e et le 9e jour de la maladie

1er graphe : les yeux d’une patiente de 20 ans avec des atteintes sévères du champ visuel conséquentes à la dengue.

2e graphe: un homme de 55 ans présentant des symptômes identiques.

L’œil est représenté par un cercle et les points noirs sont les taches qui sont apparues dans le champ visuel quelques jours après l’épisode de dengue, rendant les patients malvoyants. En haut, la représentation à l’arrivée du patient au CHT et en dessous après son traitement. La patiente, âgée de 20 ans avait 1,6/10 de vision et après le bolus du traitement, elle a retrouvé 9/10. Le patient, âgé lui de 55 ans, avait 1/10 et a retrouvé 7/10.


Précision du Médipole 

Suite à la diffusion récente d’articles de presse, dont celui-ci, à l’initiative du Docteur Jean-Baptiste Guillaume, rétinologue au Médipôle, sur la prise en charge des atteintes oculaires sévères liées à la dengue, Dominique Cheveau, directeur du CHT a tenu à préciser que « les propos tenus par le Dr Jean-Baptiste Guillaume le sont à titre personnel et ne peuvent engager le Médipôle de Koutio ». Il semble donc qu’il y aient des divergences entre le médecin et la direction…

C.S

 

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