Wali Wahetra : « assainir, sécuriser, s’émanciper »

Pour Wali Wahetra, la province des Îles est « pleine de richesses ». « Nous devons nous concentrer sur nos forces pour rebondir et nous émanciper », souligne-t-elle. Photo DR

Membre du Congrès et élue de la province des Îles sous la bannière du Palika, Wali Wahetra est candidate pour les provinciales aux îles Loyauté. Elle souhaite poursuivre le rééquilibrage des finances de la collectivité, tout en menant un travail de fond sur les questions de transport, de santé et de jeunesse.

DNC : La province des Îles est présidée depuis plus de 20 ans par l’Union calédonienne, quels changements apporterait une présidente issue du Palika ?

Wali Wahetra : Nous allons rompre avec une gestion faite au hasard et opter pour une méthodologie stricte et optimale qui s’ap- puiera sur une gouvernance collégiale, en association avec les autorités coutumières. L’objectif est de faire en sorte que la mise en œuvre des politiques publiques soit plus efficace.

Assainir, sécuriser et s’émanciper sont les trois mots clés de notre programme. « Assainir » est un préalable indispensable pour dégager des marges de manœuvre dans tous les secteurs. Nous avons des remboursements à réaliser, des factures impayées liées à nos grands projets structuraux.

« Sécuriser » fait notamment référence à la santé. Il faut faciliter l’accès aux soins en sécurisant nos outils, nos transports, nos centres médico-sociaux, nos dispensaires et nos équipements. Cela permettra d’avoir une offre de soins suffisante et de limiter l’exode sanitaire en province Sud. Rénover nos structures va aussi offrir de l’emploi à nos petites entreprises.

S’émanciper passe par la souveraineté à tous les niveaux. À commencer par la souveraineté alimentaire. Nous pourrions créer des petites coopératives à l’échelle des districts afin d’organiser la collecte, l’écoulement et le stockage des produits frais, ce qui permettra d’approvisionner nos cantines.

La collectivité est très endettée, que proposez-vous pour sortir de cette situation ?

Jusqu’en 2029, un plan de redressement et d’apurement de la dette est prévu, avec l’appui de la Chambre territoriale des comptes. Un second contrat a été signé avec l’État pour nous accompagner financièrement jusqu’en 2028. Avec la liste du Palika Îles, nous nous engageons dans un premier temps à respecter les préconisations et les engagements pris par la collectivité.

Nous avons toujours dénoncé la gestion budgétaire de la province des Îles. Mais aujourd’hui, nous devons, malgré tout, porter cette responsabilité. Nous allons continuer à maîtriser les dépenses de fonctionnement, rechercher de nouvelles sources de financement et réduire la participation provinciale. Par exemple, nous venons de voter un texte pour repousser l’âge d’obtention des allocations vieillesse. Certaines mesures seront prises progressivement, sans impacter la solidarité. Celle-ci est nécessaire et doit être déployée par la puissance publique.

Nous encouragerons néanmoins la population à s’émanciper de l’argent public, des importations, etc. L’objectif de toutes ces mesures est de pouvoir rembourser 1,3 milliard de francs par an, c’est ce que prévoit le plan de redressement.

Nous avons toujours dénoncé la gestion budgétaire de la province des Îles. Mais nous devons, malgré tout, porter cette responsabilité.

Comment régler le problème des transports ?

Le transport est un levier incontournable, car il conditionne la réussite dans tous les secteurs. Notre liste s’engage à contribuer à la réflexion autour d’un schéma global du transport, à l’échelle du pays et à l’échelle internationale. La question est : comment pouvons-nous accompagner nos outils ? Je pense notamment à Air Oceania et au Betico, mais aussi à Air Calédonie et Aircalin. Il faut qu’il y ait un travail de concertation et de conception de ce schéma entre tous les acteurs. Il faut vraiment penser au niveau pays et ne pas prendre de mesurettes.

Nous souhaitons également être transparents quant aux coûts réels que représentent les secteurs de la santé et des transports. Il faut arrêter de maintenir la population dans une forme d’assistanat. Il faut qu’elle puisse être informée des coûts réels de production et d’exploitation.

Quelles mesures comptez-vous mettre en œuvre pour attirer et maintenir
les professionnels de santé ?

La pénurie de soignants dans les îles Loyauté est directement liée à l’attractivité et aux transports. Les professionnels de santé ne restent pas sur du long terme s’ils s’aperçoivent qu’ils ne peuvent pas aller où ils veulent, à Nouméa ou ailleurs. Dans un premier temps, il faut sécuriser les transports.

Ensuite, il faut qu’ils se sentent bien accueillis. L’accueil et l’hospitalité, ce sont des valeurs qu’a la population des îles, c’est ce qui fait notre charme. Il faut que l’on déploie cela dans tous les secteurs.

Si les équipements sont au rendez-vous, si le transport est sécurisé et si les soignants se sentent bien intégrés et ne sont pas surmenés dans leur travail, ils apprécieront de vivre et de travailler en province des Îles.

Quelles sont vos priorités ?

Nos trois priorités sont la santé, le transport et la jeunesse. Nous avons tout intérêt, en province des Îles, à miser sur l’humain. Il faut accompagner la jeunesse dès le plus jeune âge, afin qu’elle puisse développer son potentiel et son estime de soi afin, pourquoi pas, d’embrasser des carrières dans le régalien, la santé et dans tous les secteurs qui seront utiles à notre nation de demain. Nous voulons instaurer un tutorat entre étudiants et créer une MFR, maison familiale et rurale, adaptée à la province des Îles.

Ensuite, nous allons aussi agir sur l’environnement. La liste Palika Îles s’inscrit pleinement dans la transition énergétique, afin de viser une autonomie énergétique d’ici 2030. Nous aimerions doter toutes les infrastructures de panneaux photovoltaïques et construire une vraie politique de gestion des déchets, en concertation avec les autres collectivités.

Je pense également à la culture. Nous voulons créer une structure mutuelle à l’échelle des îles, pour mieux valoriser les productions de nos artistes et artisans. Sur le plan économique, nous avons beaucoup de produits phares aux îles, comme la vanille, le miel, le copra, l’huile de coco extra vierge, etc. Il faut valoriser cette production et créer un label d’authenticité commun aux îles.

Propos recueillis par Nikita Hoffmann