Yellena, un bijou à Suva

Yellena Ouillemon, notre Miss Papillon, a été sélectionnée pour représenter la Nouvelle-Calédonie à Miss Jewels of the Pacific, le 20 décembre, à Suva. Ce nouveau concours entend donner de la visibilité aux personnes transgenres en Océanie pour améliorer leur situation.

Couronnée pour deux ans, Miss Papillon 2018, Yellena Ouillemon, poursuit son rêve : s’accomplir personnellement et professionnellement pour montrer aux Mélanésiennes, et aux transsexuelles en particulier, qu’il n’y a pas de fatalité et qu’« en donnant le meilleur de soi-même on peut y arriver ». Cette habitante de Saint-Louis, originaire de Canala, est âgée de 29 ans. Née garçon, elle s’est affirmée fille très tôt, « vers l’âge de 4 ou 5 ans » et cette identité sexuelle n’a « jamais posé de problème » dans sa famille, ou dans sa tribu dans un contexte où elle était « toujours respectueuse de la coutume ». Une chance dont elle a bien conscience, « la situation des transgenres étant encore assez difficile en Calédonie ». Tout en poursuivant sa formation en tourisme-hôtellerie, et bientôt d’hôtesse de l’air, elle s’est donc engagée pour cette cause en participant à plusieurs concours de beauté, en Nouvelle-Calédonie et à Fiji. Elle retournera à Suva du 17 au 21 décembre pour Miss Jewels of the Pacific 2019.

Soutiens

Les candidatures ont afflué d’une vingtaine de pays pour la première édition de ce concours de beauté. Dix filles ont été retenues. Elles viennent de Papouasie, Fiji, Tonga, des Samoa américaines et occidentales, des Cook, de Micronésie, du Vanuatu, de Tahiti et de Nouvelle-Calédonie. Ces dernières Miss auront en plus la responsabilité de représenter la francophonie. En Nouvelle-Calédonie, le choix s’est naturellement porté sur Yellena, soutenue par le comité Miss Papillon 2018 et les associations Chrysalides (anciennement Lotus doré NC) et Diversités NC. La jeune femme maîtrise déjà l’exercice, les défilés, l’aisance orale et se dit « ravie de remonter sur scène ».

Le concours est un classique, il y aura trois passages : en robe traditionnelle, en tenue de plage, puis en robe de soirée qui se clôturera par une interview. Miss Jewel Pacific 2019 sera désignée grâce aux votes du jury, mais également du public qui est appelé à voter sur la page Facebook officielle du concours (Miss Jewels of the Pacific) par le biais d’un « like » sur la photo des candidates. Deux autres prix seront décernés : celui des Miss entre elles et celui de la photogénie. Yellena et les associations qui la soutiennent invitent donc le public à la soutenir massivement sur les réseaux sociaux et notamment sur sa page de soutien : Yellena Miss Jewels. Ils cherchent également des sponsors pour pouvoir financer son déplacement et le suivi de l’évènement. Connaissant la popularité de ces rendez-vous – Miss Papillon attire toujours les foules – une soirée de retransmission devrait être organisée localement.

 Pour la bonne cause

Derrière ce concours de beauté, une cause qui vaut d’être défendue en Océanie et en Nouvelle-Calédonie. « Toutes les îles ne sont pas forcément égales face aux questions d’identité sexuelle – elles sont moins taboues, par exemple, dans les sociétés polynésiennes, mais il faut se rendre compte que certains pays condamnent encore ces personnes dans la loi », souligne Laurent Garnier,  administrateur de l’association Diversités NC. Les Océaniens étaient autrefois bien plus inclusifs que les Européens, par exemple. Seulement, explique Laurent Garnier, cette ouverture a disparu avec la colonisation et l’évangélisation. « En Nouvelle-Calédonie, on trouve, par exemple, sept à huit mots désignant les transgenres et les homosexuels dans les langues vernaculaires. Ces prises en considération ont disparu sous la pression de la coutume qui s’est elle-même approprié les codes de l’Eglise et les codes occidentaux. »

S’il y a, ici, peu de criminalité atour des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), les tabous, les discriminations et rejets qui l’accompagnent dans les milieux familiaux, scolaires et professionnels font cependant beaucoup de dégâts. « Ils entraînent des parcours très compliqués, du mal-être, de l’isolement, des dépressions, de la prostitution, des suicides », comme l’observe quotidiennement Laurent Garnier. Egalement responsable de la charte inclusion de Diversités NC, « Kamo Ka Moru » (« la personne libre et équilibrée dans son environnement »), il propose des formations dans des établissements scolaires comme aux centres de formation d’apprentissage (CFA) et dans des entreprises (une douzaine environ).

Les transsexuels en Calédonie peuvent aussi bénéficier d’un accompagnement sanitaire et social au CMP, le centre médico-psychologique, à Nouméa, pour les gestes cliniques de transformation et le suivi psychologique. Un protocole effectué à 100 % localement pour les femmes, et presque intégralement pour les hommes. La Nouvelle-Calédonie compte entre 500 et 600 transsexuels, dont moins de 5 % d’hommes, « mais beaucoup demeurent invisibles ».

Pour Laurent Garnier et tous les membres de cette communauté, la prise de position publique de Yellena est exceptionnelle à plus d’un titre. « C’est déjà un message fort culturellement qu’une Mélanésienne ait remporté Miss Papillon. En plus, elle assume son identité kanak : elle ne se transforme pas, elle n’est pas dans l’exubérance. Elle a aussi un caractère et une personnalité intéressante, elle est pragmatique et sensible. Bref, on la soutient à fond ! »

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