Une situation sanitaire sous contrôle ?

Le Covid-19 a donné des sueurs froides à la Calédonie en ce mois de mars. Aux récents cas liés aux rotations avec Wallis-et-Futuna, s’est ajouté un cluster sur un vol en provenance de Métropole. Les autorités sanitaires s’efforcent de contenir les brèches avec, pour l’instant semble-t-il, des résultats rassurants. Elles doivent annoncer vendredi la suite à donner au confinement.

Rester un territoire Covid-Free n’est décidément pas si simple dans un contexte de pandémie mondiale. Même pour un « petit » archipel du Pacifique. Le virus frappe régulièrement à notre porte et s’immisce quand il le peut. L’impossibilité de supprimer totalement nos liaisons avec la Métropole – comme certains le réclament – parce que des professionnels extérieurs nous sont régulièrement nécessaires et que des histoires personnelles exigent encore des voyages complique quotidiennement les efforts. Tout comme cette idée de bulle sanitaire avec Wallis-et-Futuna, décrétée pour conserver des liens historiques avec ce que certains aiment encore à appeler notre « quatrième province » et pour donner un peu de souffle à notre compagnie aérienne.

Ces ouvertures, si minimes soient-elles par rapport au monde d’avant, ont induit, en trois semaines, une série de risques sanitaires à gérer et de multiples enquêtes pour la Dass, une hausse de l’occupation de l’unité Covid-19 du Médipôle et, plus largement, des restrictions pour l’ensemble des Calédoniens. Mais elles ont aussi, quelque part, provoqué l’accélération de la campagne de vaccination qui peinait à décoller.

Une centaine de passagers à retrouver

La principale inquiétude concerne, on le sait, les passagers des vols en provenance de Wallis- et-Futuna. Parmi les 58 cas positifs détectés depuis le 7 mars, la majorité d’entre eux, soit 32, étaient de retour de l’archipel. Les personnes ont été dépistées en quatorzaine, mais aussi hors sas sanitaire, ce qui avait provoqué le confinement et son prolongement le 18 mars. Les investigations et démarches entreprises par la Dass, le gouvernement et l’État ont permis de localiser et donc de tester 85,3 % des 650 passagers concernés, selon les chiffres avancés mardi par le porte-parole de l’exécutif, Christopher Gyges.

Les enquêtes ont, par ailleurs, permis de situer les contaminations autour du vol du 20 février, avec dans ce cas 95 % des personnes testées. On ne peut occulter le fait qu’une petite centaine de personnes manquent encore à l’appel, mais on peut imaginer que cinq semaines après le vol du 20 février et trois semaines après l’arrêt des rotations, le 7 mars, des signaux auraient émergé en cas de propagation du virus, par le biais des tests menés sur le territoire sur les personnes présentant des symptômes.

Les enquêtes se poursuivent néanmoins. Le haut-commissariat apporte son appui pour localiser les intéressés, pour l’instant sur la base des listes de passagers communiquées par Aircalin et croisées avec des adresses administratives de type adresses électorales. Le cabinet du membre du gouvernement, Vaimu’a Muliava, est également investi sur ce dossier. Celui-ci a notamment déclaré que la plupart des personnes recherchées étaient rentrées à Wallis-et-Futuna, déjà testées négatives, ou « refoulées des centres de test » par d’autres circuits. Il a néanmoins prévenu sur les ondes : « Si vous êtes dans le ‘scope’ d’investigation de la Dass, répondez aux appels, sinon on va vous envoyer la police ».

De nouveaux tests vendredi pour les passagers arrivant de Métropole

Alors que la Nouvelle-Calédonie planchait sur cette première vraie brèche dans notre système sanitaire, les tests réalisés les 19 et 20 mars ont montré un nombre inédit de cas positifs en quatorzaine (dix et neuf), alors qu’on était plutôt habitué à un ou deux cas occasionnels. Cela ne pouvait uniquement s’expliquer par la troisième vague qui sévit actuellement en Europe.

Au total, 26 cas ont émergé en quatorzaine à l’hôtel à l’occasion de tests réalisés en raison de signes évocateurs du Covid-19 ou à son issue. Tous étaient des passagers du même vol en provenance de Métropole, arrivé le 5 mars, et avaient fait un premier tronçon Paris-Tokyo avec Air France. Aucun cas n’a été détecté pour l’heure sur les passagers partis sur les six vols d’autres compagnies aériennes qui sont venus alimenter le voyage Tokyo-Nouméa d’Aircalin. Compte tenu de ce cluster composé principalement de cas familiaux, selon les précisions de la Dass, il a été décidé de prolonger de deux jours la quatorzaine de tous les passagers, le temps de mener des investigations complémentaires et de voir, notamment, s’il n’y avait pas eu de failles dans la quatorzaine, ce qui a été écarté.

Au final, sur les 210 passagers de ce vol, les 26 personnes positives ont rejoint l’unité Covid du Médipôle, avec trois mineurs accompagnant leurs parents ; six personnes considérées comme cas contact ont vu leur quatorzaine à l’hôtel prolongée d’une semaine et les 175 restantes sont en auto-isolement à domicile. Elles seront testées de nouveau ce vendredi.

