Un nouvel emprunt conditionné à des réformes de fond

Les finances de la Nouvelle-Calédonie sont mal en point. Il y a, d’un côté, les dépenses exceptionnelles liées au Covid-19 pour lesquelles l’État a signifié son aide à travers des subventions et, de l’autre, la réflexion menée par le gouvernement autour d’un emprunt afin de financer un plan de sauvegarde et de relance.

 

Le ministre des Outre-mer l’a annoncé dès sa première visite, le mercredi 13 octobre, au CHT. Sur le parvis du Médipôle, Sébastien Lecornu déclarait qu’une subvention de 3,8 milliards de francs allait être débloquée afin de prendre en charge une partie des dépenses liées au Covid sur une première tranche de près de 10 milliards de francs, avant que ne soit confirmée une nouvelle somme de 4,8 milliards de francs dans les semaines à venir. « Ce sont des subventions parce qu’il y a urgence pour la Nouvelle- Calédonie », insiste le ministre. Ces aides, mises en place pour des « raisons de fraternité républicaine », s’inscrivent dans le cadre de « la solidarité nationale ». « Nous ne souhaitons pas que le standard sanitaire s’abaisse. Je ne veux pas, pour des raisons d’argent, que l’on puisse être amenés à moins bien soigner les gens. » Un accompagnement dans la gestion de la crise apprécié par Louis Mapou. « De gros moyens sont mis en œuvre par l’État. »

Un montant à définir

Pour le reste ? Ce sera sous forme de prêt. « On dissocie bien les choses, pose Sébastien Lecornu. Les compétences dans le cadre de l’autonomie, c’est au pays de les assumer par de l’emprunt et d’avoir une stratégie en la matière. »

Le gouvernement réfléchissait déjà à cette solution quand la crise sanitaire a rebattu les cartes. Depuis, les besoins du pays et les problèmes structurels des comptes sociaux sont encore plus criants. Ce prêt, dont le gouvernement travaille toujours à définir les contours, pourrait aller jusqu’à 40 voire 50 milliards de francs. Sachant qu’en avril 2020, un premier emprunt de 28,6 milliards de francs avait été contracté auprès de l’AFD par le gouvernement Santa.

Cette nouvelle enveloppe doit permettre de financer un plan de sauvegarde assorti d’un plan de relance. « Je ne veux pas rentrer dans les chiffres, mais on va rester raisonnables compte tenu des engagements que la Nouvelle- Calédonie a par ailleurs, commente Louis Mapou. Et on considère que le pays doit pouvoir puiser dans ses propres ressources pour mieux faire valoir ce qu’il demande comme soutien de l’État dans le cadre d’un emprunt. C’est quelque chose qui va se dessiner d’ici la fin de l’année. »

Interférence du calendrier institutionnel

Ce prêt sera aussi calculé en fonction des capacités de remboursement du territoire, affirme Sébastien Lecornu, estimant qu’il est trop tôt pour parler d’un montant en particulier. « On n’en est pas là, il faut voir ce que le gouvernement collégial souhaite faire, on a besoin de clarté », précise le ministre, qui a mentionné le sujet lors de sa visite à l’usine du Sud, jeudi dernier. « Lorsqu’on vous prête, il faut pouvoir rembourser, donc cela pose la question de la capacité de la Nouvelle-Calédonie à honorer les créances qu’elle a avec différents partenaires. »

Cela devra, en revanche, impérativement s’accompagner de réformes de fond. Sébastien Lecornu y sera attentif. « Ça nous intéresse de voir comment les finances peuvent s’assainir, comment les budgets peuvent s’équilibrer, surtout celui des comptes sociaux sur lequel il y a beaucoup d’attente. »

Troisième point à prendre en considération, le calendrier institutionnel, qui interfère avec cette demande, et le devenir du territoire. « Est-ce que c’est un pays qui reste français ou pas ?, interroge le ministre de l’Outre-mer. Ce n’est pas une question sous forme de provocation, c’est une vraie question, cela conditionne aussi un peu les choses. » Des discussions doivent encore avoir lieu. « Il reste du travail et des chiffres à documenter, mais il y a aussi désormais une discussion à avoir entre les différentes formations politiques sur cet avenir budgétaire. »

 


Projet Lucy : « une fierté » pour l’État de voir cette innovation

La visite de Sébastien Lecornu à Prony Resources sur le site du projet Lucy, jeudi après-midi, a marqué l’important soutien financier de l’État au secteur du nickel et, en particulier, à l’usine du Sud.

Pour mener à bien le chantier de Lucy, une discussion est en cours avec l’État, qui a déjà aidé l’usine à hauteur de 87 milliards de francs depuis 2004, pour obtenir un prêt et une défiscalisation.

 

Lucy, c’est la future usine qui va remplacer l’actuel parc à résidus KO2, dont la capacité de stockage arrive à saturation en septembre 2024. Cette nouvelle technique consiste à assécher les résidus, qui sont aujourd’hui sous forme liquide, à les compacter, puis à les stocker avant de les utiliser pour revégétaliser. Une solution plus vertueuse pour l’environnement qui permet d’en entreposer davantage sur une plus petite surface.

Besoin de financements

Mais pour mener à bien ce chantier, qui a repris au deuxième trimestre, à la suite du changement d’actionnariat, « il reste 25 milliards de francs à engager », indique Christian Frateur, directeur du projet Lucy, sur un investissement final estimé à près de 45 milliards de francs. Prony Resources est en discussion pour obtenir un emprunt de 220 millions d’euros (26 milliards de francs environ) ainsi qu’une défiscalisation de 130 millions d’euros (15 milliards de francs environ) pour le plan de transformation industrielle qui a commencé en 2020.

« Tresser une filière de long terme »

« C’est une fierté pour nous de voir ce projet, cette innovation, affirme Sébastien Lecornu, sur le barrage du parc KO2. Et c’est aussi le rôle de l’État de participer à une innovation industrielle. C’est ce qui est fait ici par la défiscalisation, les prêts et par l’accompagnement pendant la période de reprise qui s’est transformée en un beau projet calédonien. » Le ministre n’a pas manqué de rappeler que le pari stratégique fait par l’État quant à l’avenir du nickel a porté ses fruits. « Tesla a confirmé un certain nombre d’engagements, nous avions dit (…) qu’il fallait tresser une filière de long terme pour ce nickel et lui trouver des débouchés, c’est en train d’être fait. » Enfin, le ministre relève « l’exemplarité du projet sur le terrain environnemental ». Le fameux « nickel vert ».

Dans les batteries de Tesla

Le nickel de l’usine du Sud vient de s’assurer un avenir en signant un contrat exceptionnel avec le fabricant américain de voitures électriques Tesla, dont les cathodes des batteries seront réalisées avec le NHC, ce concentré de nickel et de cobalt produit par Prony Resources. Afin d’honorer ce contrat, qui porte sur 42 000 tonnes de nickel sur plusieurs années, l’usine annonce qu’elle vise une production de 44 000 tonnes de NHC par an en 2024.

 

Anne-Claire Pophillat (A.-C.P.)

 

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