COP21 : comment porter la voix du Pacifique

La 9e conférence des États membres de la CPS a débuté ce mercredi matin à Niue. C’est bien sûr la COP21, qui se tient à Paris à la fin du mois, qui occupe une grande partie des conversations. Car si les pays du Pacifique sont en première ligne pour le changement climatique, ils ont toujours bien du mal à faire entendre leur voix.

0,03 %, c’est la contribution des États insulaires du Pacifique à l’augmentation mondiale des gaz à effet de serre. Autant dire rien. à trois semaines du coup d’envoi de la réunion sur le climat de Paris (COP21), les 26 pays membres du Secrétariat de la Communauté du Pacifique (CPS), réunis cette semaine à Niue, espèrent une prise de conscience mondiale. « Nous sommes en première ligne. Le réchauffement est déjà une réalité chez nous. Or, nous n’y sommes pour rien ! L’adoption d’un accord aboutissant à la limitation du réchauffement à 2°C, c’est tout simplement une question de morale », lance Colin Tukuitonga, directeur général de la CPS. Un sentiment partagé par Josie Tamate, directrice générale du ministère des Ressources naturelles de Niue dont le pays ne s’est pas encore remis du puissant cyclone Heta qui a détruit une grande partie des infrastructures du pays en 2004 (lire par ailleurs) : « Oui, nous attendons beaucoup de la réunion de Paris. Encore faut-il que les décisions prises soient adaptées au Pacifique. »

Bureaucratie occidentale et divisions locales

Car si les pays occidentaux ont pris conscience des dangers qui pèsent sur les États insulaires, les politiques d’aide sont totalement déconnectées de la réalité du terrain.

Exemple, avec le programme Objectifs du développement durable de l’ONU, adopté en septembre dernier et censé lutter contre le réchauffement climatique. Pour accéder aux financements, il faut pouvoir mettre en œuvre « 17 objectifs, 169 cibles et 300 indicateurs, soupire Colin Tukuitonga. Comment voulez-vous que les micro-États du Pacifique, avec les moyens qui sont les leurs, produisent des statistiques pour répondre à 300 indicateurs ? C’est déraisonnable. Le réchauffement climatique est une réalité, il  n’y a rien à prouver. » Le directeur de la CPS milite pour une réduction du nombre d’indicateurs afin de faciliter l’accès de ces pays, qui, pour certains comme Niue, ne comptent que six ministres et une administration réduite au minimum,  aux fonds internationaux.

Pour se faire entendre, encore faudra-t-il que le Pacifique parle d’une seule voix. Avant même le début des négociations, les choses sont mal engagées. À la mi-septembre, le Forum des îles du Pacifique a accouché d’une déclaration ambiguë, qui entérine un objectif maximal de réchauffement de la planète à 2°C d’ici la fin du siècle.

Deux semaines plus tard, les mêmes pays du Pacifique participaient au Forum du développement des îles du Pacifique, créé par le président fidjien Franck Bainimarama comme un contre-pouvoir au Forum historique dominé par l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et adoptaient un texte fixant la limitation du réchauffement à 1,5°C. Deux autres déclarations ont également été adoptées lors de rencontres régionales, dont celle du groupe des dirigeants polynésiens, qui s’est réuni à Tahiti en juillet. De quoi brouiller un message déjà difficile à porter…

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Réchauffement : des conséquences multiples dans le Pacifique 16-RDV-Niue-Island-shutterstock_2085177

La montée des eaux, largement médiatisée au niveau international, est loin d’être la seule conséquence du réchauffement climatique pour les États insulaires du Pacifique. L’alimentation est en première ligne face aux bouleversements annoncés. C’est peut-être le manque de nourriture qui poussera les insulaires à quitter leurs îles, et ce, bien avant qu’elles ne soient submergées.

 

Moins de légumes et de tubercules dans nos assiettes

Les sécheresses annoncées devraient fortement frapper les rendements agricoles. Selon les études réalisées par la CPS, en 2040, le rendement des légumes racines (ignames, taros, manioc) devrait baisser de 10 à 20 %. Les plantes ne seront pas seulement affectées par le manque d’eau, mais aussi par l’augmentation du taux de CO2. Celui-ci stresse les plantes et pourrait même rendre certains tubercules toxiques. La CPS souligne l’importance de développer « dès aujourd’hui des variétés plus résistantes », afin d’assurer la sécurité alimentaire. D’autant que les autres cultures ne seront pas épargnées par le changement climatique. Et le secteur agricole est en première ligne en cas d’inondation ou de phénomène climatique exceptionnel. La crise alimentaire que connaît actuellement le Vanuatu, en raison du passage du cyclone Pam qui a détruit les plantations, en est le meilleur exemple. Enfin, le changement climatique affecte les insectes pollinisateurs, comme les abeilles, nécessaires à de nombreuses cultures.

