Un fait divers qui bouscule nos consciences

Le décès d’un cambrioleur tué la semaine dernière par un habitant de Port-Ouenghi a secoué la Nouvelle-Calédonie. Excédés par l’insécurité grandissante, nombreux sont ceux qui justifient le geste du quinquagénaire.

C’est un triste fait divers comme il s’en produit finalement partout dans le monde. Mais qui interroge particulièrement dans le contexte tendu que nous connaissons depuis plusieurs mois.

Dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, dans le quartier de Port-Ouenghi, à Boulouparis, un retraité de la SLN sans histoires est tiré de son sommeil vers 3 h 30 par du bruit. Il comprend que deux cambrioleurs tentent de lui dérober son pick-up stationné sous un carport attenant à la maison. L’homme ouvre le feu et tue un des deux jeunes. Il tire à nouveau, et le second individu parvient à s’enfuir. Le propriétaire appelle les secours et ne remet pas en cause sa responsabilité dans la mort du jeune homme. La victime est un jeune de 24 ans, originaire de Thio, multirécidiviste. Le prévenu a été mis en examen pour meurtre. Une demande de mise en liberté devrait être formulée dans les prochaines semaines. Tout comme le procureur, la magistrate-instructeur n’a pas retenu la légitime défense. La procédure ne fait que commencer.

Trois autres jeunes, qui ont participé à des vols perpétrés de décembre à février notamment ce jour-là, ont été présentés en comparution immédiate au tribunal correctionnel et placés en détention provisoire. Leur procès se tiendra le 9 avril.

Émotion

Dès l’affaire révélée, une vague de soutien en faveur du tireur et contre l’insécurité a émergé. À Port-Ouenghi, les habitants ont aussitôt exprimé à la presse toute leur exaspération face aux cambriolages à répétition. Le maire de Boulouparis, Pascal Vittori, a confirmé cette situation en insistant sur le faible effectif de gendarmes.

Vendredi, alors que l’homme était déféré devant la juge d’instruction, un millier de personnes se sont mobilisées au tribunal – forçant même dans leur entrain l’entrée des avocats – pour le soutenir et dénoncer, là encore, cette insécurité du quotidien qui gangrène la société. En fin de journée, le quinquagénaire est parti en détention provisoire vers le Camp-Est sous les applaudissements. Une mobilisation s’est également tenue devant la mairie de Bourail. La vague de soutien a aussi été massive sur les réseaux sociaux. Beaucoup estiment que cette affaire « devait arriver », qu’elle « aurait pu arriver à n’importe qui », mais qu’en gros, puisque les forces de l’ordre et la justice ne font pas le nécessaire, « il faut se défendre soi-même ».

La délinquance est un fait : nous écrivions, la semaine dernière, que la Nouvelle- Calédonie détenait le triste record national de cambriolages de logements et de vols (sans violence). Il est également vrai que nous semblons manquer de gendarmes. Les Montdoriens en arrivent à s’organiser pour faire des rondes. Plusieurs communes, dont Boulouparis, La Foa, ainsi que la province Sud se sont exprimées en ce sens et ont demandé des renforts. Sonia Backes a visiblement reçu mardi une réponse positive du ministère des outre-mers. Le fait est que « Force doit rester à la loi », comme on l’a souvent entendu dire. La règle est de ne pas se faire justice soi-même. La plupart des représentants politiques n’ont pas souhaité réagir à cette affaire, probablement pour ne pas jeter d’huile sur le feu ou interférer avec la justice. Mais il est clair qu’elle est très importante à leurs yeux. Car à bien des égards, elle exprime des choses sur la souffrance de notre société.

Plusieurs personnalités ont néanmoins osé un commentaire. Nicolas Metzdorf, élu de la province Sud, du Congrès et maire de La Foa, a espéré que l’État allait « enfin prendre la mesure de l’exaspération des Calédoniens. (…) Dans un état de droit, on ne se fait pas justice soi-même, mais […] on fait respecter la loi et on se donne les moyens d’y arriver. Sinon on met le peuple en danger, aussi bien les coupables que les victimes ». Pour le représentant de Générations NC, des familles sont détruites « par le laxisme, le manque de courage et la bien-pensance ».

Le député Philippe Gomès a, pour sa part, constaté qu’au-delà de la délinquance exaspérante, « le contexte politique de ces deux dernières années notamment et son cortège de propos haineux et racistes contribuent à l’hystérisation du débat ».

Pour le représentant de Construire autrement, Joël Kasarhérou, la question est de savoir si cet acte reste dans le cadre d’un fait divers ou s’il révèle autre chose de notre communauté. « Notre pays vit des moments pénibles de fortes tensions où la peur, la haine se retrouvent partout dans le langage et parfois dans les actes. Il nous appartient de nous interroger sur le niveau de violence actuel et la responsabilité de chacun dans le mécanisme d’escalade. »

Mardi, la ligue des droits de l’homme (LDH) et les Églises de Nouvelle-Calédonie ont fait part de leur inquiétude sur « le climat de tension extrême attisé par les réseaux sociaux ». Leurs représentants ont appelé les Calédoniens à user de leur intelligence, en faveur de la paix et du respect, à être « à la hauteur de la beauté de la vie et de celle du pays ».

C.M.

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