Une étude pour comprendre les saisies des carcasses bovines

Les éleveurs ont récemment tiré la sonnette d’alarme face au constat de la multiplication des saisies de carcasses de bœuf par les services vétérinaires. Elles sont essentiellement dues à des infiltrations séreuses du tissu conjonctif, généralement liées à des carences nutritionnelles. Un problème qui est sans danger pour l’homme et connu depuis des dizaines d’années. Une étude est en cours pour mieux appréhender les causes de la multiplication des cas ces trois dernières années.

La multiplication des cas d’infiltration séreuse du tissu conjonctif (ISTC) est particulièrement importante. En l’espace de trois ans, le nombre de saisies effectuées par le service d’inspection vétérinaire de la Direction des affaires vétérinaires, alimentaires et rurales a été multiplié par trois, avec un pic inédit fin 2019. Face à ce constat, les éleveurs prévoyaient de se mobiliser devant le gouvernement à la fin du mois de novembre. Ils se sentaient abandonnés du pouvoir politique, des services administratifs, ainsi que de l’Ocef. Il faut dire qu’une carcasse saisie n’est pas payée à l’éleveur et ce dernier n’a pas de possibilité de savoir si l’animal présente un risque d’ISTC tant que celui-ci n’a pas été abattu, moment où a lieu l’inspection vétérinaire.

L’ISTC n’est pas une maladie nouvelle, à tel point qu’elle ne fait plus l’objet de publications depuis les années 60, selon l’inspectrice vétérinaire de la Davar. Très concrètement, elle se manifeste par une viande humide, de même que la graisse qui est molle, malléable et ne fige pas. Il n’y a pas de rigidité cadavérique et la viande se putréfie assez rapidement. À noter qu’il ne s’agit pas d’une maladie, mais d’une conséquence assez fréquente de carences nutritionnelles, le plus souvent sur des animaux âgés. Selon les premières observations du service vétérinaire, c’est précisément le cas en Calédonie où les saisies concernent de façon importante les femelles âgées d’environ huit ans, à la limite d’être « réformées » (à savoir qui ne sont plus bonnes pour la reproduction et donc engraissées avant d’être abattues), selon l’inspectrice vétérinaire.

Outre les femelles, on constate également que ce sont les animaux les moins bien cotés dans la classification de l’interprofession viande de Nouvelle-Calédonie (IVNC) qui comprend la catégorie extra, AA, A, B et ainsi de suite jusqu’à E. Les viandes utilisées en boucherie s’arrêtent généralement à B, les autres catégories étant récupérées par l’industrie de transformation pour des steaks hachés, par exemple. Quasiment toutes les saisies concernent les catégories en dessous du B. En 2019, 174 ont été enregistrées, ce qui représente un nombre relativement faible si on le rapporte à l’ensemble de la production, environ 2,4 % des gros bovins et 1 % des veaux.

Des résultats attendus pour début 2021

Ce n’est donc pas tant pour la filière que pour les éleveurs que l’Ocef, le gouvernement et ses services sont inquiets. Comme le souligne Robert Courtot, le nouveau président de l’Ocef, les ISTC sont courantes à travers le monde et leur faible nombre en Calédonie ne met pas en péril la filière. En revanche, elles peuvent mettre à mal les petits éleveurs. Il a donc été décidé au niveau du fonds pour l’élevage bovins, géré par la Davar, d’indemniser les éleveurs pour des carcasses relevant des catégories extra, AA,A et B qui représentent des investissements importants. Le fonds a débloqué cinq millions de francs et a sollicité un complément auprès de l’Agence rurale et du gouvernement pour environ 15 millions de francs, une enveloppe qui couvrirait les indemnisations pour un niveau de saisies similaire à celui de 2019.

Dans un communiqué, EPLP avait récemment dénoncé la sous-alimentation des animaux. Certains éléments le confirmeraient et plus précisément avec la sécheresse qui a sévi ces dernières années. L’élevage bovin calédonien se rapproche du bio, car les cheptels sont nourris exclusivement avec de l’herbe, sauf durant des périodes de forte sécheresse où des compléments de fourrage leur sont apportés et pour lesquels les éleveurs bénéficient d’aides. Les choses ne sont toutefois pas aussi évidentes, comme le soulignent les services administratifs et le martèlent les éleveurs, qui n’ont pas vraiment intérêt à laisser mourir de faim leurs animaux. D’après les échanges des services vétérinaires avec leur homologues australiens, les ISTC ont récemment été multipliées par dix dans le Queensland, alors que les animaux sont copieusement nourris de mélanges de céréales lors des périodes de sécheresse. C’est tout le sens de l’étude actuellement en cours pour définir les raisons de cette augmentation des ISTC. Si elles sont essentiellement dues à des problèmes de nutrition, elles peuvent également être liées à des maladies chroniques, voire d’autres origines encore indéterminées.

D’ici début 2021, les résultats devraient permettre de mieux cerner le problème et d’y remédier. Jean-Louis d’Anglebermes, le membre du gouvernement en charge de l’agriculture, souligne au passage que la Nouvelle- Calédonie est la seule au monde à faire ce travail sur l’ISTC qui n’intéresse plus la recherche depuis près de 60 ans. Avant cela, Robert Courtot espère que l’influence de La Niña arrangera les choses naturellement grâce à une importante pluviométrie.

M.D.

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