L’eau potable de plus en plus rare

La hausse du niveau de la mer est une menace mondiale pour l’approvisionnement en eau potable. D’abord parce que l’eau salée pénètre dans les nappes phréatiques, rendant l’eau impropre à la consommation. Mais aussi parce que plus les terres sont grignotées par l’océan, plus la population se concentre, entraînant une pollution du sous-sol. Les conséquences se font déjà sentir dans le Pacifique, où les Kiribati affrontent chaque année deux à trois épidémies de diarrhée dues à la consommation d’eau souillées, entraînant plus d’une dizaine de morts par an.

Moins de poisson dans nos filets

Un quart des émissions de CO2 est absorbé par les océans, entraînant la production d’acide carbonique. Pendant le siècle à venir, l’acidité de l’eau de mer va augmenter de 150 % par rapport à son niveau normal. Cette acidification empêche les récifs coralliens de se régénérer, entraînant la disparition d’une grande partie d’entre eux entre 2050 et 2100. Or sans ces récifs, les poissons de lagon ne survivront pas. D’ici trente à quarante ans, la pêche côtière devrait reculer de 20 %, selon les études de la CPS.

Chikungunya, zika, dengue et gratte en hausse

Avec la hausse des températures, la dengue et le chikungunya vont trouver de plus en plus souvent les conditions climatiques idéales à leur développement. La modification des écosystèmes récifaux pourrait également augmenter la contamination des poissons par la ciguatera (gratte). Chaleur et humidité vont également accroître les maladies cutanées et augmenter le risque d’intoxications alimentaires, en favorisant le développement des bactéries.

Les îles hautes pas épargnées

Niue est un rocher déchiqueté. Une petite île de 260 km2 perdue au milieu du Pacifique. Jusqu’en 2004, les 1 300 habitants du plus petit État au monde après le Vatican, pensaient être en grande partie préservés des aléas provoqués par le réchauffement climatique. Mais cette année-là, le cyclone Heta a changé la donne. « C’est vrai que lorsque l’on parle de réchauffement climatique dans le Pacifique, la première image qui vient à l’esprit, c’est la montée des eaux. Mais Heta a vraiment été un signal d’alarme pour nous, raconte Richard Hipa, secrétaire général du gouvernement. On a compris qu’on ne serait pas épargné. »

Ce 6 janvier 2014, les rafales de vent générées par le cyclone atteignent 300 km/h, propulsant d’énormes vagues par-dessus des falaises pourtant hautes de près de 20 m. Une catastrophe impensable qui emporte la moitié de la capitale, Alofi, dont l’hôpital, des dizaines de logements et la moitié d’un hôtel. Par miracle, un seul mort est à déplorer. Si, dix ans plus tard, la plupart des bâtiments ont été reconstruits, la catastrophe a encore aggravé un phénomène migratoire déjà préoccupant. En 10 ans, le pays a perdu 35 % de sa population.

La Calédonie entre deux eaux

La Nouvelle-Calédonie fera-t-elle partie de l’accord qui sera signé début décembre à Paris ? Pas si sûr. En tout cas, « c’est toujours en cours de discussion », indique Anne-Claire Goarant chargée de mission pour la coopération multilatérale. Si la Calédonie souhaite entrer dans le champ de l’accord de Paris, la décision revient en effet à la France.

Ce ne serait pas la première fois que le territoire se trouverait hors du champ d’application des accords sur le climat. Le protocole de Kyoto, signé en 1990 par Paris, ne s’applique pas à la Nouvelle-Calédonie. Il faut dire qu’il prévoyait une réduction de 8 % des émissions de gaz à effet de serre pour l’Hexagone. Un objectif totalement inatteignable pour le Caillou… et qui aurait fait baisser les performances de la France.

Cette fois, « l’accord prévoit une approche différenciée selon les pays et territoires », assure Anne-Claire Goarant. En attendant d’être fixé sur la question, mais aussi pour inciter Paris à intégrer la Calédonie dans l’accord, le gouvernement travaille à la mise en place d’une politique climat, en complément du schéma énergie climat, lui aussi en cours d’élaboration.

Charlotte Mannevy, à Niue. 

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