La Nouvelle-Calédonie compte 264 596 habitants selon le recensement, dont les premiers chiffres ont été dévoilés mardi 29 juillet. Soit une baisse globale de la population depuis l’inventaire précédent, réalisé en 2019. Ces nouvelles données auront des conséquences sur la vie des Calédoniens.
- UNE BAISSE HISTORIQUE
« C’est la première fois depuis 1946 que la population de la Nouvelle-Calédonie baisse entre deux recensements », a insisté Jean-Philippe Grouthier, chef de mission de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) pour le recensement 2025. En compagnie d’Élise Desmazures, directrice de l’Isee, le spécialiste a annoncé le chiffre de 264 596 habitants, soit 6 811 personnes en moins depuis 2019. Cette baisse s’explique par deux phénomènes : « Un ralentissement du solde naturel, lié en particulier à la baisse du nombre de nais- sances, et un solde entre les départs et les arrivées plus dégradé ».
Les statisticiens avaient d’ores et déjà observé « un fort ralentissement de la croissance dans la période précédente ». Toutefois, si les tendances entre 2014 et 2019 s’étaient poursuivies, « nous serions arrivés un peu au-dessus de 274 000 habitants », reconnaît Jean-Philippe Grouthier.
Pourquoi cette inversion de la tendance ? « À peu près un tiers s’explique par la diminution du solde naturel et deux tiers par la dégradation du solde migratoire », souligne le spécialiste.
- QUID DES DÉPARTS
Le chiffre était peut-être plus attendu que celui de la population totale : combien de personnes ont-elles quitté le territoire après mai 2024 ? La seule donnée disponible venait jusqu’à présent de la Chambre de commerce et d’industrie, qui affirmait que plus de 10 000 personnes sont parties en 2024. Malheureusement, l’Insee et l’Isee ne sont pas encore en mesure de satisfaire la curiosité des Calédoniens.
Seule donnée disponible : entre 2019 et 2025, le solde migratoire est de – 18 000 personnes. « Nous n’avons pas d’éléments, aujourd’hui, pour dire si c’est parce qu’il y a eu moins d’entrées ou plus de sorties », admet Jean-Philippe Grouthier. D’autant que la Nouvelle-Calédonie a connu deux crises durant cette période : le Covid-19 et les émeutes de mai 2024. Il faudra donc attendre que l’Institut de la statistique et des études économiques de Nouvelle-Calédonie réalise une analyse plus fine des données pour connaître l’ampleur réelle du phénomène.
- UNE POPULATION EN MOUVEMENT
Un autre enseignement est la répartition de la population au sein même du territoire. Bien qu’elle abrite trois habitants sur quatre, la province Sud perd de son dynamisme puisqu’elle est la plus touchée par la baisse de sa population (- 4 %), notamment dans le Grand Nouméa. À l’inverse, le Nord en gagne (+ 2,1 %, avec 50 947 hab.), de même que les Îles (+ 1,7 %, avec 18 671 hab.). Les équilibres entre provinces ne sont pas pour autant bousculés.
Particularité de la Nouvelle-Calédonie, la population comptée à part au titre de l’appartenance à une tribu dans le cas où une personne a déclaré appartenir à une tribu située dans une commune différente de celle de résidence. Cette catégorie compte 50 826 personnes, soit « une petite augmentation entre 2019 et 2025 », observe le statisticien. Un chiffre qui modère le sentiment d’un départ important de population vers les tribus à la suite des violences de l’année dernière. Jean-Philippe Grouthier estime que cette donnée confirme que le phénomène « n’a pas été massif ».
- LES COMMUNES EN PREMIÈRE LIGNE
Ces premiers chiffres « ont un impact législatif et réglementaire sur les collectivités locales, en particulier sur les dotations que l’État attribue aux communes, mais aussi sur le nombre d’élus au conseil municipal », explique le fonctionnaire de l’Insee. Ces données seront authentifiées par un décret, qui devrait paraître la deuxième quinzaine de septembre, et rentreront en vigueur au 1er janvier 2026. La situation des communes est extrêmement diverse.
Alors que Nouméa comptait plus de 100 000 habitants en 2014, onze ans après, sa population totale (avec doubles comptes) s’établit à 87 454. À l’exception de Païta, les communes avoisinantes sont concernées par la décroissance. Le développement de Dumbéa a été touché de plein fouet. Entre 2004 et 2019, elle a doublé sa population, devenant la deuxième commune de Nouvelle-Calédonie. En 2025, elle a perdu 955 habitants.
Dans la zone VKP, seule Koné voit sa population stagner tandis que les autres s’accroissent, mais les conséquences de la fermeture de KNS n’ont pas encore été observées. Dans les Loyauté, chaque île connaît une situation différente : Lifou stagne, Ouvéa perd des habitants et Maré en gagne.
En plus de la crise financière des collectivités locales, des mairies devront opérer de nouveaux arbitrages budgétaires.
F. D.

