Voie royale pour Sonia Backès

Sonia Backès, entourée des trois vice-présidents, Gil Brial, Brieuc Frogier et Loïc Basset-Creugnet. L’assemblée compte 26 nouveaux élus sur 40, dont 17 sur 28 pour Les Loyalistes/ Rassemblement, 7 sur 7 pour Kanaky et2sur5pour l’Éveil Océanien. © Chloé Maingourd

Dans le Sud, Sonia Backès a été réélue, sans surprise, après un premier mandat de sept ans. La présidente a même conforté sa majorité, avec 28 sièges sur 40 à l’assemblée de province pour l’alliance Loyalistes / Rassemblement. De quoi dérouler sans encombre sa politique. L’opposition du FLNKS et l’Éveil océanien, au centre, tenteront d’influer sur celle-ci.

Une victoire éclatante dans cette collectivité qui concentre 75 % de la population calédonienne et l’essentiel du tissu économique. L’union des Loyalistes et du Rassemblement (Forts et unis) a récolté 41 294 voix le 28 juin, soit 50,14 % des suffrages, ce qui lui permet d’obtenir 28 sièges dans l’hémicycle de la Maison bleue.

L’alliance décroche huit sièges de plus que l’Avenir en confiance, en 2019, qui avait comptabilisé 28 802 voix (40,59 %) pour 20 élus à l’assemblée. Aujourd’hui, cette majorité est divisée en deux groupes : les Loyalistes (23 élus) et le Rassemblement Sud (5).

Dans l’hémicycle, un seul groupe d’opposition désormais : Kanaky (liste Kanaky pour tous), avec toujours sept élus. L’Éveil océanien décroche cinq fauteuils, un de plus qu’en 2019. Les non-indépendantistes ont absorbé les neuf sièges détenus auparavant par Calédonie ensemble, dont cette élection a entériné la disparition.

Sonia Backès renforce aussi sa présidence en plaçant ses proches, Gil Brial (MPC) et Brieuc Frogier (Les Loyalistes), aux postes de 1er et de 2e vice-président. Loïc Basset-Creugnet (Générations, membre de l’union) est le troisième. En 2019, le Rassemblement avait nommé Yoann Lecourieux, plus tard remplacé par Milakulo Tukumuli.

« Nous avons un équilibre sur les autres institutions que sont le Congrès et le gouvernement », a précisé Virginie Ruffenach pour ce mouvement. Un équilibre aurait même été trouvé avec l’Éveil océanien, une conférence de presse commune de ces trois partenaires étant annoncée pour jeudi 9 juillet, au lendemain de notre mise sous presse.

« TRAVAILLER AVEC TOUT LE MONDE »

La présidente reconduite souhaite que la collectivité prenne toute sa part dans la relance économique et la reconstruction et promet de « travailler avec tout le monde ». « Aucune institution ne relèvera seule la Nouvelle-Calédonie. Aucune majorité ne pourra à elle seule reconstruire ce qui a été fragilisé, a-t-elle déclaré dans son allocu- tion. Nous pourrons continuer à avoir des désaccords (…), mais les Calédoniens nous jugeront sur notre capacité à agir (…) À nous de prouver que la politique peut encore être utile lorsqu’elle est guidée par le sens du devoir. »

Avec une telle majorité , l’union dispose de tous les leviers pour dérouler son programme axé sur l’économie, le travail et la sécurité. Mais la présidente assure qu’elle continuera à consulter. « Beaucoup de choses ont été votées à l’unanimité dans le mandat précédent. J’espère que ce sera pareil dans les prochains mois. »

Le groupe Rassemblement Sud insiste tout autant sur la relance économique et le pouvoir d’achat par l’emploi, tout en notant l’attachement des partenaires à un dispositif social. « On peut se mettre d’accord sur le fait que quand l’économie va bien, on est capables de financer les dispositifs sociaux », avance-t-elle.

Les indépendantistes et les groupes dits du centre ont effectivement dénoncé, durant la campagne électorale, le manque de politique sociale des Loyalistes dans le Sud. Alors que cette campagne est derrière nous, Sonia Backès promet de relancer l’économie tout en « aidant les plus fragiles ».

FAIRE EN SORTE D’EXISTER

Vaimu’a Muliava pour l’Eveil océanien. ©C.M.10

« Malgré une majorité absolue », Vaimu’a Muliava, pour l’Éveil océanien, veut croire en cette volonté de travailler avec l’ensemble des élus. Et « dans cette collectivité, comme ailleurs », l’Éveil océanien a l’ambition de « représenter la troisième voie, faire en sorte qu’elle existe ». Pour le représentant, « les équilibres se trouveront dans une réponse entre rétablir le filet social et une intervention chirurgicale sur la relance économique permettant de libérer l’entreprenariat, avec « une attention aussi sur les classes moyennes qui ont été très sensibles au discours de la majorité. »

Johanito Wamytan, membre du groupe Kanaky, dans l’opposition. © C.M.

Pour le FLNKS, Johanito Wamytan se veut raisonnable après cette après cette « euphorie post-électorale » qui conforte la majorité. « On verra avec le temps si le propos est raccord avec l’action. » Pour ce groupe, l’urgence est de « sauver celles et ceux qui n’ont plus de travail ou de quoi manger ».

Or, juge Johanito Wamytan, « la province Sud est une institution qui a cette force de frappe financière pour apporter des réponses pragmatiques. Et c’est ce qu’on va aller chercher, nous, l’opposition, parce que l’économie libérale, c’est bien, mais s’il n’y a pas d’hommes et de femmes pour bosser dans les entreprises, ça ne servira à rien. » Même chose, estime-t-il, s’il s’agit de « reconstruire pour que dans cinq ou dix ans des gamins ressortent dans les rues et cassent tout ». 

Chloé Maingourd

Commissions intérieures

Les élus provinciaux ont procédé à la désignation des membres des 15 commissions intérieures de l’institution.

Les Loyalistes président huit commissions : développement économique, développement rural, santé et action sociale, environnement, jeunesse sports et loisirs, enseignement, culture et condition féminine.

Le Rassemblement Sud préside deux commissions : urbanisme et aménagement des territoires, et équipements publics, énergies et transports.

L’Éveil océanien préside la commission du budget et celle du personnel et de la règlementation générale.

Kanaky préside trois commissions : emploi et formation professionnelle, enseignement privé et développement durable.