Croisière, le calme avant la reprise

La croissance du tourisme de croisière a marqué le pas en 2018. Une pause avant une reprise attendue dès 2021 avec l’arrivée de nouveaux bateaux. Les promoteurs souhaitent que les Calédoniens s’investissent afin d’en tirer un maximum de retombées.

Les Calédoniens sont plutôt opposés au développement du tourisme de masse. La croisière, qui est en pleine expansion dans le monde entier et en particulier dans le Pacifique, a toutefois trouvé ses défenseurs en Nouvelle-Calédonie. C’est le cas de l’agence Kenua, créée par Gilbert Thong, l’un des artisans de la croisière décédé en 2016. L’agence a accompagné l’explosion de ce type de tourisme particulier qui ne date pas d’hier. Entre 1928 et 1937, la Calédonie avait accueilli entre 7 000 et 8 000 touristes, majoritairement des Australiens. Depuis, les choses ont bien changé et très prochainement, le territoire accueillera des bateaux plus techniques, mais surtout beaucoup plus gros, d’une capacité portée à 3 800 passagers.

Le territoire reste toutefois à l’écart des géants des mers, faute de pouvoir les recevoir, dont les capacités peuvent atteindre près de 7 000 passagers. Et si la croisière marche si bien, c’est que nos voisins australiens en sont particulièrement friands. En 2016, le marché représentait près de 1,2 million de passagers contre 116 000 en 2006. Une véritable explosion qui a poussé les armateurs à ouvrir de nouvelles destinations. La Calédonie en fait partie et il y a quelques années, à l’occasion des assises du tourisme, les collectivités estimaient que le nombre de croisiéristes pourrait dépasser le million à l’horizon 2025.

Une nouvelle génération de bateaux

Si leur nombre a effectivement explosé ces dix dernières années, la tendance a sensiblement ralenti. Les chiffres étaient même en repli l’année dernière. Un constat qui s’explique par le remplacement de deux bateaux de la compagnie Carnival qui assure près de 80 % du trafic en Nouvelle-Calédonie. En 2021, les deux bateaux seront remplacés notamment par le Carnival Splendor qui devrait toucher le Caillou pour la première fois en décembre. Ce bateau de 3 800 passagers remplacera un navire de 2 600 places. La fréquentation devrait donc reprendre, mais pas nécessairement de manière exponentielle. En 2021, on devrait approcher les 500 000 visiteurs.

Un des principaux freins à son développement est le manque d’escales. Aujourd’hui, les armateurs ont le choix entre l’île des Pins, Lifou, Maré et Nouméa. Les autorités coutumières des trois îles ont fixé un nombre de touchers annuel maximum légèrement supérieur à 100. L’idée est de ne pas trop déstabiliser la vie sociale dont les équilibres sont fragiles, tout comme l’environnement. Sans même parler de la difficulté à produire suffisamment pour répondre à la demande de ces touristes, en noix de coco, par exemple. Si les îles font partie des destinations préférées des croisiéristes, ce n’est pas le cas de Nouméa qui ne refuse pas de bateaux, mais qui reste une escale relativement peu appréciée des visiteurs.

L’agence Kenua travaille à l’ouverture de nouvelles escales afin de pouvoir augmenter la fréquentation. La commune de Hienghène a fait savoir qu’elle était intéressée, Poum pourrait également accueillir à nouveau des bateaux. Mais rien n’est encore certain et les discussions avec les populations locales sont longues et compliquées. Les gens qui voient d’un mauvais œil ce type de touristes sont encore nombreux, sans même parler des impacts sociaux ou environnementaux. Sur le plan économique, les retombées sont toutefois non négligeables. Il y a quelques jours, Lifou recevait cinq bateaux dans la même semaine générant d’importantes retombées. La population l’a bien compris et développe de plus en plus d’activités.

Prise de conscience des acteurs économiques

C’est précisément ce qui manque sur Nouméa ; estime Thibault Raffard, le chargé de mission « croisière » au gouvernement qui a pris ses fonctions en octobre 2018. Selon des études réalisées à Saint-Martin et au Vanuatu il y a quelques années, à Saint-Martin, qui accueille chaque année près de deux millions de croisiéristes, les retombées totales s’élèvent à environ 43 milliards de francs, soit environ 20 000 francs de dépenses par croisiériste. Au Vanuatu, pour 250 000 passagers, les retombées pour le pays s’élèvent à quelque quatre milliards de francs pour des dépenses moyennes de 13 000 francs qui génèrent 3 250 emplois directs. Une étude sera prochainement lancée pour estimer plus finement les retombées en Nouvelle- Calédonie. En prenant en compte les études pour Saint-Martin et le Vanuatu, 500 000 croisiéristes assureraient entre huit et quatorze milliards de francs de retombées financières.

Tout l’enjeu est d’en retirer encore davantage. « Les acteurs doivent saisir les opportunités de service autour des sens. C’est ce qui a été fait pour les massages à Lifou, mais pourrait aussi se décliner par des dégustations. Il faut une prise de conscience des acteurs économiques », souligne le chargé de mission. Comme le relève pourtant Thibault Raffard, il existe une forme de rejet des croisiéristes que l’on retrouve dans d’autres villes comme Marseille ou Nice.

L’idée étant qu’il est nécessaire de s’adapter à ces touristes spécifiques. Si l’ensemble de la population ne les voit pas d’un très bon œil, les pouvoirs publics misent cependant clairement dessus. Les investissements inscrits au contrat de développement entre l’État et les collectivités en sont le signe. C’est le cas de la construction de nouveaux pontons à Lifou, l’île des Pins et d’un quai dédié aux croisières au port autonome. D’autres projets culturels intègrent également la dimension croisière comme la rénovation de la bibliothèque Bernheim, du musée de la Nouvelle-Calédonie ou encore un projet de village océanien dans la continuité du quai Ferry, à proximité de la gare maritime. L’association Témoignage d’un passé porte aussi un projet de valorisation de l’ancien bagne.


Quels enjeux environnementaux ?

La croisière est un secteur en pleine expansion. Si ses promoteurs estiment qu’elle représente un part très faible des émissions de carbone, son développement exponentiel constitue un enjeu environnemental important et relativement mal maîtrisé. Au-delà du CO2et malgré des normes toujours plus strictes, les géants des mers émettent une quantité importante de carbone, de dioxyde de soufre et de particules fines. De nombreux ports ont été amenés à imposer des normes plus strictes pour protéger la santé de leurs populations. À noter néanmoins que les chiffres avancés représentant l’équivalent des émissions d’un million de voitures sont très certainement surestimés.

Au-delà des émissions, la croisière, au même titre que le tourisme de masse classique, pose de nombreuses questions. Il y a la problématique des eaux usées qui, bien que traitées, sont rejetées en mer, mais aussi l’impact des visiteurs lors des escales. Des mesures sont parfois prises, comme en baie de Jinek, à Lifou, où l’accès est accordé à un nombre de personnes limité. Pour Thibault Raffard, il ne faut pourtant pas opposer environnement et tourisme. « Le tourisme ne peut se développer dans des écosystèmes dégradés », conclut-il.

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