Une situation enviable mais de nombreuses questions

La Nouvelle-Calédonie a réinstauré, depuis lundi, un fonctionnement quasi normal de la société, à quelques exceptions près. Des ajustements sont néanmoins nécessaires, ainsi que le maintien de la vigilance au plus haut niveau…

Depuis le 4 mai, le territoire a la chance d’avoir pu reprendre un fonctionnement presque normal. Les écoles ont pu rouvrir avec des effectifs complets, les transports, les établissements de loisirs, culturels, les bars et les nakamals, les salles de sport, les cours divers, les manifestations religieuses ou culturelles ont pu redémarrer avec néanmoins une organisation particulière à base de distanciation sociale (1 mètre entre les personnes), d’identification des personnes, ou de port du masque.

Demeurent encore interdites les activités qui ne permettent pas de faire respecter les gestes barrières, où il est impossible de mettre en place le port du masque et où les participants ne pourraient pas être identifiés. Cela concerne les discothèques, les compétitions sportives et les grandes manifestations culturelles et communales comme les foires. Il s’agit de restreindre les probabilités dans lesquelles l’apparition d’un cas de coronavirus ferait craindre un grand nombre de contaminations et une situation où il serait difficile de retrouver les personnes contacts.

Territoires pilotes ?

Il a été largement fait mention, dans les médias, de la visioconférence organisée entre le président de la République, Emmanuel Macron, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, les élus et les hauts-commissaires de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna. Les autorités territoriales ont été saluées pour leur bonne gestion de la crise et le chef de l’État a même indiqué que les territoires ultramarins sont, en quelque sorte, des « territoires pilotes » en matière de déconfinement, le reste de la France ayant une autre échéance en ce mois de mai.

Si nos résultats sont effectivement positifs, les situations demeurent néanmoins incomparables ! En effet, il est plus facile de déconfiner quand il y a une « probabilité de 99,3 % », en ce qui nous concerne, que le virus ne circule pas, que dans une situation critique et inquiétante comme celle que connaît l’Hexagone. Et si les règles du déconfinement progressif, entamé le 20 avril, ont été assez peu critiquées, on peut néanmoins porter quelques observations.

Ainsi, en cas d’épidémie, l’organisation sanitaire des écoles aurait-elle été efficace ? Les moyens sanitaires suffisants ? Certaines voix dans le milieu scolaire affirment le contraire.

Il en est de même sur la question des masques : obligatoires simplement là où on ne peut pas identifier les personnes et où la distanciation sociale n’est pas possible, c’est-à-dire dans certains établissements culturels, de jeux et dans les bus. Force est de constater, dans les transports, que les moyens sont insuffisants pour faire appliquer ces règles. Résultat, notamment sur Tanéo, pas de masques, pas de distances et pas d’identification des personnes. Le constat a été fait au gouvernement : « Cela n’a pas marché dans les transports urbains », a concédé Christopher Gyges. On peut aussi être « collés » dans les avions et les bateaux parce que le fonctionnement à une capacité de 50 % a été jugé « insupportable », mais sans masque puisque l’on peut avoir la liste des personnes !

Dans le contexte que nous connaissons, l’angoisse est forcément moins importante et les écarts aux règles de logique ont une portée a priori moins grave. Mais il faudra néanmoins tirer des leçons de ce qui constitue au mieux un « essai » de déconfinement dans l’éventualité où nous serions un jour frappés par l’épidémie. Les autorités ont assuré qu’un bilan des mesures sanitaires serait fourni pour l’école. Espérons qu’il en sera de même pour l’ensemble des secteurs.

Vigilance et questions

Alors que l’on observe un relâchement certain en ce qui concerne les gestes barrières, les autorités indiquent maintenir une vigilance de tout instant sur les arrivées qu’elles interviennent par les airs et par la mer. La presse a eu l’occasion, la semaine dernière, de découvrir le poste de commandement opérationnel (PCO) de gestion des rapatriés et des quatorzaines au Méridien.

Le PCO, tenu par les services du gouvernement, œuvre à la gestion des rapatriements, du transport, de la logistique, sanitaire, la vie dans les hôtels et la sécurité avec une « partition » écrite par la Direction des affaires sanitaires et sociales (Dass) visant à nous protéger du Covid-19 et à garantir le bon équilibre médical et psychologique des rapatriés.

