Un grand chef d’entreprise disparaît

Jacques Jeandot est décédé dans la nuit de lundi à mardi. Avec lui, c’est une partie de l’histoire économique de la Nouvelle-Calédonie qui disparaît. Arrivé en 1969 avec une simple valise, il aura réussi à constituer l’un des principaux groupes calédoniens. Automobiles, médias, aérien, crédits… Jacques Jeandot était un touche-à-tout aimant le risque, mais dont le air et l’audace étaient reconnu.

En 1969, le jeune Jacques Jeandot décide de quitter la France pour tenter sa chance ailleurs. Il est le fils d’une famille très modeste de la région lyonnaise. Le jeune homme plein de rêves s’embarque pour le Pacifique. Mais ce n’est pas Nouméa qu’il a en tête. Le Mélanésien qui l’emmène vers de nouveaux horizons doit le débarquer en Polynésie française. Sur les conseils de la famille Loupias, il débarquera au port de Nouméa, une simple valise pour tout bagage. Dès son arrivée, Jacques Jeandot, déjà didèle à son caractère empressé, se met au travail. Il commence par effectuer des travaux d’étanchéité avant que la mine lui tende les bras.
Le boom bat son plein et il décide d’acheter sa première grosse pelle. Basé à Tontouta, il effectue des chargements de minerai pour la SLN. Passionné par la route, il fera le tour de la Nouvelle-Calédonie, avec sa pelle, en quête de travail. Une véritable épopée compte tenu de l’état des routes à l’époque. De retour à Nouméa, il revend sa pelle, achète un grader (niveleuse) et décroche de nouveaux contrats. Là encore la route n’est pas loin. Il s’occupe d’entretenir les pistes de mine avant l’essoufflement du boom.
À côté de ses activités minières, le jeune homme d’affaires s’est un peu lancé dans le commerce en rachetant des stocks d’un grand magasin qui vient de fermer. En réalité, Jacques Jeandot n’est pas encore fixé… jusqu’au jour où un ami lui demande ce qu’il compte faire. Il lui répond simplement qu’il va ouvrir un parking. À l’époque, le fait d’avoir sa propre voiture se démocratise. Les parkings, qui vendent des voitures d’occasion, eurissent et Jacques Jeandot, avant de se lancer dans l’aventure, a déjà une petite expérience en matière de vente de voitures. Un de ses amis se souvient notamment d’une camionnette avec laquelle il travaillait au quai de chargement de minerai de Tontouta. Fatiguée et rouge de poussière la veille de la vente, elle sera flambant neuve le lendemain, au point que ses amis ne la reconnaîtront pas. Un mois plus tard, le vendeur, honnête, paiera le changement du moteur qui avait fait son temps.

Un travailleur acharné

Une anecdote qui n’est pas un détail. Au moment où Jacques Jeandot décide d’ouvrir le parking de Bir-Hakeim, là où se trouve aujourd’hui Renault Minute, les parkings jouissent d’une mauvaise image. Le jeune homme prend le contrepied du marché, tenu par les maquilleurs de voitures, et se met un point d’honneur à bien racheter ses voitures qui sont ensuite entièrement révisées, de la plaque aux pneus en passant par la radio. Il applique également le « marketing du tuyau d’arrosage » en apportant un soin tout particulier au nettoyage des véhicules qui sont astiqués chaque jour. Toujours en quête du petit plus, Jacques Jeandot est surtout le premier à proposer une garantie à ses acheteurs. Rapidement, il devient le plus gros vendeur de véhicules d’occasion. Il se lance alors dans le rachat des concessions de voitures neuves au début des années 80. Kia, Volvo, Land Rover et surtout Renault, en 1988, lanceront le groupe tel qu’on le connaît plus ou moins aujourd’hui. Ces quelques marques ont été complétées par Audi, Volkswagen ou encore Porsche. Une marque de prestige qui a bénéficié d’une première concession en 2008, inaugurée avec le directeur Asie-Pacifique de la marque.

Mais si le groupe est devenu ce qu’il est, l’un des principaux groupes de Nouvelle-Calédonie, c’est aussi grâce à sa politique d’innovation. Jacques Jeandot aime jouer et prendre des risques. Un trait de caractère qui se retrouve dans la communication du groupe Jeandot et très largement portée par le publiciste, Claude Vandevoorde. Dans les années 90, les pubs prennent des accents hip- hop. Les Calédoniens peuvent alors entendre sur les ondes « Je m’appelle Gaston, j’vends des voitures d’occasion, toutes marques Renault, Clio aussi Twingo. Un conseil à mon frère, un sourire à ma sœur. Ne cherche pas, je suis ton vendeur ».

Un homme à la fois simple et audacieux

Au début des années 2000, une bataille commerciale féroce oppose Peugeot et Renault. Piqué par le directeur de Peugeot, Jacques Jeandot décide de frapper un grand coup. Il envoie son équipe faire le tour des magasins de jouets pour acheter des peluches de lion. On habille un homme en dompteur de fauves aux couleurs de Peugeot qui donne du fouet en menaçant : « Renault est toujours numéro un, je ne le répéterai pas ! ». La double page dans le Gratuit fait mouche. Jacques Jeandot a marqué un point, mais reçoit un coup de fil de Paris. Le numéro deux de Renault France cherche à comprendre et demande : « Mais c’est quoi ça ?! ».

Cette audace, Jacques Jeandot en fera également preuve dans sa vie personnelle et en particulier avec le pilotage automobile, sa grande passion. En 1977, il participe notamment au Londres-Sydney, un rallye de 33 000 kilomètres, en compagnie de Werner Koch. Après un mois de course, ils arrivent en tête des amateurs. Il prend également le départ du Tour d’Amérique du Sud, en 1978, et est un fidèle des tours de Calédonie.

Plus récemment, l’homme d’a aires a décidé de relever un nouveau dé avec le rachat des Nouvelles calédoniennes. Une aventure médiatique que Jacques Jeandot avait commencée près de vingt ans auparavant avec le rachat du Gratuit. Le rachat du groupe Les Nouvelles calédoniennes lui a permis au passage de mettre la main sur la radio NRJ, lui qui était particulièrement passionné de musique. Des passions, cet homme simple et discret en cultivait beaucoup, comme en témoigne Jean-Pierre Guillemard, l’un de ses amis proches. Il y a à peine un mois et demi, « Jacques m’a appelé en me disant de passer pour chercher du pâté de tête qu’il avait fait lui- même. C’était un formidable cuisinier et il avait aussi une excellente connaissance des vins ». Jean-Pierre Guillemard se souvient aussi d’un voyage avec Jacques Jeandot dans le pays lyonnais, berceau de la famille Jeandot. Il l’avait emmené à Saint-André-le-Désert a n de lui faire découvrir le village d’où il était originaire. Malgré les maladies contre lesquelles l’homme d’a aires a dû se battre, il n’a jamais baissé les bras et est resté toujours été fidèle au poste, jusqu’à son hospitalisation. Beaucoup regretterons son départ.

La direction et l’ensemble de l’équipe de DNC adressent ses condoléances à la famille et aux proches de Jacques Jeandot.

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