Violences en centre-ville : Les commerçants à bout

Vendredi dernier, plus de 250 personnes, principalement des commerçants du quartier asiatique, ont manifesté contre les violences dont ils sont la cible, et ce, après l’agression d’un des leurs. Les autorités se sont réunies dans la foulée lors d’une conférence de presse pour leur apporter leur soutien et promettre une mobilisation accrue.

Le constat est fait par tous. Le centre-ville de Nouméa se vide et l’insécurité y est grandissante. Le climat n’est pas serein pour les chalands et il est carrément dangereux pour les commerçants. L’agression, le 16 juillet au soir, d’un commerçant du quartier asiatique, après la fermeture de son magasin, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour une communauté que l’on sait généralement discrète. Elle était directement ciblée puisque le malheureux a fait l’objet, en plus des multiples coups, d’insultes à caractère raciste. Les commerçants ont donc tiré le rideau pour exprimer toute l’angoisse dans laquelle ils travaillent chaque jour et le ras-le-bol d’une telle situation.

En 2015, 3 000 personnes avaient déjà manifesté à Nouméa contre les violences et l’insécurité, à l’initiative de la CCI et du syndicat des commerçants, notamment après l’agression d’une commerçante et le meurtre de Daniel Montero. Aujourd’hui, le sentiment qui règne est que la situation s’est encore dégradée dans le centre. En cause, des attroupements et des trafics, une grande consommation d’alcool… et une « délinquance d’opportunité ». Beaucoup de femmes tiennent ces magasins et sont souvent contraintes de fermer plus tôt voire de fermer dans la journée quand la situation devient trop dangereuse. Elles en viennent parfois à s’enfermer avec leurs clients ! Les agressions sont jugées de plus en plus violentes (« Ils n’ont plus peur de rien ! ») ; la réponse des forces de l’ordre parfois « trop tardive » et celle de la justice « trop clémente ».

Soutien

L’homme agressé ainsi que les commerçants du quartier asiatique ont reçu tout le soutien des responsables économiques et communautaires. Autour de la table, la Chambre de commerce et d’industrie, le syndicat des commerçants, l’association Nouméa centre-ville, des adjoints à la mairie de Nouméa, la province Sud et les amicales vietnamienne et chinoise.

« Ces commerçants travaillent avec la peur au ventre. Ils se font agresser tous les jours et cette mobilisation montre bien qu’ils sont à bout », a commenté Bich Pham Ngoc, président de l’association Nouméa centre-ville et commerçant bien connu des Nouméens. Selon Jean-Pierre Dinh, consul honoraire du Vietnam, qui reçoit de nombreuses plaintes au sein de sa communauté, « il faut faire quelque chose avant qu’un drame survienne, avant qu’un Vietnamien pète un cable ! ». Fréderic Pratelli, coprésident du syndicat des commerçants, ajoute que ce sont « tous les commerces qui sont affectés » et que ce fléau ajoute aux difficultés d’exploitation existantes, à la crise économique renforcée par la crise sanitaire.

Il y a ce constat général que l’insécurité contribue à la désertification du centre-ville, et que la désertification laisse la place à la délinquance. « La dynamisation du centre- ville passe par la sécurisation », résume David Guyenne, le président de la CCI. L’idée est de « casser cette spirale » pour que l’insécurité ne plombe pas le travail de reconquête du centre-ville qui est engagé et pour garder un climat serein, en particulier dans cette période difficile.

Plan d’action et reconquête

Depuis la marche blanche de 2015, plusieurs dispositifs ont vu le jour. On pense au déploiement des caméras de vidéosurveillance, aux alertes commerces, à la sécurisation des bâtiments, aux stewards d’assistance. Dernièrement, la ville de Nouméa a voté le budget pour 40 nouvelles caméras dont une dédiée au quartier asiatique. Une opération soutenue par la province Sud. La collectivité, représentée par Raphaël Romano, directeur de cabinet adjoint à la présidence, a aussi rappelé que les démarches pour pouvoir bénéficier des aides financières destinées à la sécurisation des magasins avaient été simplifiées. Pour l’instant, un budget total de 18 millions de francs a été attribué par la province. Les commerçants peuvent aussi bénéficier de l’aide des référents « sécurité », issus de la police municipale ou de la police nationale. Ils sont invités à être acteurs de leur sécurité. Michel Fongue, président de l’amicale chinoise et adjoint au maire de Nouméa en charge notamment de la dynamisation du centre-ville et du commerce, a expliqué avoir installé dans son commerce une porte blindée, des alarmes et pas moins de 16 caméras !

Mais pour David Guyenne, le président de la CCI, l’exaspération exprimée par les commerçants doit inviter les autorités à aller plus loin. Les patrouilles de police devraient être renforcées en début de soirée, des groupes de travail mixtes devraient réunir les forces de l’ordre, les commerçants et les citoyens. Certains représentants demandent également des patrouilles pédestres, « qui pourraient être plus utiles que des rondes de voitures », ou le renforcement des stewards dont le travail a été salué. Michel Fongue ajoute que « les commerçants ressentent de l’insécurité partout sur le territoire » et que certaines prérogatives relèvent de l’État. Une réunion doit être planifiée avec le haut-commissariat.

Il est triste aujourd’hui de constater que les commerçants de ce quartier en sont à un point où ils ne font que « tenir bon » et que cette situation freine bon nombre d’initiatives. Il est surtout regrettable que les choses aient pu se dégrader de la sorte alors que les alertes n’ont pas manqué. Pourrons-nous rattraper les dégâts occasionnés ? La question reste entière.

C.M.

©C.M./DNC et Nouméa centre-ville

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