Plus de 150 personnes sont engagées, jour et nuit, dans cette opération inédite qui a concerné, au plus fort des retours, jusqu’à huit hôtels et 900 voyageurs : agents de la Nouvelle-Calédonie, personnel médical, pompiers, forces de l’ordre, associations, sans compter le personnel des hôtels et six prestataires privés (transport, repas, nettoyage…). Plus de 1 167 résidents ont déjà été rapatriés et « 1 000 restent encore à venir » dans ce cadre, selon les services du gouvernement, dont « 10 % sont dans une situation fragile ».

Les prochains retours ont commencé cette semaine et doivent se poursuivre, selon les autorités, jusqu’à mi- juin sachant que le nombre de rapatriés en quatorzaine au même moment ne devra plus dépasser 600 personnes.

Là encore, si l’énergie déployée est bien réelle des incompréhensions demeurent et des questions restent sans réponse. Ainsi on peut s’interroger de la reprise tardive des vols cette semaine sachant que les hôtels se sont littéralement vidés (556 personnes mardi 28 avril, 423 mercredi 29, 414 jeudi 30, 114 lundi 4 et mardi 5 mai), et alors que des personnes attendent depuis deux mois et que cette attente allonge encore la durée et donc le coût des opérations.

Quid, par ailleurs, des étudiants désirant rentrer, qui font l’objet d’un recensement à part ? Combien sont-ils et quand vont-il pouvoir revenir ? Ceux qui doivent partir en août pourront-ils le faire ? Idem pour les agents de l’État qui doivent prendre la relève (militaires, enseignants, etc.) ? Combien sont-ils, quand arriveront-ils et comment, précisément, vont s’organiser les relèves ? Les hôtels, qui doivent normalement être réquisitionnés jusqu’à mi-juin, le seront-ils plus longtemps ? Que ferons-nous des personnes après, seront-elles placées à domicile ?

Ce sont des informations que les Calédoniens sont en droit d’obtenir et qu’ils n’ont toujours pas à ce jour, malgré leur importance sur le plan sanitaire et financier. Rappelons, en effet, que le coût pour la collectivité des rapatriements a été évalué à 1,5 milliard de francs au total en prévisionnel par les élus du Congrès et qu’un nouveau confinement dû à propagation de l’épidémie serait pour le moins dramatique.


Les prochains vols de rapatriement

Jeudi 7 mai : Vol en provenance d’Auckland, vol en provenance de Wallis-et- Futuna.

Vendredi 8 mai : Vol en provenance de Port-Vila.

Mardi 12 mai et vendredi 15 mai : Vols en provenance de Paris via Tokyo.


Les étudiants demandent à rentrer

Une pétition a été lancée sur change.org au nom des nombreux étudiants calédoniens bloqués en Métropole, au Canada, en Australie et en Nouvelle- Zélande. Ils demandent à pouvoir rejoindre leurs familles alors que les cours ne reprendront pas avant septembre. Certains sont dans des conditions financières difficiles. S’ils sont conscients de ne pas être prioritaires, ils souhaitent être entendus. « Être dans une telle situation, sans avoir aucune réponse de notre pays, nous procure à tous beaucoup d’anxiété et de désarroi », peut-on lire sur cette pétition signée par près de 2 700 personnes.

Devant le Sénat, Édouard Philippe a annoncé, lundi, le versement, début juin, d’une aide de 200 euros pour 800 000 étudiants touchés par la précarité et notamment « les étudiants ultramarins isolés qui n’ont pas pu rentrer chez eux ». Sont concernés, les jeunes de moins de 25 ans qui touchent l’aide personnalisée au logement (APL). Les Calédoniens qui souhaitent rentrer sont toujours invités à se faire connaître sur le site outremersolidaires.gouv.fr.


