Une nuisance qui ne fait pas encore assez de bruit

Si le bruit représente pour beaucoup la gêne numéro un, il engendre aussi des conséquences graves sur nos écosystèmes terrestres et marins. En plus du bruit urbain, la Nouvelle-Calédonie est aussi touchée par des nuisances liées aux activités industrielles et engins motorisés. 

Le constat est simple : aucune réglementation n’existe en matière de lutte contre le bruit au niveau des provinces et du gouvernement. Seule la question de nuisance urbaine, contre laquelle une association de riverains de la Baie-des-Citrons s’élève depuis des années, a été transmise en septembre dernier au Conseil d’État afin d’obtenir un cadre juridique. À ce jour, seules certaines mairies ont publié des arrêtés interdisant de faire du bruit « excessif » (tapage nocturne et diurne, établissements de nuit, véhicules fortement sonorisés) en milieu urbain. Un petit texte de l’État datant de 1967 vient compléter ces arrêtés municipaux qui stipulent que : « Sont interdits sur le territoire de la commune de tous bruits causés sans nécessité ou dus à un défaut de précaution et susceptibles de troubler la tranquillité des habitants. » Ce flou juridique concernant le milieu urbain existe alors même qu’aucune réglementation ne préserve les écosystèmes marins et terrestres de la Nouvelle-Calédonie.

Les mines, une source de bruit

En Nouvelle-Calédonie, la question des nuisances sonores en milieu urbain écartée, ce sont celles provoquées par les activités industrielles (usines, extractions minières) et les engins motorisés (véhicules terrestres à moteur, maritimes ou aériens) qui sont en cause. Selon l’Oeil, Observatoire de l’environnement en Nouvelle-Calédonie, « les usines métallurgiques et les centrales thermoélectriques sont des installations bruyantes avec le fonctionnement des fours rotatifs et autres machines ». L’extraction minière est également une source importante de pollution sonore. « Les engins de terrassement minier qui raclent le sol font beaucoup de bruit », ajoute l’observatoire.

L’urbanisation, un autre fléau 

La multiplication des chantiers est aussi incriminée en matière de nuisance sonore. Qu’il s’agisse d’habitations ou d’infrastructures, ils nécessitent des engins de terrassement, évidemment bruyants. Par ailleurs, pour les grands lotissements, comme en périphérie de Nouméa avec la Zac Panda ou encore le Médipôle, ils peuvent durer plusieurs années, perturbant bon nombre d’écosystèmes terrestres. À cela il faut ajouter les véhicules terrestres de plus en plus nombreux ainsi que le transport aérien qui génère lui aussi beaucoup de bruit. En mer, enfin, les pollutions sonores générées par les différentes embarcations sont aussi une réalité. Bateaux à moteur, jet-skis, cargos miniers et énormes paquebots génèrent tous du bruit.

Les impacts sur les écosystèmes

La pollution sonore représente une gêne chronique qui peut engendrer de graves conséquences sur les organismes vivants. Selon les spécialistes de l’IRD et les principales associations environnementales, la plupart des espèces animales terrestres sont dérangées par le bruit. En clair, les villes, les chantiers et les sites miniers les font fuir. « Les oiseaux, qui communiquent avec leur chant, sont particulièrement sensibles à la pollution sonore », précise la Société calédonienne d’ornithologie. C’est le cas aussi des roussettes, qui utilisent le son pour se déplacer et chasser. « Si la pollution sonore est trop forte, cela brouille leur signal et perturbe leur déplacement ». La pollution sonore sous-marine est également une source de dérangement pour les animaux marins. « Les mammifères marins utilisent le son pour communiquer entre eux, se déplacer ou chasser. La pollution sonore perturbe leur rythme de vie. Elle peut, par exemple, modifier le comportement des baleines et provoquer leur échouage et leur mort », avance l’association Opération cétacés.

Il semble que les tortues marines soient également sensibles et abandonnent les sites de nidification lorsqu’ils sont devenus trop bruyants. Une nuisance qui va s’accentuer au fil du temps, car selon les spécialistes, « tous ces sons marins pourront voyager sous l’eau jusqu’à 70 % plus loin d’ici 2050 avec l’augmentation de l’acidité des océans liée au gaz à effet de serre. » Autant de nuisances sonores qui, pour le moment, n’ont pas fait l’objet d’études précises sur notre territoire, l’absence de législation étant la conséquence de ce choix. Pourquoi faire des études si aucune réglementation ne peut être mise en place pour réguler le bruit ? Dans le Pacifique, seules quelques coalitions de groupes environnementaux, comme celles chapeautées par le Natural Resources Defense Council (NRDC), ont annoncé qu’elles avaient conclu des accords avec l’armée américaine, après des années de bataille juridique, pour que les navires américains utilisent moins leur sonar ou réduisent leurs zones de navigation en certains endroits du globe où les mammifères marins étaient en nombre. Les nuisances sonores sont donc bien loin de trouver un cadre réglementaire sur terre comme sous la mer en Calédonie.

C.Schoenholtzer.

Source : Mairie de Nouméa 2015. IFAW Report of Ocean Noise, 2008. Isee. Transport, 2010.

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Qu’appelle-t-on nuisance sonore ?

La notion de pollution sonore regroupe généralement des nuisances sonores et des pollutions induites par le son devenu un altéragène physique. Elles peuvent être provoquées par différentes sources et les conséquences peuvent aller d’une gêne passagère à des répercussions graves sur la santé et la qualité de vie chez les humains, mais également à une altercation du fonctionnement des écosystèmes pouvant éliminer des animaux ou empêcher leur reproduction.

 

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