Dans un communiqué signé mercredi 15 avril, le parti Le Rassemblement – Les Républicains, sous la plume de son président, Alcide Ponga, faisait part de ses préférences en vue des prochaines élections provinciales. Un coup de tonnerre dans ses relations avec l’organisation Les Loyalistes. Le leader du mouvement et sa vice-présidente, Virginie Ruffenach, précisent leur pensée dans une interview exclusive accordée au journal Demain en Nouvelle-Calédonie. Pour ces élus, l’heure est à la recherche absolue d’une solution du vivre-ensemble.
DNC : Vous avez indiqué préférer Nicolas Metzdorf ou une personne « neutre » pour tirer la liste des partisans de la France aux élections provinciales dans le Sud. Le profil de Sonia Backès est-il trop clivant ?
Alcide Ponga : La Nouvelle-Calédonie et les Calédoniens ont beaucoup souffert de la violence vécue en 2024. Pour nous, aujourd’hui, il faut absolument engager une désescalade des tensions et un apaisement de la Nouvelle- Calédonie. C’est indispensable, car nous n’aurons hélas pas d’accord ou même de négociations d’accord avant 2027-2028. Cette campagne provinciale doit adopter un discours réconfortant et rassembleur afin de redonner de la confiance aux habitants et de relancer notre territoire économiquement.
Paris ne nous a pas permis de valider un accord puisque la loi constitutionnelle de Bougival a été rejetée par l’Assemblée nationale [Ndlr : Jeudi 2 avril, l’Assemblée nationale a adopté une motion de rejet préalable et a rejeté en première lecture le projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie], mais nous avons eu des fonds importants qui doivent être utilisés intelligemment afin de donner un nouvel élan à la Nouvelle-Calédonie. Au travers du communiqué que j’ai signé et assumé à l’issue d’une réunion de notre bureau, c’est ce que j’ai voulu traduire.
L’union a
peut-être effacé
partiellement notre voix
Un accord institutionnel est-il possible avant les élections provinciales prévues au 28 juin au plus tard ?
Virginie Ruffenach : Soyons lucides : non. Depuis 2021, nous avons toujours été présents autour de la table. Nous avons tout fait pour offrir aux Calédoniens un avenir stable, clair et digne. Pour que leurs projets reprennent vie, pour que leur espoir renaisse, pour que la Nouvelle-Calédonie retrouve son souffle. Hélas, l’un des partenaires a fait le choix de la chaise vide et d’une stratégie qui enlise. L’absence de majorité à l’Assemblée nationale aura eu raison de l’accord institutionnel de Bougival.
Vous avez évoqué un comité directeur sur le sujet des élections. Quand se tiendra- t-il ? Pour quel type de décisions ?
A. P. : Il se tiendra fin mai afin de convenir de notre stratégie.
Regrettez-vous une trop grande proximité avec Les Loyalistes ces dernières années ?
V. R. : La voix du Rassemblement est importante pour la Nouvelle-Calédonie. Les valeurs que porte notre mouvement depuis toujours sont fondatrices pour notre île. C’est une détermination à défendre une Calédonie française avec respect et écoute de tous les partenaires, quelles que soient leurs convictions. Ces valeurs ont peut-être été mises à mal ces dernières années. L’union a peut-être effacé partiellement notre voix.
Nous l’avons consentie parce que nous considérions que l’intérêt général l’exigeait. Hélas, après sept ans de cette union, il n’y a pas d’accord en perspective et la Nouvelle-Calédonie est effondrée.
Le Rassemblement pourrait-il partir seul aux provinciales ?
A.P. : Dans le Sud, il l’a quasiment toujours fait sauf en 2019 où nous sommes partis derrière la bannière Avenir en confiance qui a volé en éclats deux ans après quand, en 2021, nos partenaires ont créé un autre groupe appelé « Les Loyalistes ». Depuis toujours, le Rassemblement porte bien son nom : sur les sujets majeurs de la Nouvelle-Calédonie, il cherche inlassablement à rassembler les partisans de la France.
Dans le Sud, les élus indépendantistes qui étaient unis en 2019 ont obtenu sept sièges sur 40. Dans le Nord, où les partisans de la France sont ultra minoritaires, l’union est vitale. Aucune décision n’est prise à ce stade. Nous prendrons cette décision dans les semaines à venir avec notre comité directeur.
Que veut incarner aujourd’hui le Rassemblement ? Où se situe
sa ligne politique ?
V. R. : Un mouvement qui est résolument dans l’action, souvent loin des caméras, la communication n’est pas notre première qualité même si nous travaillons à nous améliorer. Nous nous inscrivons résolument dans la recherche d’une solution qui permette à l’ensemble des Calédoniens de vivre sereinement ensemble. Pour nous, le destin commun ne peut s’inscrire que dans la France.
A. P. : Notre fermeté à défendre le choix des Calédoniens va de pair avec notre détermination à établir un dialogue sincère et clair avec l’ensemble des partenaires. Nous sommes la droite républicaine en Nouvelle-Calédonie et au plan national.
Le dialogue est-il toujours envisageable avec l’UC et le FLNKS ?
A.P. : Pour l’intérêt général des Calédoniens, a-t-on un autre choix ? Si personne ne parle avec personne, comment trouver un accord et sortir de l’impasse ?
Participerez-vous à ces élections provinciales avec un corps électoral toujours gelé ?
V. R. : Nous nous battrons jusqu’au bout pour que le corps électoral soit ouvert. Voulons-nous continuer à être une terre d’exclusion de celles et ceux qui souhaitent bâtir leur vie en Nouvelle-Calédonie ? Aujourd’hui, peut-on accepter que 10 575 enfants de Nouvelle- Calédonie soient interdits de voter pour choisir leurs représentants ? Comment imaginer que leurs propres parents, arrivés après 1998, ne soient pas citoyens du pays qui a vu naître leurs enfants ? Ce corps électoral doit impérativement évoluer si l’on veut rassembler les habitants de la Nouvelle-Calédonie et construire une citoyenneté positive.
Les fonds de l’État
doivent permettre la prise en charge
des charges patronales et salariales
pour les deux années
à venir
Quelles mesures doivent être très vite instaurées pour éviter l’effondrement économique ?
V. R. : Les fonds de l’État doivent permettre la prise en charge des charges patronales et salariales pour les deux années à venir. Il en va du sauvetage de centaines d’entreprises qui, si elles venaient à disparaître, provoqueraient l’effondrement du tissu économique calédonien.
La part salariale, comme le proposent les organisations patronales, pourrait être reversée aux salariés afin de redonner du pouvoir d’achat dans une période difficile et de relancer une consommation atone. De grands travaux doivent être lancés, et pas uniquement en matière de routes. Le BTP doit être relancé avec l’intervention de tous ses corps de métier.
Croyez-vous aux projets de reprise de KNS, mais aussi de PRNC, et au sauvetage de la SLN ?
A. P. : Les élus du Congrès ont fait le travail nécessaire à cet effet. Virginie était rapporteure spéciale du texte qui a permis l’ouverture des exportations de minerai fatal des réserves géographiques métallurgiques (non utilisable localement). C’était une condition essentielle pour des potentiels repreneurs.
Au gouvernement, j’ai pris l’initiative de rassembler les trois présidents de province au sein de la conférence des présidents, afin de mener un travail concerté sur l’ensemble des sujets nickel. Quand le nickel va mal, tout va mal. J’ai mis toute mon énergie pour que ce secteur clé de la Nouvelle-Calédonie, auquel je suis très attaché, puisse se redresser.
Propos recueillis par Yann Mainguet et Chloé Maingourd

