Vale : L’impasse des discussions aura un coût

Après des mois d’inertie sur le dossier de la reprise de l’usine du Sud, les choses se sont précipitées avec la décision de Vale Toronto d’accepter l’offre ferme de Prony Resources. Les blocages et dégradations qui en ont découlé pèseront lourdement sur la filière nickel et plus généralement sur l’économie calédonienne déjà bien mal en point.

L’économie calédonienne est-elle K.O. debout ? C’est toute la question qui se pose aujourd’hui et à laquelle personne n’a vraiment de réponse. Le fait est qu’elle sortait déjà bien fragilisée de plusieurs années de ralentissement et d’un confinement aux lourdes conséquences, mais tout de même moins catastrophiques que celles redoutées. Outre le fait que les blocages et les dégradations auront un impact évident sur la confiance des Calédoniens et celles de potentiels investisseurs, qui doivent se poser des questions, la filière nickel devrait sérieusement accuser le coup.

Pour l’usine du Sud, la mise en œuvre d’une procédure d’arrêt d’urgence de l’unité de production d’acide marque l’arrêt de l’ensemble des activités du site. Actuellement, une petite équipe termine la sécurisation des installations. La remise en route ne pourra intervenir qu’après la reprise du travail à la mine et dans un délai d’environ trois semaines. Étant donné les derniers événements sur le site et les dégradations d’engins, la reprise de l’extraction du minerai prendra très probablement du temps, d’autant que les installations ne semblent pas encore parfaitement sécurisées. Pour Vale, le coût de la remise en route pourrait se chiffrer à plusieurs milliards de francs. Une lourde addition qui comprendra également le manque à gagner de l’arrêt de la commercialisation des produits de Vale NC.

La collectivité sera également concernée à travers la mise au chômage des équipes, le temps que les opérations puissent reprendre. Très clairement, la Cafat n’aura pas les moyens de prendre en charge les dépenses supplémentaires liées à l’indemnisation des salariés de Vale NC et encore moins celles des sous-traitants qui, pour rappel, représente environ 3 000 personnes. Sur une année pleine, les cotisations sociales des salariés de Vale NC (sans les sous-traitants) représentent 2,6 milliards de francs. Les 1 300 salariés représenteraient une dépense supplémentaire pour le régime d’assurance chômage, déjà fortement déficitaire, de 180 millions de francs par mois. Les indemnisations représentent aujourd’hui environ 240 millions de francs. Il y aurait donc un quasi-doublement, voire davantage si l’on tient compte des sous-traitants.

Des perspectives bien sombres pour 2021

Mais ce sont bien l’ensemble des régimes qui vont être impactés puisque les cotisations sociales aux différents régimes des seuls salariés de Vale s’élèvent à plus de 200 millions de francs par mois. Autant dire que le Ruamm, qui absorbe la moitié de ces cotisations, aura bien du mal à encaisser le choc sans l’intervention des collectivités. Sans injection d’argent dans le système de protection sociale, il faut s’attendre à la cessation de son fonctionnement dans des délais très brefs. Une cellule de ressources humaines a été mise en place à Vale NC, afin d’examiner les différentes solutions en concertation avec les partenaires.

La SLN est également en très mauvaise posture puisque tous ses sites miniers sont fermés. Seul un ravitaillement a pu filtrer, le week-end dernier, afin d’assurer le minimum d’alimentation des fours qui, faute de minerai, devraient être arrêtés. Une situation catastrophique qui pourrait marquer la fin de la pyrométallurgie sur le site de Doniambo. Ce n’est pas encore le cas puisque la SLN dispose encore d’environ quinze jours de réserve de minerai. Très rapidement, si les chargements des minéraliers ne reprennent pas d’ici une semaine, la situation risque de devenir critique. Afin d’économiser sa ressource, la  puissance des fours a déjà été réduite de manière drastique à 105 mégawatts contre une puissance normale de 130 mégawatts et une puissance maximale de 150 mégawatts. Une nouvelle réduction de puissance à 90 mégawatts est envisagée d’ici à dimanche, mais pourrait avoir des conséquences sur les fours.

Si la situation se débloque, la SLN en sera tout de même pour ses frais en raison d’un arrêt relativement long de la production. C’est sans compter sur le dispositif mis en place pour soutenir l’opérateur, en fin d’année 2019, qui vise à subventionner le prix de l’électricité vendu à la SLN par Enercal. Alors que le gestionnaire du réseau versait une prime depuis le début de l’année, les cours qui ont bondi dans la foulée de l’arrêt des activités de l’usine du Sud et des blocages des mines de la SLN ont suspendu les versements. Le 15 décembre, le cours du nickel au London Metal Exchange frisait les 17 000 dollars la tonne. Les difficultés de la filière nickel auront également des répercussions sur le reste de l’économie, alors même que la crise liée à la Covid n’a pas encore pleinement produit tous ses effets. Face à ce contexte et des perspectives particulièrement sombres, les collectivités ont des marges de manœuvre vraiment limitées.

M.D.

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