Depuis 2016, l’association Citoyen mondorien milite pour une seconde voie routière vers le Grand Sud. Longtemps portée par les habitants, cette revendication bénéficie depuis 2024 d’un soutien politique plus large.
L’ACM, association Citoyen mondorien, est née il y a dix ans, dans le sillage de l’affaire Decoiré* et le mois de blocage de la RP1, à Saint- Louis, dans une commune déjà éprouvée par le conflit autour de l’usine Vale. Les répits seront rares ensuite : événements à l’usine du Sud en 2020-2021, puis révolte de 2024, marquée par 43 jours d’incidents et neuf mois de blocage.
L’association présidée au départ par Jean- Jacques Locker (2016-2020), défend les habitants du Mont-Dore et les usagers de la RP1. Elle réclame la libre circulation, la défense de leurs intérêts et la relance économique du sud du Mont-Dore où résident quelque 12 000 personnes. Il faut « empêcher le Mont-Dore de mourir », retrace Alex Buisset, membre actuel de l’ACM. La seconde voie routière vers le Grand Sud est présentée comme le moyen d’y parvenir.
« RÉSEAUX PERFORMANTS »
« Quand vous recherchez sur internet comment développer une zone d’activité économique, la première phrase qui sort c’est ‘d’avoir des réseaux routiers performants’ », avance Gaël Beaufils, président par intérim de l’association, qui revendique un millier de membres, dont 400 « très actifs ».
Le 12 août, il a défendu le projet au Conseil économique, social et environnemental, avec Jean-Luc Chevalier et Alex Buisset. « Le président a admis que c’est la seule région de Nouvelle-Calédonie qui n’a pas deux voies. Qui penserait que ça ne sert à rien ? Personne ! Il n’y a pas de possibilité de développement s’il n’y en a pas une », explique Alex Buisset.
L’ACM parle plus volontiers d’une « voie de développement économique » que d’une « voie de contournement », « terme technique », utilisé au fil du temps par Florent Perrin, président de 2020 à 2026, la province Sud ou Générations NC dans divers communiqués et les médias pour évoquer le contournement de Saint-Louis. « La période des émeutes a effectivement exacerbé le problème, décrit Alex Buisset. Mais quand La Coulée déborde, on est bloqués, quand il y a un accident de la route, on est bloqués. Et dernièrement on se disait, s’il y a un feu, comme en Métropole, on ne pourra pas évacuer. »
Les émeutes ont aussi permis à l’association de convaincre plus largement. En 2025, le projet de voie de désenclavement a été présenté à presque tous les groupes du Congrès, aux chambres consulaires et aux responsables du BTP. « Ils pensaient que c’était un caprice des Mondoriens du Sud. Maintenant tout le monde est d’accord sur le fait qu’il n’y a pas d’autre solution. » Pour Jean-Luc Chevalier, « c’est d’ailleurs la suite logique de la VDE », route qui relie Nouméa au Mont-Dore jusqu’à Robinson et Boulari. Les responsables de l’association défendent un tracé qui ne passerait ni par des terres coutumières, ni par la « propriété Babin » et ne dégraderait pas la mangrove.
« HUIT À DIX ANS DE TRAVAUX »

Dans la pratique, le dossier a toujours peiné à avancer, faute de volonté politique et de financement. « C’est un projet qui coûte cher et on voit bien qu’il y a peu de gens qui sont vraiment intéressés pour le faire », souligne Gaël Beaufils, notamment du côté de l’État. L’ACM dit toutefois avoir trouvé une écoute attentive avec l’arrivée de Sonia Backès et de son équipe à la tête de la province Sud, en 2019. Une proximité s’est même établie avec Florent Perrin, devenu chargé de mission et désormais élu de la collectivité.
Les résultats de l’étude provinciale sur les tracés leur ont été présentés en octobre 2025. « C’était miraculeux, c’est la première fois qu’on avait quelque chose de concret. » Mais depuis, ils trouvent encore le temps long. « Si l’on veut espérer obtenir des moyens financiers, il faut pouvoir présenter un projet ficelé et donc que les études suivantes soient terminées ».
Les voyants sont aussi au vert à la mairie. Nina Julié, élue au mois de mars, défend le projet « depuis dix ans », dès la présidence provinciale de Philippe Michel. « À Calédonie ensemble, quand on lance ce sujet en 2017, il y a un objectif prioritaire sur le développement du Sud », se souvient-elle. En 2024, « l’enjeu, c’est vraiment la sécurité », et l’État doit davantage s’impliquer.
Le maire veut mobiliser le secteur économique : « C’est huit à dix ans de travaux pour les Calédoniens, alors que le BTP a quasiment perdu deux tiers de ses chantiers. » Elle y voit un vecteur de relance idéal dans une politique de grands travaux. Et c’est au passage un argument pour l’usine du Sud : « Avoir une voie d’accès sécurisée, ce n’est pas rien pour un projet industriel de cette envergure. »
Pour passer aux études de conception, il faut, selon elle, « une volonté affichée très forte de l’État » et « un secteur économique qui fasse pression ». Elle entrevoit une première pierre dans « moins de deux ans ».
Pour harmoniser le niveau d’information, Nina Julié a créé un comité consultatif qui devait se réunir ce 27 août. Au Congrès, une proposition de résolution sollicitant la construction d’une voie de désenclavement, déposée en octobre 2025, n’a toujours pas été traitée, faute de quorum.
Chloé Maingourd
*Du nom de William Decoiré, 23 ans, évadé de prison et abattu par les gendarmes alors qu’il forçait un barrage routier à Saint-Louis.

