Les Calédoniens ne vivent pas ensemble, « on coexiste », selon le nouveau directeur par intérim du CCT, Weniko Ihage. Le centre doit ainsi favoriser la rencontre et la compréhension mutuelle des cultures.
- FUSION
Le gouvernement de Nouvelle-Calédonie a validé le cumul. Depuis le 1er janvier, Weniko Ihage est directeur par intérim de l’Agence de développement de la culture kanak, gestionnaire du centre culturel Tjibaou, jusqu’au 14 octobre 2026, en remplacement de Marie-Laure Vama. Tout en pilotant l’Académie des langues kanak, une responsabilité occupée dès 2007. Cette double fonction, « je l’ai acceptée comme un nouveau challenge, estime l’intéressé, qui y voit un sens. On ne peut pas s’occuper des cultures, sans s’occuper des langues. Et des langues, sans les cultures. »
Cette nomination intervient dans un contexte de projet de fusion de structures publiques, encadré par le plan d’évolution de l’administration (PEA). D’après les premiers échos, le CCT, l’ALK, le service des musées et la bibliothèque Bernheim seraient rassemblés en juin sous une seule direction au sein du chef d’œuvre architectural de Renzo Piano sur la presqu’île de Tina. Weniko Ihage n’avait pas forcément vu d’un bon œil, au départ, cette perspective de refonte, mais au regard des très lourdes contraintes budgétaires, « c’est la mort financière de l’Académie des langues kanak si je ne l’intègre pas au sein du CCT. Ce rapprochement est une manière de faire de la diversité culturelle une valeur unique de cette culture calédonienne que l’on est tous en train de chercher ». Cette dimension s’insère dans un objectif précis, une mission même : passer d’« une culture plurielle à une culture identitaire, dans la perspective de l’accueil de la 14e édition du Festival des arts du Pacifique, en 2028 », expose le nouveau directeur du CCT, pour qui cette culture commune doit se bâtir autour de l’identité kanak, au sens polynésien du terme, c’est-à-dire « homme ».
Pour Weniko Ihage, la pensée de Jean-Marie Tjibaou – « Ouvrons-nous aux autres » – doit perdurer, à condition que les autres communautés en fassent de même. Dans cette idée, le CCT doit fédérer davantage. Des « journées culturelles » sont envisagées. « Le centre doit construire plus de ponts que de murailles. Il n’y pas de construction du pays, à tous les niveaux, sans la culture ».
- RÉNOVATION
Si l’ALK espère maintenir son budget de 114 millions de francs cette année, le centre culturel Tjibaou avec ses 40 employés enregistre « un bon redressement sur le plan financier », observe le nouveau directeur. Ce regain intervient après plusieurs exercices difficiles dus à un recul des moyens financiers et, de fait, une réorganisation pour équilibrer les coûts de fonctionnement. Le budget afférent est de 400 millions de francs environ en 2026.
Inauguré le 4 mai 1998, l’édifice reconnu dans le monde entier, subit les méfaits du temps. À la suite de travaux intégrés dans un contrat de développement État-Nouvelle-Calédonie à hauteur de 200 millions de francs, un chantier de rénovation d’une valeur de 400 millions, soutenu par la nouvelle génération du dispositif, est engagé jusqu’en 2027, toujours avec le concours du cabinet Renzo Piano. Le rafraîchissement total des dix cases coûterait 1,2 milliard de francs. Le choix a été fait de ne pas déposer l’ensemble des bois, mais d’opérer une rénovation « précise. C’est un travail d’orfèvre ».
- RESTAURANT
Le gros projet de la nouvelle tranche du contrat de développement – 250 millions de francs sur les 400 millions – est l’entière réhabilitation du bâtiment situé à l’entrée du CCT. Les études sont en cours, les travaux doivent démarrer en fin d’année. L’idée est de réaliser une structure d’accueil plus moderne, avec une boutique et un espace de restauration à l’étage. Une étude de marché va affiner le type de commerce à créer. Le nouveau bâtiment doit être livré fin 2027. Cette innovation sera ainsi en place à l’ouverture de la 14e édition du Festival des arts du Pacifique, en 2028.
- À L’AFFICHE
L’ALK, l’ADCK et le gouvernement organiseront, samedi 21 février au centre culturel Tjibaou, la Journée internationale de la langue maternelle, un événement instauré en 1999 par l’Unesco en mémoire d’étudiants du Bangladesh tués par la police 47 ans plus tôt alors que ces jeunes manifestaient pour la reconnaissance du bengali. Divers ateliers sont prévus. Une publication de l’ALK est en outre achevée : la traduction du conte d’Antoine de Saint-Exupéry Le Petit Prince en iaaï et en paicî. La Nouvelle-Calédonie compte désormais parmi les nombreux pays du monde à avoir officiellement traduit ce chef-d’œuvre littéraire.
Yann Mainguet

