Vale sur la corde raide

Les négociations exclusives, entre Vale NC et l’Australien New Century Resources, ont finalement échoué. Le métallurgiste calédonien se retrouve aujourd’hui contraint de trouver un repreneur d’ici un mois et demi, faute de quoi l’actionnaire Vale fermera l’usine au 31 décembre.

C’est l’air grave qu’Antonin Beurrier, le PDG de Vale NC, a annoncé, mardi après-midi, que son actionnaire à 95 %, Vale Rio, lui avait confié une dernière mission : fermer l’usine au 31 décembre. Après négociations, le géant mondial de la mine a finalement accepté de laisser à l’entreprise calédonienne un délai d’un mois et demi pour trouver un autre repreneur. Passé ce délai, l’usine devra fermer.

La journée du 8 septembre sera peut-être à marquer d’une pierre noire pour l’industrie de la mine calédonienne. Après une valse de communiqués de presse pendant plusieurs semaines, émaillées de mobilisations, le 8 septembre a commencé par une conférence de presse du collectif Usine du Sud = usine pays, visant à présenter la mobilisation du mercredi 9 septembre. Une conférence conclue par l’annonce du retrait de New Century Resources de son offre de rachat. Dans la foulée, Vale Rio mettait en ligne un communiqué de la même teneur, expliquant la fin des négociations avec le potentiel repreneur de l’usine du Sud.

Réuni en urgence le matin même, le comité d’entreprise de Vale s’est dit choqué par cette annonce. Il faut dire que les jours précédents, rien ne laissait présager cette issue infructueuse. Sur les réseaux sociaux, la présidente de la province Sud, Sonia Backes, avait indiqué que les échanges avançaient bien et que des annonces pourraient être faites dans les jours à venir. C’était sans compter sur le départ d’IGO, partenaire industriel spécialisé dans le nickel, du capital de New Century Resources, il y a une dizaine de jours. Une semaine après, c’était au tour d’Orion de se raviser. Le fonds de pension devait apporter 75 millions de dollars (environ 7,6 milliards de francs), mais a préféré jeter l’éponge sur « la base d’un rapport technique qui montrait que le projet nécessitait des investissements supplémentaires » qui n’avaient pas été chiffrés.

Jusqu’au 31 octobre pour trouver un repreneur

Toujours, selon Antonin Beurrier, le manque de ressources et de garanties de rentabilité du projet ne sont pas les seuls éléments qui ont fait pencher la balance et conduit New Century à retirer son offre de rachat. « Cette offre s’est inscrite dans un contexte général pas très accueillant. L’entreprise a été victime d’une véritable campagne de déstabilisation, déplore Antonin Beurrier qui lance un appel aux Calédoniens et à leurs élus. Il faut que l’on nous laisse travailler sereinement. C’est quand même incroyable que l’on ne soutienne pas ce projet. C’est ce que nous attendons. Nous sommes fiers que notre produit puisse se retrouver dans des véhicules du monde entier. »

Par « nous », Antonin Beurrier entend les 1 300 salariés de l’entreprise qui sont « furieux » après les manifestants, assure le PDG. Reste que dans la manifestation de mercredi, on pouvait compter certains salariés membres de l’USTKE, partie prenante du collectif. Si le Soenc nickel est majoritaire à l’usine, ce n’est pas le cas de la mine, où l’USTKE y est le syndicat le plus représenté. Mais au-delà des divergences syndicales, tous sont pour la préservation de l’emploi.

