Vale, avancées des négociations et crispations

Vale a décidé de rallonger la période de négociations exclusives engagée avec l’Australien New Century Ressources d’un mois et demi. Selon le PDG, le dossier avance bien et la cession pourrait être finalisée d’ici la fin de l’année. En parallèle, les coutumiers de l’aire Drubea-Kapumë, soutenus par ceux de l’aire Hoot ma Whaap, ont réaffirmé leur opposition au projet, lui préférant celui impliquant un opérateur calédonien.

Le nickel calédonien vit une période de fortes incertitudes. La situation de la SLN est loin d’être réglée. Le nouveau directeur général, Colin McGibbon, s’est déclaré inquiet pour l’avenir du métallurgiste historique, il y a une quinzaine de jours. En creux, les déclarations du directeur général de la SLN visaient à peser dans les négociations qui ont cours entre les groupes politiques concernant la réforme du code minier que le gouvernement envisage afin d’autoriser les exportations des réserves géographiques métallurgiques (en particulier des massifs de Goro et de Tiébaghi).

Du côté de Vale NC, l’heure est en revanche plutôt à l’optimisme. Lors de conférences de presse qui se sont déroulées à Nouméa, en Australie et au Brésil, le 28 juillet, les acteurs du dossier de la cessation de Vale NC ont annoncé que les négociations avançaient particulièrement bien. « Le tour de table est désormais suffisamment solide pour que l’on puisse construire dessus », a indiqué en préambule Antonin Beurrier, le PDG de Vale NC. S’il reste encore de nombreux éléments à confirmer et à préciser, il s’est montré confiant quant à l’offre de l’Australien New Century Ressources (NCR) qui est à la tête d’un consortium dont la composition demeure encore confidentielle. NCR, qui est une jeune société dans le monde minier (elle a été créé en 2010), dispose d’une surface financière relativement faible, pas suffisante en tous cas pour assumer à elle seule le rachat d’un outil tel que Vale NC. Selon Antonin Beurrier, NCR bénéficierait notamment du soutien de banques australiennes.

Les discussions avec le mineur australien ont également permis de confirmer la nouvelle stratégie, présentée en fin d’année 2019, qui consiste à produire uniquement un produit intermédiaire. Cela s’est traduit concrètement par la fermeture de la raffinerie et a entraîné un plan social qui s’est avéré moins important que prévu. Au lieu d’une suppression de près de 150 postes, seulement 60 licenciements ont été nécessaires. L’usine produira désormais un co-précipité de nickel et de cobalt. Un travail sur la qualité du produit devrait permettre d’augmenter sa teneur en nickel au-dessus de 35 % et celle en cobalt au-dessus de 3 %.

Pluie de bonnes nouvelles

Un produit qui correspond parfaitement au segment du marché des batteries. Un choix stratégique qui fonctionnera tant que les batteries au lithium, nickel et cobalt seront utilisées. C’est le cas, mais rien ne dit que ce sera le cas à l’avenir. Comme l’a noté Antonin Beurrier lui-même, le marché n’est pas à l’abri d’une rupture technologique. Les articles de la presse spécialisée foisonnent et ne donnent pas d’avantage particulier au lithium-nickel-cobalt, bien au contraire. Tout l’enjeu pour l’industrie automobile est de parvenir à abaisser le prix des véhicules au prix des véhicules thermiques, l’un des principaux freins étant le prix des métaux et en particulier du cobalt.

D’autres types de batteries plus stables et constituées de matières premières moins coûteuses sont développés, en particulier par des chercheurs chinois. Dire que l’avenir des batteries passera par le nickel est peut-être un peu trop définitif. Le coût lié à la technologie actuelle constitue d’ailleurs l’un des principaux obstacles à l’essor des véhicules électriques qui reste un marché encore relativement confidentiel au niveau mondial (les voitures électriques représentent actuellement environ 2 % du marché mondial).

Si les perspectives sont aussi bonnes, on peut s’interroger sur les raisons du départ de Vale de Nouvelle-Calédonie, d’autant que, comme l’a souligné Antonin Beurrier, l’usine commence à bien tourner, au point que les objectifs de 2021 pourraient être atteints dès cette année. Pendant quelques jours, l’usine a même réussi à atteindre le rythme de production de sa capacité nominale de 45 000 tonnes. Aujourd’hui, l’usine parvient à produire 3 000 tonnes de NHC (nickel hydroxyde cake), le fameux produit intermédiaire. Tout l’enjeu étant d’arriver à renouer avec les bénéfices dès l’année prochaine et de parvenir à un coût de production inférieur à 10 000 dollars US la tonne, faisant de Vale NC l’usine la plus rentable du territoire et de loin (le coût de production est aujourd’hui de 13 000 dollars par tonne).

De la même manière, les clients qui semblent se bousculer aux portes de l’usine (Antonin Beurrier a annoncé pouvoir commercialiser trois fois la capacité nominale de l’usine) sont prêts à passer des contrats sur cinq, dix, voire quinze ans. Pour Antonin Beurrier, la raison du départ tient au fait que le groupe brésilien est fatigué par son aventure calédonienne.

