Yannick Slamet : « Il faut recruter à l’étranger et raisonner par bassins médicaux »

Certes, on a besoin d’« aller chercher des médecins », insiste Yannick Slamet. En Métropole et à l’étranger. Mais face à la difficulté de recruter, le membre du gouvernement chargé de la santé évoque une réorganisation globale du secteur.

DNC : Quelle est, selon vous, la raison de la carence en professionnels de santé ?

Yannick Slamet : Le manque d’attractivité n’est pas une cause, mais une conséquence de la pénurie de médecins. Ce n’est pas parce que la Nouvelle-Calédonie n’est pas assez attrayante qu’il n’y a plus de praticiens. L’instauration du numerus clausus a limité le nombre d’étudiants et de médecins en Métropole, et donc sur le territoire, et toute une génération part à la retraite ou retourne chez elle pour suivre ses enfants et retrouver sa famille, ce qui crée un manque.

Des endroits sont-ils davantage touchés que d’autres ?

J’ai été en charge de la santé en province Nord, et c’est vrai que c’est particulièrement problématique là-bas. La grande difficulté, c’est que l’organisation de la santé avec les centres médico-sociaux date des années 1940. Sauf qu’avant, ils étaient dotés de médecins militaires. Quand la santé est devenue publique, la même structure a été conservée, et il a fallu les remplacer par des professionnels civils, ce qui a été moins évident, en raison, entre autres, de l’isolement. L’insécurité grandissante et l’instabilité institutionnelle sont aussi des facteurs décourageants.

Qu’est-ce qui peut être fait pour attirer les médecins sur le territoire ?

De quoi parle-t-on quand on dit attractivité ? L’aspect pécuniaire n’est pas l’élément premier pour les professionnels, proposer des gros salaires ne suffit pas. Un médecin et sa famille ne voudront pas forcément s’installer à Ouégoa. C’est le souci de la Calédonie et des coins isolés. C’est la même chose à Wallis- et-Futuna et dans les atolls en Polynésie, où les médecins font des tournées.

 

Il faut aussi prendre en compte la mobilité, c’est-à-dire les moyens dont dispose la population pour accéder aux soins. Vous pouvez avoir les plus grands spécialistes à Nouméa, mais s’il n’y a pas d’avion à Bélep…

 

Faire des tournées représente-t-il une réponse possible en Brousse ?

Oui, mais comment ? Il faut mener une réflexion globale. La structure existante, à savoir un dispensaire dans chaque commune, doit-elle perdurer, ou faut-il raisonner en bassin médical ? Y a-t-il nécessité d’avoir un staff à Ouégoa et Pouébo, Touho et Poindimié, à Voh, ou à Gomen, qui se trouve à 18 km du CHN de Koumac ? À un moment donné, on ne peut pas dire que l’on garde des murs sans savoir quoi mettre dedans. Si vous allez dans le bush australien, il n’y a pas d’hôpital et ça fonctionne parce qu’il y a une organisation derrière, des moyens d’evasan. Il faut aussi prendre en compte la mobilité, c’est-à-dire les moyens dont dispose la population pour accéder aux soins. Vous pouvez avoir les plus grands spécialistes à Nouméa, mais s’il n’y a pas d’avion à Bélep… Il n’y a pas d’hélicoptère à Koné, par exemple. Tout cela fait partie de l’analyse à mener.

Sur quelles solutions planchez-vous ?

Dans l’immédiat, il faut aller chercher des gens là où on peut, puis recruter à l’étranger si ce n’est pas suffisant, Belgique, Italie, Afrique du Nord, etc. On travaille dessus. Cela pourrait être possible d’ici la fin de l’année. Après, et là c’est l’ancien gestionnaire qui parle, il ne faut pas non plus se précipiter et prendre n’importe qui. Et je pense que le recrutement seul ne suffira pas. Se dire : ‘Il faut qu’on trouve une centaine de médecins et on aura résolu le problème’, ce n’est pas vrai, il faut engager une réflexion et réorganiser le fonctionnement de la santé.

Des professionnels demandent l’augmentation de la tarification de l’acte ainsi que l’évolution du statut de praticien hospitalier, qu’en pensez-vous ?

S’agissant de l’augmentation de la tarification de l’acte, je pense que le sujet mérite d’être soulevé dès lors que le financement du Ruamm aura été stabilisé. Il faut rappeler que son déficit est de 15 milliards de francs par an. La question liée à une modification du statut des praticiens hospitaliers devra être soumise aux instances calédoniennes.

La santé des Calédoniens souffre-t-elle de la pénurie de médecins ?

Je n’ai pas de recul pour répondre à cette question, mais il est évident que la pénurie de médecins dans certaines spécialités aura des conséquences sur la santé des Calédoniens. La situation m’inquiète, mais il faudra du temps pour travailler sur le projet puis le faire valider par le gouvernement avant d’aller au Congrès. Cela ne peut pas se faire en trois jours.

 

Propos recueillis par A.-C.P (© A.-C.P.)

 

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