Remboursement des billets : « On tuerait Aircalin »

Le porte-parole du gouvernement, Christopher Gyges, a été appelé, mardi, lors du point presse, à clarifier un projet de délibération du gouvernement qui sera examiné ce jeudi au Congrès. Le texte en question vise à permettre le changement temporaire des règles habituelles de remboursement des billets d’avion déjà achetés et qui ont été annulés en raison de la crise du Covid-19. Les clients pourront se voir proposer un avoir utilisable pendant 12 mois pour les compagnies aériennes et 18 mois pour les agences de voyages. Il est par ailleurs indiqué qu’à l’issue de cette période, les clients qui n’auront pas utilisé le solde de l’avoir pourront demander le remboursement…

Christophe Gyges a expliqué qu’il s’agissait de ne pas mettre plus à la peine les compagnies, qui n’ont plus de rentrées d’argent. Un problème mondial. Si l’on remboursait maintenant les billets, « on tuerait tout simplement Aircalin », a expliqué le porte- parole. Le remboursement représenterait, en effet, pour la compagnie 2,5 milliards de francs alors qu’elle ne réalise plus de chiffre d’affaires. Plus surprenant, il a été précisé sur les remboursements possibles normalement au bout de 12 ou 18 mois, selon le projet, qu’il était prématuré d’expliquer comment cela fonctionnerait. « On verra au jour le jour », a-t- il indiqué. C’est dire la complexité de cette situation…

Christophe Gyges a par ailleurs ajouté que ces mesures d’avoirs ne suffiraient pas à sauver la compagnie et les agences et qu’un plan spécifique devrait être instauré. L’UFC-Que choisir a dénoncé ce texte, on le rappelle, qui porte, selon elle, gravement atteinte aux droits des consommateurs. On fait visiblement peu de cas par ailleurs des personnes qui sont peut- être dans une situation difficile, qui ont peut-être perdu leur travail.


Développer nos capacités

Les autorités entendent développer d’ici le 15 juin, les outils nécessaires à l’amélioration de notre capacité de détection et de réaction si un cas local était détecté et éviter ainsi le retour à un confinement strict. Plusieurs décisions ont été prises en ce sens cette semaine.

Les capacités d’hospitalisation dans les établissements publics précisées

Le gouvernement a pris un arrêté pour étendre les capacités d’hospitalisation en cas de menace sanitaire grave générée par la pandémie de Covid-19, sur décision du président.

Le Médipôle pourrait toujours proposer jusqu’à 178 lits d’hospitalisation et jusqu’à 49 lits en réanimation. Dans le cas où les capacités hospitalières « ne permettraient plus de garantir la sécurité des patients non affectés par le Covid-19 », les autres établissements pourraient venir en renfort.

La clinique Kuindo-Magnin pourrait proposer 10 lits en réanimation et transformer tout une partie de ses lits d’hospitalisation en lits de médecine interne. Le CHS Albert-Bousquet pourrait ouvrir jusqu’à 20 lits de médecine polyvalente, destinés à la prise en charge gériatrique.

Le centre hospitalier du Nord (CHN) pourrait transformer tout ou une partie de ses lits d’hospitalisation en lits d’hospitalisation complète de médecine et, surtout, aménager jusqu’à 8 lits de surveillance continue pour des patients affectés par le Covid-19. Il pourrait enfin ouvrir jusqu’à 23 lits de médecine polyvalente sur son site de Koumac (hôpital Paula-Thavaoavianon).

Le prix des masques, des gels réglementés

Afin d’éviter la flambée des prix, déjà observée sur ces produits, l’exécutif a pris un arrêté qui viendra, dès sa publication au Journal officiel, réglementer le prix de vente des masques, gants, gels ou solutions hydroalcooliques ou encore les savons.

Pour les masques de protection sanitaire à usage unique, le coefficient multiplicateur maximal de marge commerciale des importateurs, grossistes et détaillants est limité à 1,30. Les masques barrières en tissu lavable normés UNS1 (destinés au milieu professionnel, remparts contre les gouttelettes) ne pourront dépasser 850 francs TTC l’unité, les masques UNS2, qui ont une capacité de filtration un peu moindre, 750 francs TCC l’unité.

Les gels, solutions hydroalcooliques et désinfectantes ne pourront excéder 2 200 francs TTC le litre. Le coefficient multiplicateur de marge pour les gants en caoutchouc à usage unique et les savons pour les mains ainsi que les recharges est également plafonné à 1,30.

C.M.

©C.M./DNC – AFP 

 

 

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