Vendredi 10 juillet, Virginie Ruffenach, cadre du Rassemblement-Les Républicains, a été élue présidente du Congrès à la faveur d’une entente de gestion des institutions avec Les Loyalistes et l’Éveil océanien. Ancienne vice-présidente de l’institution, elle entend faire du Congrès un espace de stabilité dans un contexte politique, économique et social fragile et de réponse aux besoins urgents des Calédoniens.
DNC : En quoi une candidature à la présidence du Congrès était intéressante par rapport à une candidature au gouvernement ?
Virginie Ruffenach : Milakulo Tukumuli affirme depuis des années vouloir mener des réformes, notamment celle du Ruamm. L’idée était qu’il puisse être à la manœuvre sur un ensemble de réformes convenues avec nous pour la Nouvelle-Calédonie. Nous disposons d’un document de travail de neuf pages, qui se précise chaque jour.
Ce sont deux institutions importantes. Pour ma part, c’est la première fois que j’accède à une présidence d’une institution. J’effectuerai mon travail comme je l’ai toujours fait. Je connais très bien le Congrès : cela fait sept ans que j’y passe mes jours et mes nuits. J’en ai été vice-présidente et j’ai travaillé en étroite collaboration avec Veylma Falaeo. C’est donc un choix cohérent.
Une deuxième femme à ce poste, c’est un motif de satisfaction supplémentaire ?
Oui, le Congrès se conjugue au féminin, avec Veylma Falaeo, désormais présidente de la commission permanente, et Naïa Wateou, première vice-présidente. Plus largement, la Nouvelle-Calédonie se conjugue de plus en plus au féminin, avec aussi une présidente de la province Sud et des vice-présidentes dans les provinces Nord et îles Loyauté. C’est le signe que les mentalités évoluent. J’espère que cela ouvrira la voie à des générations de femmes qui se diront que c’est possible. C’est une victoire et j’espère que les hommes y verront l’intérêt d’une vraie complémentarité au sein des institutions calédoniennes.
Un mot sur le profil des élus ?
Plus de la moitié des élus ont été renouvelés [Ndlr : 32 sur 54 dont 29 qui n’ont jamais siégé]. Nous avons perdu des personnes très investies, mais nous conservons des élus expérimentés dans tous les groupes, avec aussi des jeunes, qui connaissent bien l’institution, ainsi que plusieurs maires ou anciens maires, notamment Pascal Vittori, qui revient dans les institutions territoriales.
Que pensez-vous du vote de l’UNI en faveur de la candidature UC-FLNKS ?
Je pense que l’UNI d’aujourd’hui n’est pas du tout l’UNI d’hier. C’est un UNI plus du Nord plus dur et plus proche de l’UC.
Quelle est votre ambition générale pour cette institution ?
Ma volonté est de créer, au Congrès, un espace de dialogue nourri et de débats constructifs, respectueux avec toutes les forces politiques. Les Calédoniens n’attendent pas que nous soyons d’accord sur tout, mais que nous allions au bout des discussions. Ils attendent des solutions concrètes pour leur quotidien. Nous devons dépasser les enjeux de politique institutionnelle pour redresser la Nouvelle-Ca- lédonie. Notre responsabilité est immense : dans les mois à venir, l’élection présidentielle risque de créer un tourbillon national. Il faut parvenir à créer un îlot de stabilité autour de la réforme du territoire, de la relance, de la reconstruction économique et de la réparation d’un tissu social aujourd’hui très fragilisé.
Une autre priorité est la gestion des deniers publics. Nous sommes une petite administration, mais je veux m’engager, comme Veylma Falaeo, dans une vraie maîtrise de l’argent des Calédoniens. Nous avons déjà encadré les déplacements des élus et voté un texte sur l’évaluation des politiques publiques. Ma priorité institutionnelle sera aussi de traiter les urgences avec réactivité, sans rupture entre le Congrès et le gouvernement. Le paysage politique est divers : il faut rassembler les forces autour des textes. Je prêche aussi pour une solidarité calédonienne sur le dialogue avec l’État.
Je veux m’engager dans une vraie maîtrise de l’argent des Calédoniens.
Êtes-vous confiante sur la pérennité de cette entente avec Les Loyalistes
et l’Éveil océanien ?
Chacun doit y mettre toute son énergie. En créant cette union, nous avons une majorité, et cette majorité nous oblige : à apporter des réponses aux Calédoniens et à dialoguer avec ceux qui ne sont pas dans l’entente pour rechercher les accords les plus larges possible.
J’espère que les indépendantistes seront aussi dans une démarche de redressement de la Nouvelle-Calédonie, au-delà de nos différences institutionnelles. Peut-on avoir une union sacrée sur ce sujet ? J’y suis engagée et je pense que mes collègues des trois mouvements politiques le sont également.
Comment, justement en cette période complexe, laisser exister l’opposition indépendantiste ?
