Une plateforme pour valoriser les boues d’épuration et les déchets verts

Traiter les déchets verts et les boues des stations d’épuration afin d’éviter l’enfouissement et l’épandage tout en créant une nouvelle filière économique, c’est l’objectif de la plateforme de compostage qui vient de voir le jour à Tontouta.

L’inauguration de la station de compostage de Karenga, à Tontouta, mercredi 1er juin, marque l’aboutissement d’un projet porté depuis cinq ans par le groupe Mango, la CDE (1) et la CSP (2), tous trois réunis au sein de la société Mango environnement. Le principe est simple : la plateforme reçoit l’ensemble des boues issues des stations d’épuration de Nouméa et Dumbéa et un quart du gisement des déchets verts collectés par la CSP, puis les transforme en compost.

« L’organique et le local »

Le procédé permet d’éviter l’enfouissement et l’épandage des boues, qui « générait d’importants problèmes d’odeurs pour les riverains », explique François Dufourmantelle, directeur technique de la CDE. Et également de se passer d’engrais chimiques, développe Flavien Pierson, responsable de Mango, qui en utilise beaucoup dans le cadre de son activité. « On a voulu arrêter d’importer et travailler dans l’organique et le local. »

Le bénéfice environnemental ne s’arrêterait pas là, puisque le compost ainsi créé, en se substituant à la terre végétale, dispense de « son prélèvement » dans la nature « et pallie l’appauvrissement, la pollution et l’érosion des sols ». Cela lutterait même contre le changement climatique « en réduisant l’impact carbone » de la Nouvelle-Calédonie avec la baisse des importations.

L’amendement produit peut être utilisé dans l’agriculture, la sylviculture, les pépinières, les aménagements paysagers ou encore la végétalisation de sites dégradés tels que les maquis miniers.

Trois emplois

Cette valorisation génère aussi des emplois – trois sont prévus – financés par la rémunération de ses deux clientes, la CDE et la CSP, pour le traitement de leurs déchets qu’elles acheminent sur site. Conséquence, la station vend le compost à des prix attractifs. « Il fallait que cela ne soit pas trop cher pour que les agriculteurs aient les moyens d’en acheter, indique Flavien Pierson. On va proposer un prix inférieur à celui de la terre végétale. » Et le marché est porteur. « On a réalisé une étude et il se trouve que les volumes de compost achetés sont importants, donc cela représente un vrai débouché. »

La plateforme est en phase de mise en service. La première vente est attendue en septembre, dans quatre à cinq mois, le temps d’un cycle de transformation (lire par ailleurs). Si elle est aujourd’hui équipée pour répondre en priorité aux besoins des entreprises et des collectivités, fournir les particuliers est envisagé. « L’idée est d’en faire profiter le plus grand nombre ».

 

1. Calédonienne des eaux

2. Calédonienne de services publics

 

Après avoir été mélangés, les boues d’épuration et les déchets verts fermentent dans des casiers.

 


Quatre étapes

Quatre phases sont nécessaires pour transformer la boue d’épuration et les déchets verts broyés en compost. Une fois réceptionnés, ils sont mélangés avant d’être entreposés dans des casiers ventilés pour la fermentation. Un mois plus tard, place à la phase de maturation pendant environ deux mois. La dernière étape est celle du criblage, les morceaux trop épais retournent en fermentation. Le compost obtenu est entreposé le temps des analyses et avant toute commercialisation.

Les eaux sont collectées dans un bassin de rétention et seront réemployées pour arroser le compost en fermentation (qui doit rester humide), en cas de lutte contre les incendies ou en épandage des terrains agricoles alentour.

 

400 millions de francs

C’est le coût de la plateforme financée par les défiscalisations nationale et locale et les trois partenaires, Mango, CDE et CSP.

 

4 800 tonnes

Le site a été dimensionné pour traiter 6 000 tonnes de boues d’épuration et 6 000 tonnes de déchets verts broyés, ce qui correspond à une production annuelle estimée de compost de 4 800 tonnes. Il devrait être vendu entre 2 000 et 3 000 francs la tonne.

 

Anne-Claire Pophillat (© A.-C.P.)

 

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