Discutée à Paris début juillet, puis aujourd’hui en Nouvelle- Calédonie, la recherche de synergies entre les trois opérateurs métallurgiques pourrait même se traduire par des associations fortes. Différentes options sont évoquées.
L’idée est bien là. Jeudi 3 juillet, à Paris, à la veille des discussions sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, invitait à « repenser en profondeur la stratégie nickel du territoire ». Trois semaines plus tard, Guillaume Kurek, directeur général de la Société Le Nickel, encourageait à « réfléchir à la meilleure formule […] en créant de vraies synergies » entre les opérateurs aujourd’hui en difficulté. « Nous avons fait des propositions pour voir comment KNS et la SLN peuvent se rapprocher, trouver des synergies sur le minerai, sur sa transformation. » La lumière est d’autant plus crue sur le sujet, que la maison-mère, Eramet, « essaie de regarder toutes les possibilités pour sécuriser [la SLN] sur le long terme », souligne le dirigeant de Doniambo. Le groupe tricolore expose d’ailleurs de plus en plus clairement son intention de quitter l’archipel.
Les planètes s’alignent en faveur d’une grande réflexion sur le secteur. Fraîchement nommée à la tête de la mission interministérielle dédiée à l’accompagnement de la transformation de la Nouvelle-Calédonie, Claire Durrieu, inspectrice des finances, doit arriver dans quelques jours à Nouméa. Et s’intéressera, bien entendu, au monde du nickel, épaulée probablement d’un expert. En parallèle, le nouveau directeur général d’Eramet, Paulo Castellari, serait attendu en septembre pour une visite à Doniambo. Ce moment important permettra de connaître la ligne choisie sur le devenir de la SLN.
MATTE DANS LE NORD ?
À Paris comme sur le Caillou, des options sont abordées. Des mineurs et métallurgistes se parlent. Solution présentée comme transitoire, le temps que l’usine du Nord se relève, la SLN, à la peine dans son alimentation, traiterait du minerai du Koniambo. Du nickel pourrait être ainsi commercialisé sous l’appellation KNS® 25, imagine la direction de Doniambo, devenue alors « sous-traitant métallurgique ». Une autre voie mentionnée par des spécialistes tendrait à favoriser le regroupement des deux structures industrielles pour créer un super pôle métallurgique à Vavouto, soutenu notamment par les titres miniers de la SLN. L’association des deux sociétés pourrait susciter l’intérêt de repreneurs.
Troisième piste entendue sur la place, une entité créée pour l’occasion avec des parts calédoniennes et autres couvrirait les trois sites de production, l’actuel complexe Prony Resources NC étant toutefois particulier sur le plan technologique avec son procédé hydrométallurgique. Le rapport de l’Inspection générale des finances et du Conseil général de l’économie, publié en juillet 2023, proposait d’ailleurs de « rationaliser l’actionnariat public calédonien au sein d’une même structure transversale réunissant à égalité les trois provinces […] afin de mieux aligner les intérêts publics au sein de toutes les usines ». Une hypothèse régulièrement citée reviendrait à partager les productions selon les capacités actuelles ou à venir des sites industriels : le ferronickel à la SLN, et la matte, riche de 75 à 80 % de nickel, à KNS, ce qui permettrait de répondre au souhait de l’État d’alimenter l’Union européenne en métal pour la fabrication des batteries de véhicules électriques. Encore faut-il que l’Europe accélère le mouvement dans ce secteur.
Quelle que soit l’option retenue, le coût de l’énergie constitue un point capital. À court terme, opérateurs comme possibles repreneurs comptent sur la subvention de l’État, afin d’améliorer la compétitivité des usines. Guillaume Kurek, de la SLN, a lancé jeudi 24 juillet un pavé dans la mare en évoquant, pourquoi pas, la transformation de la centrale accostée temporaire (CAT) en une unité « pays » convertie au gaz. Une solution suggérée pour une dizaine d’années. Un autre paramètre est essentiel dans l’équation du nickel : l’adoption d’un accord politique.
Yann Mainguet
Dans l’enceinte de la SLN
- Si les mines de la côte Ouest fonctionnent normalement avec une priorité à l’alimentation de l’usine de Doniambo, les centres de la côte Est rencontrent des difficultés. Seul le petit site de Poro-Bonini produit correctement. Les trois autres structures sont à l’arrêt.
- Poro-Française, jusque-là réservée aux cours du Centre de formation aux techniques de la mine et des carrières (CFTMC), n’a plus d’activité. La SLN voit ici l’opportunité de relancer une production de minerai et de créer une centaine d’emplois. À Kouaoua, en raison du coût très élevé de réparation du convoyeur Serpentine – plus d’un milliard de francs – après un incendie criminel au tout début des émeutes, une piste de roulage est créée dans la vallée. La reprise de l’évacuation de minerai vers le bord de mer n’est pas envisagée avant décembre 2025, voire janvier 2026. À Thio, à la suite de multiples destructions, des états des lieux ont été réalisés, des travaux de protection de l’environnement sont relancés, mais la situation reste toujours tendue. La SLN pense à une prise d’activité en 2026, d’abord sur les mines du Plateau et de Dothio.
- Dans ce contexte compliqué, l’usine de Doniambo tourne à 75 % de sa capacité, soit 3 000 tonnes de métal par mois, pour un budget de 4 000 tonnes. L’exercice annuel sera à nouveau lourdement déficitaire.
- Trois gros chantiers sont prévus : réfection de la voûte du four FD 10 pour 2 milliards de francs ; remplacement d’une roue-pelle pour un montant d’1,4 milliard ; et mise en place d’une troisième ligne de traitement des poussières pour 1,5 milliard de francs.

