Vaimu’a Muliava, Éveil océanien : « Il faut une respiration démocratique »

« Au Cese, je représenterai le Pacifique, avec la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna », expose Vaimu’a Muliava, qui remplacera Ghislaine Arlie à Paris. (©Yann Mainguet)

Élu du Congrès, Vaimu’a Muliava a été nommé, le 26 avril, au Conseil économique, social et environnemental à Paris, dont les préconisations doivent nourrir l’action du gouvernement national. Le cofondateur de l’Éveil océanien n’abandonne pas pour autant l’analyse de l’actualité politique du territoire.

DNC : Votre récente nomination au Conseil économique, social et environnemental (Cese) à Paris résulte-t-elle d’un choix, d’une opportunité ?

Vaimu’a Muliava : Il faut être coopté. À aucun moment, je n’ai demandé.
Il faut remonter les fils de l’histoire. L’État soutenait ma candidature pour la direction générale de la CPS, la Communauté du Pacifique, à Nouméa. J’avais été approché à la suite des travaux que j’avais menés avec les équipes en tant que membre du gouvernement : l’organisation de l’événement Oceania Geospatial Symposium avec des experts en données géospatiales de l’IRD ou encore du Cnes en 2022, également de la 44e réunion générale du Pacific Area Standards Congress (PASC), organisme qui travaille sur les normes internationales, aussi la création du Pacific Island Standard Committee (PISC), comité régional de normalisation, etc.

Je me suis attaqué à ces sujets des normes qui ont un impact sur l’économie et la vie chère. Un impact d’ailleurs national. J’ai beaucoup travaillé avec les ultramarins, de Martinique, Guyane, La Réunion… J’ai l’habitude d’échanger avec la société civile organisée, mais aussi les secteurs de la construction et de l’innovation, par exemple, avec la French Tech, la Pacific Tech… dans le Pacifique et au-delà.

Toutes ces initiatives ont donc fait circuler votre nom au niveau outre-mer et national, est-ce bien cela ?

Oui. Tout d’abord pour la direction de la CPS [le Tongien Paula Vivili a en fait été nommé au poste de directeur général en octobre 2025]. Puis pour la nomination au Cese. L’État avait évoqué ma candidature, il y a longtemps.

Le Cese est composé de 175 conseillères et conseillers pour la mandature 2026-2031, soit cinq ans. Je dois être utile dans ce que je fais. Mon idée est de reprendre les mêmes travaux, au niveau ultramarin : sur la normalisation, la tech, l’innovation… Je pars à Paris le 19 mai pour l’installation du président du Cese et du bureau. Je vais intégrer de fait la délégation outre-mer, et poursuivre également le travail sur la vie chère, thème sur lequel Ghislaine Arlie [ancienne maire de Farino, prédécesseure au Cese] avait œuvré. De même, je m’intéresse au processus de consultation citoyenne.

Vous êtes élu au Congrès, or une critique est émise : les politiques ne sont pas nommés au Cese habituellement…

Ce n’est pas vrai. La représentante de Mayotte est élue à l’Assemblée de ce territoire. La représentante de Saint-Pierre-et-Miquelon est cinquième adjointe au maire de Saint-Pierre. Des conseillers ont des mandats électifs [La qualité de membre du Conseil, économique, social et environnemental est incompatible avec le mandat de député, de sénateur ou encore de représentant au Parlement européen].

J’espère que les Calédoniens, les silencieux, ceux qui pensent que l’eau et l’huile se mélangent, vont s’exprimer

Poursuivrez-vous le mandat au Congrès jusqu’aux élections provinciales le 28 juin ?

Oui. Il n’y a pas d’incompatibilité. Il y a des facilités en tant qu’ultramarin pour travailler en visioconférence avec Paris. Toutefois, il faut être là-bas au moins une fois par mois. Des dérogations sont possibles.

Ce qui signifie que votre nom peut figurer dans une liste aux provinciales…

Oui. Je n’ai pas encore décidé. C’est une possibilité.

Et vous continuerez à être actif au sein de l’Éveil océanien ?

J’en suis le cofondateur et le premier vice-président. Pourquoi couper les ponts ? C’est un parti qui travaille sur les vrais sujets. J’ai réglé des inégalités au sein de la fonction publique, fait voter l’e-administration, créé le secteur de l’innovation au sein du gouvernement, réalisé la réforme de la construction… Voilà des dossiers qui ont poussé mon nom jusqu’au Cese. Cette assemblée ne fait que sanctionner six ans de travaux avec la société civile organisée, issue du monde de la recherche, du patronat, etc.

Vous êtes signataire de l’accord Élysée-Oudinot, complémentaire à celui de Bougival. Ce texte appartient-il désormais au passé ?

Élysée-Oudinot a été rejeté par l’Assemblée nationale le 2 avril. C’est dommage. Ce sont des jours et des jours de travaux pour essayer de trouver un consensus.
Mais ces trois textes, que ce soient Deva, Bougival et Élysée-Oudinot, sont autant de bases de travail qui seront reprises à mon avis par la prochaine mandature, après les élections provinciales. Ce qui est important : il faut une respiration démocratique. Les électeurs vont devoir se repositionner sur l’architecture du paysage politique. Ils vont choisir. J’espère qu’ils vont voter. Pour que le combat des idées se règle dans cette arène et non pas dans la rue.

Si les deux blocs, qui indiquent que la voie médiane n’existe pas, reviennent tels quels après le vote, nous allons nous retrouver dans la même situation. J’espère que les Calédoniens, les silencieux, ceux qui pensent que l’eau et l’huile se mélangent, vont s’exprimer. Et dans le cas où les électeurs confirment la classe politique avec deux blocs, il faudra le respecter. En revanche, l’assemblée citoyenne, dont nous venons de déposer le texte au Congrès, permettra aux Calédoniens de faire entendre leurs voix.

Propos recueillis par Yann Mainguet

16 et 17

Vaimu’a Muliava a été membre du 16e et du 17e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de 2019 à 2024. L’élu de l’Éveil océanien a pris ses fonctions au Congrès le 29 août 2024.