Le consortium New Battery Metals, actuellement en négociation avec l’État pour l’acquisition de 74 % des parts de l’usine du Sud, a posé un certain nombre de conditions.
En séance publique du Congrès mardi 31 mars, la présidente de la province Sud, Sonia Backès, a annoncé la tenue d’une réunion le lendemain, à Paris, entre le consortium NBM, pour New Battery Metals, intéressé par le rachat de Prony Resources New Caledonia, et l’État, qui contrôle désormais à travers une fiducie les 74 % du capital de l’usine du Sud. Aux côtés des représentants du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, devait participer à la rencontre. Avec l’ambition de « conclure les différentes parties de la négociation », selon l’élue calédonienne. Aucun élément n’a filtré de ces échanges, du moins à ce stade, mercredi 8 avril.
Le consortium New Battery Metals, soutenu entre autres par des actionnaires qataris, a posé plusieurs conditions suspensives à l’État, confirmées dans une note des coutumiers de Drubéa-Kapumë début mars. L’une d’elles consiste en la prise en charge du passif via une subvention de 20 milliards de francs, suivie d’un prêt de 24 milliards destiné au financement des dépenses d’investissement et dont le début du remboursement serait activé à moyen terme, selon les informations de Demain en Nouvelle-Calédonie.
Une deuxième clause aurait trait à l’abandon d’une partie de la dette, estimée au total à plus de 65 milliards de francs vis-à-vis de l’État. Cette créance a encore évolué, puisque, d’après DNC, le conseil d’administration de Prony Resources New Caledonia a validé, le mois dernier, la signature d’un nouveau prêt de l’État à hauteur de 7 milliards de francs. Cette somme permettrait au complexe hydrométallurgique de tenir jusqu’au mois d’août, voire de septembre.
SUBVENTION « ÉNERGIE »
NBM entend bien percevoir enfin un soutien, tant de Paris que de la Nouvelle-Calédonie, face au coût de l’énergie. « La différence entre le prix moyen payé par un acteur indonésien et le prix moyen payé en Nouvelle-Calédonie représente, entre 2021 et 2023, un surcoût annuel moyen d’environ […] 35 millions d’euros [à PRNC] », avait avancé le rapport de l’Inspection générale des finances et du Conseil général de l’économie, publié en juillet 2023. Soit 4 milliards de francs.
Le consortium milite pour une subvention dédiée, en attendant la mise en place d’un schéma électrique fiable, compétitif et décarboné à l’échelle du territoire. Un commentaire du président de la République, Emmanuel Macron, sur la place des Cocotiers le 26 juillet 2023, ne saurait être oublié dans les discussions du moment. « La refonte du système énergétique, productif, est essentielle, avait indiqué le locataire de l’Élysée. Ce sont plusieurs milliards d’euros. Là, on ne va pas se battre sur les compétences. On va être clair, il n’y a que l’État qui peut le financer. Mais je vais être sérieux : je n’utilise pas l’argent du contribuable pour financer des modèles improductifs. » Bref, ces trois conditions posées sont au cœur de la négociation, et, de fait, des principaux différends.
Car une autre demande de NBM, adressée cette fois à la Nouvelle-Calédonie ainsi qu’à la province Sud et citée dans la note des coutumiers, a, elle, été satisfaite. En l’occurrence, la possibilité d’exporter 2 à 3 millions de tonnes de minerai à partir de la réserve géographique métallurgique de Goro. Le Congrès s’y est montré favorable, mardi 31 mars, en seconde lecture, et dans la division. La période d’exclusivité utile aux négociations entre le consortium et l’État serait prolongée de deux mois, jusqu’au 31 mai, afin justement de mettre en place ces exportations sur le plan technique. Si rien ne bloque, le « deal » final serait signé à cette date « au plus tard », d’après une source, ou « mi-avril au plus tôt ».
Enfin, selon le vœu du potentiel acquéreur, la Maison bleue et surtout le FPRESC, l’entité présente à hauteur de 9 % dans le capital de PRNC au bénéfice des populations, sont invités à abandonner le dispositif d’amodiation, sorte de loyer sur la concession minière.
TRAJECTOIRE DE LA PRODUCTION
Le souci de l’État est bien de maintenir l’activité de Prony Resources New Caledonia. Un complexe métallurgique qui a coché des cases positives ces derniers temps. L’opérateur du Sud a mis officiellement en route, fin février, le projet Lucy qui transforme les résidus industriels humides en matière sèche. La production de NHC (Nickel Hydroxide Cake) s’inscrit, de plus, sur une bonne tendance, à entendre des salariés : une trajectoire vers 42 000 tonnes de nickel contenu par an, contre 36 030 tonnes en 2025.
« Le prévisionnel présenté par PRNC montre qu’un équilibre financier durable est envisageable, avec une production annuelle de 45 000 tonnes de NHC, au plus tard en 2028, à condition de sécuriser » notamment « le financement de la transition énergétique », ont écrit les représentants du conseil coutumier Drubéa-Kapumë, début mars. Au-delà des pourparlers sur l’avenir institutionnel de l’archipel, NBM suit de près les points de vue sur la stratégie globale « nickel », qui reste à définir. Des salariés de Prony Resources, eux, ne veulent pas d’un nouvel épisode « Trafigura », très éphémère.
Yann Mainguet