Une aventure qui n’a pas vraiment été de tout repos mais qui, à en croire le PDG, est en passe de devenir rentable. Et le départ du géant brésilien va lui coûter relativement cher. S’il ne paye pas le repreneur NCR, il laisse une dot plutôt confortable de 50 milliards de francs qui seront placés dans un trust et permettront de financer les investissements nécessaires, pour aménager le port afin de permettre les exportations de minerais ou encore la réalisation du projet Lucy. Les repreneurs se sont en effet engagés à lancer le chantier dès la cession conclue. Un gage pour les responsables politiques locaux qui cherchent désespérément des chantiers pour relancer l’activité économique.

Une assurance affichée, mais des difficultés à venir…

Le trust aura également vocation à recevoir les fonds du consortium australien à hauteur de 10 milliards de francs au titre d’avance sur les contrats commerciaux et 10 milliards de francs correspondant à des prêts de banques australiennes. Antonin Beurrier a également annoncé que le prêt consenti par l’État à Vale d’un montant de 24 milliards de francs sera remboursé dès la cessation actée. L’État devrait ensuite reverser cette somme au trust. Une assurance qui tranchait quelque peu avec le communiqué du haut-commissariat qui indiquait simplement que « l’État étudie, au profit du repreneur, le maintien des engagements pris vis-à-vis de Vale NC ».

De fait, une sorte de guerre médiatique oppose les partisans du projet de reprise par les Australiens et ceux favorables au projet de reprise associant la SMSP à un industriel coréen. Outre les articles mettant en avant les accords commerciaux passés entre Tesla et Vale, les déclarations se multiplient, qu’elles soient issues de la province Sud, de l’Avenir en confiance, de l’Union calédonienne ou encore des coutumiers.

Quant aux déclarations des coutumiers de l’aire Drubea-Kapumë, désormais soutenus par ceux de l’aire Hoot ma Whaap, Antonin Beurrier s’est déclaré très surpris. Il s’interroge notamment sur leur légitimité et de savoir qui ils représentent véritablement. Pour le PDG, il s’agit avant tout d’une méconnaissance du projet de reprise qui devrait se dissiper avec des explications, Vale étant habitué à gérer ce genre de conflits.  Force est de constater que, le lendemain, les explications du PDG n’avaient pas vraiment convaincu les représentants de l’aire et des coutumiers du Sud. Dans un nouveau communiqué, ils ont réitéré leur opposition à la reprise par NCR et engagé des actions au niveau de la Madeleine, tout en appelant les salariés à poursuivre leur activité normalement pour préserver l’outil. Si les coutumiers ne sont pas nécessairement consultés dans ce type de procédure,

contrairement aux provinces, se passer de leur aval semble difficile, comme l’a montré par le passé la mobilisation du comité Rhéébu Nùù. Le fait est que la cession de Vale intervient dans un contexte politique tendu. Les prises de position sur la réforme du code minier laissent peu de marge de manœuvre. Le nouveau groupe formé par le Congrès ferme la porte à ces nouvelles exportations qui concernent également Vale. Si Antonin Beurrier a précisé qu’un refus ne remettrait pas en cause la vente du complexe, il nécessiterait de revoir les équilibres budgétaires. Sans menacer d’un nouveau plan social, le responsable a souligné qu’il faudrait alors faire deux milliards d’économies supplémentaires. Des déclarations prudentes qui visent surtout à ne brusquer personne. Derrière l’optimisme du PDG, le chemin pour parvenir à la conclusion de l’affaire d’ici la fin de l’année semble encore long.


La révision du pacte pour le Grand Sud

La direction de Vale s’est déclarée surprise par la réaction des coutumiers. Une surprise d’autant plus grande qu’elle n’était pas venue les mains vides. Vale NC a retravaillé le pacte pour le développement durable et en a présenté aux coutumiers une version « vitaminée » qui remet à plat la gouvernance afin d’éviter les conflits familiaux ou encore l’accaparement des mandats. Le nouveau pacte, pour lequel 100 millions de francs seraient débloqués chaque année, a vocation à impulser une nouvelle dynamique dans le Grand Sud, axée autour du développement durable et de la jeunesse. Antonin Beurrier a également évoqué la possibilité de créer un fonds alimenté par un prélèvement de 1 % sur les contrats de sous-traitance. L’idée est que ce fonds serve ensuite à redistribuer les richesses.


Une société pour gérer les exportations

Afin de donner tous les gages possibles, Antonin Beurrier a indiqué que les exportations seraient gérées par une nouvelle filiale qui de fait ne serait pas soumise au pacte de stabilité fiscal et pourrait donc payer une redevance sur les volumes exportés. Le capital de la société pourrait également être ouvert aux Calédoniens à hauteur de 10 ou 20 %.

M.D.

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