Le Soenc nickel, dans la foulée des annonces de Vale NC, a souhaité réagir pour afficher sa motivation pour que que l’usine du Sud survive à Vale. « Nous avons jusqu’au 31 octobre pour trouver une alternative, pose Yannick Falelavaki, le secrétaire du comité d’entreprise de Vale NC. Nous avons encore une chance de démontrer que ça marche. Nous avons des clients et l’entreprise arrive aujourd’hui à dégager des bénéfices. Nous travaillons maintenant sur une solution plus solide à proposer à Vale. »

Une des pistes pourrait passer par un actionnariat participatif, c’est-à-dire ouvert aux employés qui seraient, pour certains, prêts à réduire leurs salaires de 10, 20 voire 50 %. Selon le PDG, pour reprendre l’usine de manière pérenne, il est impératif de mettre 100 milliards de francs sur la table. Cent milliards qui ne seront toutefois pas à la charge du seul repreneur. Comme le détaille Antonin Beurrier, Vale Rio laisse 50 milliards de francs pour le financement du programme Lucy, l’État est prêt à s’engager à hauteur de 32 milliards via la défiscalisation, il reste 20 milliards de francs à financer dont 10 milliards sur fonds propres. Les trois milliards collectés par les salariés seraient un signe que les équipes y croient.

Une séance extraordinaire publique du Congrès lundi

Contrairement à la direction de Vale et la province Sud, le collectif mobilisé pour faire de l’usine du Sud une usine pays s’est félicité de retrait de l’Australien. Pour le collectif, la solution est celle portée par la Sofinor, en partenariat avec Korea Zinc. Comme le fait valoir le Soenc nickel, qui préfère ne pas se prononcer, Korea Zinc a peut-être une surface financière plus importante que New Century, mais compte peu d’employés (moins de 1 500) et n’a surtout pas pu répondre aux questions en termes d’emploi en cas de réouverture de la raffinerie, sur les garanties financières et concernant la participation des salariés au capital.

Autant d’éléments que les Calédoniens pourront juger sur pièce et en relative transparence, en raison du secret des affaires dans ce genre de dossier, le 14 septembre, à l’occasion d’une session extraordinaire du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. La séance qui devrait être retransmise en direct sur la webtélé du Congrès, permettra à ses élus de prendre connaissance des différentes offres, en particulier celle de la Sofinor/Korea Zinc et celle de Byms. La séance sera également l’occasion d’auditionner le gouvernement, sur les conditions nécessaires au maintien de l’agrément fiscal obtenu en 2002 pour le projet, ainsi que l’État pour la partie défiscalisation.

Dans le cas où aucun repreneur ne serait trouvé, Vale devrait donc procéder à la fermeture de l’usine, ce qui n’est pas franchement dans son intérêt, car il faudrait la démanteler. Si la présidente de la province Sud a évoqué les garanties environnementales, qui ont pu être doublées lors de la négociation, pour atteindre 16 milliards de francs pour prendre en charge le démontage, il y a fort à parier que cela ne suffira pas, loin de là. Comme l’a indiqué Antonin Beurrier, si les 50 milliards de francs de Vale ne devaient pas être utilisés pour la construction de Lucy, ils pourraient servir à financer le démantèlement, une opération qui coûterait certainement davantage. Sans donner de montant approximatif, Antonin Beurrier a expliqué que le chiffrage du démantèlement était en cours de réévaluation. Démontage de l’usine, assèchement des résidus contenus dans le barrage, remise en état de la fosse minière… Quand on sait que le chantier du Néobus a coûté plus de 20 milliards de francs, on imagine mal comment ce démantèlement pourrait coûter moins cher.

D’un point de vue purement économique, une fermeture impliquerait donc un chantier important sur plusieurs années, ce qui permettrait d’éviter la banqueroute du système de protection sociale. Mais ce pis- aller ne durera qu’un temps et la fermeture de Vale NC aurait des conséquences sociales potentiellement catastrophiques.

Le diamant vert

Le gisement de Goro, que l’on surnomme aussi parfois le diamant du Sud ou le diamant vert, est l’un des plus importants gisements de nickel et de cobalt au monde. Ne pas l’exploiter serait difficilement compréhensible, d’autant plus qu’une étude du CNRT de 2018 montrait que les latérites du gisement contiennent du scandium, une terre rare qui s’échange à des prix faramineux sur le marché international. Rien que les latérites de Goro en contiendraient près de 9 000 tonnes.

M.D.©M.D.

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