Nous aurons des rencontres régulières dans l’hémicycle et en commission avec l’ensemble des groupes politiques. L’Union calédonienne dispose notamment d’un groupe important. Mes convictions ne varieront pas : la Nouvelle- Calédonie française est le combat de ma vie. Je me suis engagée en particulier contre le gel du corps électoral. Mais aujourd’hui, nous devons nous parler et trouver les moyens de nous entendre. On ne peut pas changer le passé, mais nous avons une responsabilité pour construire l’avenir. En tant qu’élue du Congrès, j’ai déjà cosigné des textes avec l’UC, sur le CBD par exemple, lorsque l’intérêt général l’exigeait.
Quelles grandes réformes attendent le Congrès en ce début de mandature,
marquée par la crise ?
Nous devons d’abord gérer les urgences. Les priorités des deux prochaines semaines sont le compte administratif et l’élection du gouver- nement [Ndlr : une proposition commune des groupes est formulée pour 11 membres]. J’ai proposé au bureau une séance publique le 21 juillet pour fixer le nombre de membres du gouvernement, puis une commission budget et finances afin d’inscrire le compte administratif à la séance du 28 juillet. Nous proposerons l’élection du gouvernement le 31 juillet, avec l’objectif qu’il soit en fonction autour du 15 août.
Le compte administratif sera aussi l’occasion de faire un état des lieux de ce que l’État doit nous consentir et de voir s’il a tenu parole après l’accord Élysée-Oudinot. Au niveau national, les accords sont plutôt soutenants à l’égard de la Nouvelle-Calédonie, mais ensuite nous devons mener un combat difficile avec Bercy. L’État doit nous accompagner dans cette période décisive. Avec un dialogue local, un soutien de l’État et une reprise du nickel, nous pourrons être moins dépendants des deniers publics nationaux.
Quelle répartition se dessine au gouvernement ?
Il y aurait un élu du Rassemblement, un de l’Éveil océanien, quatre Loyalistes, quatre UC-FLNKS et un UNI.
En matière de réformes, y a-t-il des choses à réécrire sur le Ruamm ? Et quid des retraites ?
Nous ne sommes pas pour la réforme du Ruamm telle qu’elle avait été présentée par Milakulo Tukumuli, car nous ne voulons pas d’augmentation des cotisations des travail- leurs indépendants. Cette réforme doit être retravaillée ensemble. Nous assumerons notre rôle, mais nous ne pourrons pas nous en sortir sans l’aide de l’État. Sur les retraites publiques, les choses ne sont pas stabilisées ; il faut aussi sauver les retraites du privé. Cela fait partie des discussions.
D’autres propositions ont été portées pendant notre campagne. Nous aimerions, notamment, supprimer les droits de succession. On pense à tort que cet impôt ne concerne que les plus riches, alors que des familles modestes le jugent très injuste. Il représente environ 1,3 milliard de francs, ce qui reste limité au regard de l’enjeu pour la consommation des ménages et la confiance.
Avez-vous reçu une sollicitation de l’État pour la reprise des discussions ?
Le Premier ministre souhaitait reprendre les discussions une fois nos institutions installées, avant le cycle présidentiel, c’est-à-dire avant octobre. Nous y sommes favorables : ce n’est jamais inutile. Le Rassemblement sera autour de la table et j’espère que tout le monde y sera. On sait ce que l’on a aujourd’hui à l’Assemblée nationale ; on ne sait pas ce que l’on aura demain…
Avez-vous rencontré les députés LFI ?
J’avais décliné leur sollicitation lorsque j’étais présidente de groupe, car il y avait une forte instrumentalisation de notre dossier, qui mettait de l’huile sur le feu entre nous et les indépendantistes, alors que nous essayons chaque jour de construire quelque chose. Je ne souhaite pas cette instrumentalisation de politique nationale. Ce que nous vivons est déjà suffisamment difficile. Vous noterez qu’ils sont les seuls à agir ainsi.
Propos recueillis par Chloé Maingourd et Yann Mainguet
Poursuivre le travail en interne
Virginie Ruffenach souhaite continuer à œuvrer pour l’instauration d’une assemblée participative prévue en 2027. « Associer les citoyens et leur permettre de comprendre comment les élus prennent leurs décisions est essentiel pour éviter que le fossé ne se creuse davantage. » La présidente souhaite aussi améliorer la transparence dans l’hémicycle, en instaurant des débats courts, médiatisés et pédagogiques entre élus de groupes différents à l’issue des séances publiques. Elle entend également moderniser l’institution, notamment avec le vote électronique, « si les moyens le permettent, car le vote à main levée fait perdre beaucoup de temps ». Elle observe, enfin, que 54 motions préjudicielles ont été déposées en sept ans. Ces motions visent à faire trancher une question préalable avant la poursuite du débat. « C’est énorme ! Il faut absolument nourrir le dialogue en amont. »

