Vale, attaquée

On la disait en « état de siège » depuis plusieurs jours. Au lendemain de l’annonce de la signature entre Vale et Trafigura, l’usine du Sud a fait l’objet d’une violente attaque qui a conduit à l’évacuation des salariés et à la mise en veille des installations. Cette semaine, c’est la mine qui a été visée.

Le combat contre le projet de rachat de l’usine du Sud a pris une dimension autrement plus inquiétante, au lendemain de l’accord de reprise, le 9 décembre, signé avec Trafigura, projet auquel s’oppose, depuis le début, l’Instance coutumière autochtone de négociations, le collectif « Usine du Sud = usine pays » et les indépendantistes du FLNKS, mais qui laissait entrevoir une lueur d’espoir pour l’entreprise et ses quelque 3 000 emplois directs et indirects.

Les premières dégradations et tentatives d’intrusion, et probablement l’optique de cette signature, avaient conduit Vale NC à déclencher, mardi 8 décembre, son plan d’organisation interne (POI) et le gouvernement son plan particulier d’intervention (PPI), le site de 73 hectares étant classé à haut risque industriel (HRI), l’équivalent de Seveso II, seuil haut en Métropole. Objectifs : prévenir un « scénario majeur » et assurer la protection des employés, des populations, de l’environnement et des installations.

La violence – et le danger – a atteint son paroxysme sur le site, jeudi 10 décembre. En début d’après-midi, un groupe d’une cinquantaine d’assaillants a mené une attaque préparée et concertée. Avec quatre camions, ils ont fait face aux forces de l’ordre aux portes de l’usine. Les gendarmes ont reçu l’ordre de stopper ce convoi et de tirer à balles réelles. Des individus ont néanmoins réussi à pénétrer dans la zone administrative du site, à commettre des dégradations et à brûler un bâtiment avant d’être finalement repoussés. Les vidéos de cet épisode ont été rapidement diffusées sur les réseaux sociaux. La Calédonie a assisté, médusée, à cette attaque.

 

Sécurisation

À 16 heures, le haut-commissariat a finalement annoncé que le site était sous le contrôle des forces de l’ordre. La brigade d’intervention de Vale NC a pu éteindre les incendies. On a appris par la suite que, ce même jour, les bloqueurs avaient entravé les accès de la mine par des blocs de béton, des engins et creusé une tranchée à travers la route. Ils avaient également coupé le tuyau d’amenée d’eau brute, nécessaire notamment au remplissage des bassins d’eau d’incendie.

Entre-temps, à l’usine, les salariés ont entendu la sirène retentir. L’installation a immédiatement été placée en arrêt d’urgence. Les mesures de sécurité ont été activées et la direction a décidé, par précaution, d’évacuer 314 salariés et sous- traitants. Ils sont arrivés en fin de journée à Nouméa, sous les applaudissements de leurs collègues, choqués de ce qu’ils avaient vu et vécu.

Les équipes de volontaires restées sur place, la direction et les techniciens, qui sont repartis dès le lendemain, se sont affairés à mettre correctement l’usine en veille, pour assurer la protection de l’environnement et la sécurité et pour préserver au maximum l’usine d’acide et le matériel dans l’optique d’un redémarrage. La Sécurité civile et la direction HSROE de Vale NC ont participé à une reconnaissance de la situation sur site.

Après l’usine, la mine

On pensait que cet épisode allait provoquer un électrochoc et signerait la fin des violences. S’il a été concomitant à la levée des barrages dans la province, force est de constater que la mobilisation est restée entière dans le Grand Sud. De fait, lundi, le centre industriel de la mine de Goro a été visé. Cette fois, l’atelier de maintenance de Vale, des bureaux, le magasin d’outillage et de pièces détachées Komatsu*, des stocks de pneus neufs, des véhicules et un stock d’huile qui sert à la maintenance des engins miniers ont été incendiés. Des vannes ont été ouvertes sur des cuves d’huile et d’hydrocarbures. Vale a fortement réagi par voie de communiqué. « Ces dégradations sont organisées, préméditées et d’une extrême violence. Ce sont des actes de sabotage dont l’objectif est de nuire, détruire et blesser ».

Dans la nuit, les équipes de la mine ont réussi à reconstituer le passage pour permettre l’accès des camions à la zone d’incendie. Les pompiers de Vale NC ont lutté pour maîtriser les incendies, malgré une ressource en eau limitée. Dans la matinée de mardi, une reconnaissance aérienne a permis d’observer une pollution (traces résiduelles d’huile) sur les hauteurs de la rivière Kwe. Afin de renforcer la brigade d’intervention de Vale NC, engagée à la fois sur les incendies et les risques de pollution, la Sécurité civile a déployé des équipes spécialisées pour limiter l’impact sur l’environnement en positionnant des barrages sur le cours d’eau et à l’embouchure de la baie de Kwé. Des prélèvements ont été effectués pour quantifier la concentration de la pollution. Aucun impact sur la faune et la flore n’a été observé, pour le moment.

« Bien que l’évènement soit contenu, ces actes de destructions répétés auraient pu faire courir des risques graves de pollution », a réagi Vale. Un comble au moment même où les questions environnementales animent le débat. L’entreprise ajoute si besoin était que « les interventions de nuit sur les routes piégées mettent en danger la vie des équipes qui se battent pour préserver l’intégrité des installations et la sécurité sur site ». Le communiqué fait enfin part de l’état d’esprit des salariés. « Les équipes de Vale NC sont dans l’incompréhension et la stupéfaction face au déchaînement d’une telle violence. Nous restons totalement déterminés et mobilisés pour que cette folie cesse. »

Yannick Falelavaki, représentant du personnel à Vale NC, avait déjà appelé à un retour au calme samedi. « On ne pourra pas continuer à opérer avec cette insécurité qui règne aussi bien au niveau des axes routiers qu’au niveau de l’accès de l’usine. Il faut que nous redescendions un petit peu, dans le calme, j’appelle les politiques à revenir au dialogue et les coutumiers en soutien. C’est l’intérêt de notre pays, c’est l’intérêt des Calédoniens et de notre économie. La seule chose que l’on souhaite, c’est que l’on puisse revenir au dialogue, que tout le monde puisse travailler ensemble comme dans le passé ».

* La moitié des salariés de cette entreprise, soit une centaine sur deux cents, seraient déjà arrêtés en raison de la situation de Vale et des mines en général.


Risque industriel

©sécurité civile 

Le risque sur les personnes et l’environnement a visiblement été occulté par les assaillants. La Sécurité civile a en effet expliqué à plusieurs reprises que tout dommage sur les installations de l’usine pourrait avoir des conséquences graves pour les populations et l’environnement à proximité.

On parle de risques d’incendie (propane, soufre, gazole, ammoniac, fioul lourd) avec des conséquences sur un rayon de 40 mètres ; d’explosion (propane, fioul lourd, ammoniac, vapeur d’eau) avec des conséquences sur 280 mètres et d’effets toxiques (dispersion d’un nuage — acide sulfurique, trioxyde de soufre, acide chlorhydrique, ammoniac) sur un rayon de six kilomètres.

En cas d’alerte, il est conseillé de s’abriter dans le bâtiment le plus proche, de tout boucher et se protéger le nez et la bouche, de s’éloigner de l’usine si on est sur la route, d’éviter de téléphoner. Il est demandé à la population de rester à l’écoute des communiqués de la Sécurité civile.

C.M.

©DR images amateurs 

 

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