Évolution des protocoles

Ce nouveau cluster a suscité nombre d’interrogations et mis en lumière des évolutions dans les protocoles sanitaires. Des passagers ont témoigné du manque de distanciation sociale sur les vols et du non- respect du port du masque pour certains. La Dass a confirmé, mardi, que l’arrivée des tests PCR obligatoires 72 heures avant l’embarquement, mais aussi supposément le port du masque obligatoire à bord avaient permis de faire évoluer les protocoles et de ne plus appliquer la distanciation sociale dans les avions, sachant que nous sommes aussi protégés par la quatorzaine et les tests de sortie qui permettent d’éviter, en bout de chaîne, la propagation du virus parmi la population. Le porte-parole du gouvernement, a même ajouté qu’« Air France ne pratiquant plus la distanciation sociale, comme d’autres compagnies, cela n’avait pas de sens qu’Aircalin continue à la pratiquer ».

Mais force est de constater que le délai possible de 72 heures entre le test et le départ peut laisser la place à une contamination. La Dass pense d’ailleurs que certains cas positifs de ce vol ont été contaminés « juste avant l’embarquement ». Les passagers auraient notamment attendu deux heures ensemble « sur le tarmac de Roissy ». De quoi alimenter les inquiétudes d’une partie de la population, qui a encore du mal à accepter qu’autant de gens continuent de voyager, la plupart accueillis dans une quatorzaine à grands frais. Une quatorzaine qui, pour l’instant néanmoins, a fait preuve de son utilité.


Une enquête administrative et judiciaire demandée à Wallis

Le sénateur de Wallis-et-Futuna, Mikaele Kulimoetoke, a demandé au Premier ministre, Jean Castex, qu’une enquête administrative et judiciaire sur l’introduction du virus à Wallis-et-Futuna soit diligentée depuis Paris. Selon le sénateur, « beaucoup de choses sont à éclaircir ». Il évoque des passe- droits, notamment sur les vacances de professeurs et d’enseignants en Métropole normalement interdites, des confinements à domicile pour des personnes positives ou à l’hôtel pour des négatifs. Il dénonce globalement un « manque de transparence » et des « incohérences » dans les décisions prises par le comité de suivi du Covid-19. On imagine que Wallis-et-Futuna regarde également ce qu’il s’est passé en Nouvelle- Calédonie sur le cluster arrivé de Métropole. En effet, si la responsabilité finale de la gestion de la quatorzaine lui incombe évidemment, le virus a de grande chance d’être arrivé par les airs. Et il ne serait pas fou de se demander de quelle manière évoluaient les passagers au mois de janvier.


Toujours le variant anglais

Comme pour les passagers issus de la bulle avec Wallis-et-Futuna, c’est encore le variant anglais qui a été détecté sur les passagers revenant de Métropole. Ce n’est pas une surprise pour la Dass, « car c’est le variant dominant en Europe actuellement », a expliqué le Dr Martine Noël.


Déconfinement ou pas ?

Une annonce sur la suite à donner à ces trois semaines de confinement doit être faite vendredi. Et elle sera intimement liée à la situation des passagers de Wallis-et-Futuna, qui laisse encore une place au doute, tandis que celle du cluster de Métropole est visiblement jugée sous contrôle. Trois scénarios sont envisageables, a expliqué Christopher Gyges. Un déconfinement total sera possible s’il n’y a aucun cas positif issu des vols de Wallis-et-Futuna. S’il y avait encore quelques cas en provenance de cet archipel sur des personnes identifiées, c’est- à-dire suivies, un déconfinement progressif pourrait être envisagé. En revanche, si des tests positifs émergeaient au sein de la population, le confinement strict pourrait être prolongé.


Groupe d’experts

Les experts assistant le gouvernement et l’État dans leurs décisions relèvent des domaines de la virologie, de la biologique médicale, des maladies infectieuses, de la modélisation des épidémies, de la prise en charge médicale du Covid-19, notamment en anesthésie-réanimation, ou encore de l’anthropologie, a précisé le gouvernement. Ils se réunissent aux côtés d’un représentant du Comité d’éthique de la Nouvelle- Calédonie et d’un représentant de la Dass. Il a été décidé, d’un commun accord, de la confidentialité des échanges et des productions. Si l’on peut comprendre que l’anonymat soit privilégié, il est dommage que nous ne puissions, comme ailleurs, avoir accès à leurs publications. En Métropole, par exemple, on observe que les décisions politiques ne suivent pas automatiquement les conseils des experts.


Chiffres

  • 58 cas positifs depuis le 7 mars (116 depuis mars 2020)
  • 32 de retour de Wallis-et-Futuna dépistés soit en quatorzaine, soit dans la population.
  • 26 arrivant de Métropole dépistés pendant ou à l’issue de leur quatorzaine.
  • 39 personnes hospitalisées à l’unité Covid-19 du Médipôle dont une personne en réanimation.
  • 2 nouvelles personnes arrivées de Wallis-et-Futuna en réanimation. Une troisième est décédée avant son Evasan.
  • 142 personnes en quatorzaine dans les hôtels.
  • 5 000 personnes contrôlées par jour en moyenne dans le cadre des mesures de restriction.

C.M.

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