Victor Gogny confirmé, le Sénat coutumier veut se relancer

Victor Gogny bénéficie désormais du soutien de l’ensemble des sénateurs.© Gilles Caprais.

Le sénateur de l’aire Iaai a été pleinement installé à la présidence, samedi 9 septembre à Nouville. Ses partisans et ceux de l’ancien président Hugues Vhemavhe, destitué en février, semblent unis pour tenter de donner au Sénat une plus grande place dans la vie politique.

Autour des chants et des danses d’Ouvéa, les représentants des huit aires coutumières ont scellé leur réconciliation dans l’enceinte du Sénat coutumier. Après la destitution d’Hugues Vhemavhe, dont la condamnation pour conduite en état d’ivresse avait profondément divisé le monde coutumier, « il a fallu des efforts, des sacrifices pour sortir par le haut » de cette longue crise, constate John Tindao, président de l’aire Djubéa- Kapumë.

« Quand on sait dans quelle situation la maison était depuis l’année dernière, il faut se réjouir de l’unité retrouvée depuis le mois dernier », insiste Victor Gogny, qui siégera jusqu’en septembre 2024 au nom de l’aire Iaai, comme le veut la règle de la présidence tournante.

L’ancien infirmier du CHT, 69 ans, originaire de la tribu de Mouli, assumera la lourde tâche de relancer le Sénat coutumier qui, depuis sa création en 1999, peine à occuper la place qu’il vise dans la vie politique de la Nouvelle-Calédonie. Pour autant, ses ambitions sont très élevées.

DES ÉLECTIONS À LA PLACE DU CONSENSUS ?

« Le but, c’est que le Sénat puisse avoir un pouvoir décisionnel, et pas simplement consultatif. On veut faire en sorte qu’il devienne une deuxième chambre parlementaire, comme le Congrès », lance Victor Gogny. Il estime qu’un travail sur la légitimité est un préalable indispensable à la réalisation de cette ambition.

« Pour que l’on soit un peu plus considéré, il faut changer le mode de désignation des présidents d’aire mais aussi des sénateurs. » Le projet de la nouvelle mandature consiste à instaurer des élections. La rupture avec la désignation par consensus, signature du monde coutumier, serait un bouleversement. Elle promet des discussions animées, aux quatre coins du territoire.

« Des pirogues ont déjà commencé de sillonner le pays pour alimenter la réflexion sur le devenir de nos institutions coutumières », précise le président qui imagine non pas un suffrage universel, mais un « corps de grands électeurs », et des candidatures « qui devront être validées par la famille, le chef de clan, la tribu, le district ». Les femmes seraient-elles éligibles ? « C’est une question que l’on avait évoquée. Il faut envisager cette possibilité. Peut-être pas demain ou après-demain, mais ça viendra. »

Le président plaide également pour « une réhabilitation, une restructuration des chefferies » afin d’améliorer leur fonctionnement, « ce qui doit passer par des moyens, et pour cela, il faut une gestion concertée des territoires », en coopération avec les communes.


 

L’indépendance, pas avant 10 ans

En ouverture du 23e congrès du pays Kanak, vendredi à Nouville, les sénateurs ont présenté leur position quant à l’avenir institutionnel. La Nouvelle-Calédonie n’est pas prête pour l’indépendance et a besoin de « deux mandatures », soit 10 ans, notamment pour dépasser les « traumatismes » de la période coloniale. « Quand on sait que les Kanak représentent plus de 90 % de la population en prison, il y a un mal- être », pointe Victor Gogny.

Dans l’immédiat, les sénateurs estiment que la voie à suivre est « le prolongement de l’Accord de Nouméa avec la volonté de consolider ses acquis dans la voie d’une souveraineté partagée avec la France ». Leurs conclusions écrites, fruit de plusieurs mois de travail, ont été « transmises au FLNKS » en vue des négociations avec l’État.

Gilles Caprais