Violences conjugales : ouverture du Grenelle en Calédonie

Édouard Philippe a lancé le 3 septembre le Grenelle contre les violences conjugales. Le processus, qui implique l’ensemble des acteurs de ce combat et qui doit se décliner partout en France, a débuté cette semaine en Nouvelle-Calédonie. Le territoire détient le triste record national en matière de violences faites aux femmes.

À l’échelon national, une femme meurt en moyenne tous les deux ou trois jours sous les coups de son conjoint ou ex- conjoint. Cela représente 120 à 150 victimes par an. Une « tendance macabre » d’une « stabilité glaçante » depuis une dizaine d’années, selon le Premier ministre. L’année 2019 s’annonce particulièrement meurtrière avec déjà 104 femmes décédées.

Localement, la situation est la plus dramatique : deux Calédoniennes comptent parmi les victimes. Selon une enquête du Conseil économique, social et environnemental, en 2017, une Calédonienne sur cinq disait avoir subi des violences de la part de son conjoint au cours de l’année écoulée. Une femme sur cinq ! Et au premier semestre 2019, les violences conjugales constatées ont augmenté de 15,7 % (contre 2,9 % à l’échelle de toute la France). Les Calédoniens ne sont pas seulement les plus dangereux sur les routes, ils sont aussi les sombres champions de France des violences conjugales.

Prise de conscience sociétale

En Métropole, comme en Nouvelle-Calédonie, les efforts n’ont pas attendu ce Grenelle. Mais partout, devant l’immensité du problème, l’implication du pouvoir – d’un point de vue financier notamment – est jugée insuffisante par les associations, les professionnels de santé, du social, de la justice, des forces de l’ordre, etc. et par les femmes et les familles de victimes. Adepte des consultations sur les grands sujets de société (environnement, crise des Gilets jaunes, etc.), le gouvernement, sous l’impulsion de Marlène Schiappa, la très déterminée secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a donc décidé de placer la problématique sur le devant de la scène. Et c’est justement tout l’enjeu de ce type d’opération : braquer durant quelques semaines  toutes les lumières sur un sujet, favoriser les débats et les discussions publiques, les prises de parole, les reportages, initier finalement une prise de conscience générale par une large communication et favoriser un mouvement collectif pour faire bouger les choses.

Des mesures ont déjà été annoncées par Édouard Philippe : l’État promet plus de solutions pour accueillir ou loger les femmes victimes de violences. Cinq millions d’euros seront ainsi mobilisés pour la création de 1 000 nouvelles places d’hébergement qui s’ajouteront au 5 000 existantes. Il promet de mieux protéger les femmes tout au long de la chaîne pénale « du dépôt de plainte jusqu’à l’intervention de la justice » et de renforcer l’arsenal d’outils pour éloigner les auteurs de violences.

Très concrètement, les victimes pourront porter plainte à l’hôpital ; des procureurs référents, spécialisés dans les violences conjugales, seront identifiés dans tous les tribunaux de France ; un texte de loi sera présenté pour la mise en place du bracelet électronique anti-rapprochement. L’autorité parentale (et donc le droit de visite et d’hébergement) pourra être immédiatement suspendue ou aménagée par le juge lors d’un dépôt de plainte et suspendue de plein droit dès la phase d’enquête ou d’instruction en cas d’homicide volontaire par le conjoint, sans qu’il y ait besoin d’une décision du juge.

Trois groupes de travail en Calédonie

La plupart de ces annonces concernent évidemment aussi les territoires ultramarins. Ayant bien conscience que ces violences y sont en moyenne deux fois supérieures que dans l’Hexagone, le gouvernement a d’ailleurs confirmé la tenue d’un Grenelle spécifique à ces territoires.

La première réunion ultramarine s’est déroulée à Nouméa lundi. Les représentants de l’État, de la justice, des forces de l’ordre, les institutions locales, les établissements d’accueil, les associations de lutte contre les violences faites aux femmes réunies au haut-commissariat ont convenu de constituer trois groupes de travail : un premier sur la prévention, animé par le gouvernement, un deuxième sur la mise à l’abri et l’accompagnement des victimes, également animé par le gouvernement avec l’appui des provinces et un dernier sur le parcours et la protection des victimes (plaintes et sanctions pénales), animé par le parquet. Une cellule sera aussi chargée du suivi des dépôts de plainte, de « vérifier le circuit d’information ».

Ces groupes de travail rendront leurs conclusions début novembre pour qu’elles soient présentées fin novembre, à la fin du Grenelle, à l’occasion de la Journée nationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes qui sera relayée localement par le gouvernement. Les représentants locaux ont déjà fait valoir leur volonté de travailler sur la prévention notamment auprès des scolaires, d’offrir aussi plus d’hébergements et de viser un même suivi pour toutes les victimes qu’elles soient dans le Sud, dans le Nord ou dans les Îles.

Ces derniers mois, l’État avait déjà pris l’initiative de créer une structure d’accueil d’urgence des victimes prévoyant une prise en charge multidisciplinaire au Médipôle, mais elle n’est pas encore efficace notamment en raison de problèmes au niveau de la médecine légale. Il a aussi procédé à la création d’une brigade de protection des familles au sein de la gendarmerie, ouvert un poste de psychologue à la police nationale et un autre d’intervenant social à la gendarmerie. La mise en place du TGD, téléphone grave danger, par la justice et l’OPT est prévue « d’ici la fin de l’année » et un réseau de familles d’accueil est également en cours de déploiement sur l’ensemble du territoire avec le soutien du gouvernement.

De cette première réunion du Grenelle est ressorti un message principal, résumé par le haut-commissaire de la République, Laurent Prévost : « On est sur des statistiques qui ne sont pas acceptables et qui demandent des réponses adaptées engageant l’ensemble de la société calédonienne. Il faut que la parole se libère, il faut que les choses soient dites, que les plaintes soient déposées. Et il faut que les femmes se sentent accueillies et écoutées ».

Le nouveau président du Sénat coutumier, Hippolyte Wakewi Sinewami-Htamumu, a manifesté tout son soutien à cette politique de lutte rappelant qu’un travail de sensibilisation a été engagé dans les aires coutumières. Il a insisté lui aussi sur la nécessité pour les femmes de porter plainte. Isabelle Champmoreau, en charge de la lutte contre les violences intrafamiliales au gouvernement, a promis de s’impliquer sans relâche sur ce sujet.

C.M.

©haut-commissariat

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