Usine en solde ?

L’annonce du retrait de Vale, fin 2019, avait suscité de nombreuses interrogations. Celle de la signature, dans la nuit de lundi à mardi, d’un accord de négociations exclusives avec le groupe australien New Century Resources ne va probablement pas y mettre un terme. Cette jeune société, créée en 2010, est loin d’avoir les épaules aussi solides que le géant brésilien. La reprise de ce complexe industriel de taille mondiale, qui perd de l’argent et nécessite d’importants investissements est un véritable défi.

L’histoire de Vale Nouvelle-Calédonie n’est pas un long fleuve tranquille. Envisagée dès les années 60, le projet d’usine est passé de main en main avant de se stabiliser avec la reprise du dossier par le géant brésilien Vale au groupe canadien Inco, qui avait acquis la concession et lancé le chantier en 2001. Bloqué pour des raisons politiques, économiques et environnementales, le projet a finalement trouvé un second souffle avec la signature du pacte pour un développement durable pour le Grand Sud.

Ce nouveau positionnement n’aura pas empêché l’avancée du chantier de traverser de nouveaux
et nombreux atermoiements. Ce n’est qu’en 2011 que l’usine pourra commencer sa longue et lente montée en puissance. Dix ans après ce démarrage, le constat est plutôt amer. Si le procédé industriel, plutôt innovant à l’époque, a fait ses preuves, le complexe calédonien de Vale n’a cessé de perdre de l’argent et l’usine, estimée à un peu plus de quatre milliards de dollars, aura coûté plus du double.

Antonin Beurrier, le PDG de Vale NC, ne cherche pas à se cacher derrière de faux-semblants. La fin de l’aventure de Vale en Nouvelle-Calédonie va se solder par une facture extrêmement lourde. « Au-delà de l’échec industriel, souligne le PDG, il y a un échec des retombées économiques, les gens n’en n’ont pas vraiment bénéficié ». C’est du moins le cas de la population, dans son ensemble, en dehors de quelques entreprises qui ont obtenu des largesses de l’industriel pendant un temps. Un constat amer, qui n’a pour autant pas entamé l’optimisme d’Antonin Beurrier, qui martèle toutefois que le temps de la rupture est venu et qu’il faudra désormais changer de mentalité pour que le projet ait un avenir.

New Century, une jeune compagnie

Le temps des multinationales déversant leurs milliards de dollars sur le territoire est bel et bien terminé. La signature, dans la nuit de lundi à mardi, d’un accord de négociations exclusives, valable deux mois, avec le groupe New Century Resources, une société créée en 2010 qui produit du zinc. Cette « junior » n’a clairement pas les moyens du groupe brésilien. Comme l’explique Antonin Beurrier, le rapport entre Vale et New Century est de l’ordre de un à mille. Autant dire qu’en cas de coup dur, le potentiel repreneur serait bien en peine de couvrir les pertes d’exploitation. Et de fait, rien n’est encore acquis.

Pendant deux mois, New Century aura le loisir d’examiner la situation de fond en comble avant de se prononcer. Son président, Pat Walta, a notamment indiqué qu’un audit complet sera nécessaire avant de pouvoir s’engager. C’est sans compter sur la voix de ses actionnaires, qui pourraient être opposés à un tel rachat, et sur la capacité de New Century à trouver des investisseurs prêts à s’engager dans cette opération qui présente des risques non négligeables. « S’engager dans cette aventure, c’est s’exposer à un risque de 2 000 milliards de francs », relève le PDG de Vale NC.

Derrière le sourire de façade d’Antonin Beurrier, qui affiche sa foi dans le projet, la transaction engagera le futur repreneur dans des investissements extrêmement lourds, à commencer par le projet Lucy, qui représente tout de même 40 milliards de francs, auxquels s’ajouteront encore quelques milliards pour adapter la production et réaliser des aménagements du port en vue des exportations de saprolite (minerai présentant des teneurs de l’ordre de 1,9 % de nickel) dont l’autorisation sera examinée par le Congrès courant juin.

Cette autorisation d’exportation de minerai qui, à terme, pourrait représenter 10 % du chiffre d’affaires du métallurgiste devrait être accordée au prix de vives tensions entre les groupes politiques dont les conceptions sont radicalement différentes en la matière. Les élus du Congrès sont d’ailleurs restés perplexes lorsque le responsable de Vale leur avait présenté les noms des potentiels repreneurs, à l’occasion d’une audition par la mission d’information pendant la crise du Covid-19. Comme le souligne le PDG de Vale NC, des contacts ont été pris avec KNS et la SLN pour savoir s’ils seraient intéressés pour traiter ce minerai dans leurs fours. Des contacts qui n’ont pour le moment rien donné.

Autre condition à la reprise, le soutien de Vale pour les deux prochaines années. L’idée est que le géant brésilien éponge les pertes d’exploitation, le temps que Vale NC parvienne à renouer avec l’équilibre financier, ce qui nécessitera, selon son PDG, de réduire les coûts de l’ordre de 20 %. Une réduction qui viendra s’ajouter aux économies déjà réalisées avec le plan social qui a permis de limiter la casse sociale. Au lieu de 120 licenciements économiques, seulement 50 ont été enregistrés à ce jour. Une fois le plan achevé, ce chiffre devrait grimper à 70.

Les 20 % d’économies devront être trouvés au niveau des sous-traitants. Une cinquantaine de contrats restent à renégocier et cette remise à plat génère d’importantes tensions sociales. À défaut de parvenir à de bonnes renégociations, un nouveau plan social pourrait être envisagé pour parvenir à l’objectif. C’est dans ce contexte qu’Antonin Beurrier parle de révolution. Pour faire simple, si tout le monde, y compris les sous-traitants, n’y met pas du sien et continue de prendre Vale NC pour une vache à lait, tout le monde risque bien de connaître une cure d’amaigrissement drastique.

La politique en embuscade

Pour reprendre les mots du PDG, cette offre est « presque miraculeuse ». Sur le ton de la confidence, le responsable de Vale NC suggère de recueillir les témoignages des grands investisseurs internationaux sur la Nouvelle- Calédonie et son manque de stabilité. Parmi les huit candidats à la reprise, la moitié, dont de grands groupes internationaux, ont tout simplement jeté l’éponge après y avoir regardé d’un peu plus près. Récemment, le Premier ministre, Édouard Philippe, indiquait, dans un courrier adressé à la Cour des comptes, que l’État continuerait de soutenir le secteur du nickel calédonien. Reste à savoir à quel prix.

La partie est loin d’être gagnée, mais Antonin Beurrier affiche un optimisme à toute épreuve et croit dans les chances de son entreprise. Selon lui, la nouvelle stratégie est la bonne et les contacts avec de potentiels clients tels que Tesla se passent plutôt bien. C’est également le cas des discussions avec Independence Group qui a fait l’acquisition, en avril, de 18,4 % du capital de New Century. Cette société déjà positionnée sur le nickel pour les batteries de voiture montre un grand intérêt pour le produit de Vale NC.

Les semaines à venir seront donc décisives pour l’avenir de l’usine du Sud et ne vont pas sans poser de questions de fond sur la stratégie nickel qui devait faire l’objet de réflexions en début d’année. La crise du Covid-19 a balayé les projets du président du gouvernement d’organiser une grande conférence sur le nickel. En l’absence de consensus et de vision claire à long terme, l’avenir de Vale risque de cristalliser toutes les oppositions politiques.

M.D.

 

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