« Un espoir pour demain » : des propositions pour un rebond économique immédiat

Joël Kasarhérou (à d.) porte une politique « humaniste libérale », tandis que Pascal Lafleur insiste sur l’efficacité. « Il faut apporter une vision à long terme et une méthode différente de celle qui nous a conduits à vivre un peu au jour le jour ». ©DR

Pour Pascal Lafleur et Joël Kasarhérou, engagés dans le Sud, le scrutin provincial est un moment historique, l’ultime élection pour sortir d’une « spirale infernale ». Tous deux plaident pour un changement de modèle économique afin de permettre aux Calédoniens de vivre mieux et aux entreprises de prospérer à nouveau.

« Nous sommes là pour changer les choses », affirment le chef d’entreprise Pascal Lafleur et l’économiste Joël Kasarhérou, fondateur du mouvement politique Construire autrement. Ils ne voient pas les responsables politiques actuels réussir : « Cela fait sept ans qu’ils sont au pouvoir et que l’on est au fond du trou. » Leur diagnostic est sévère.

Pour eux, la crise ne date pas des émeutes, contrairement à ce que certains laissent entendre. « Elle a commencé avant les référendums parce que personne n’a donné de visibilité à la population et aux investisseurs », analyse Pascal Lafleur. Il souligne que les grands chantiers – usines, hôpital, aéroport – ont généré une forte activité sans que l’après soit préparé, « tout en sachant que les référendums approchaient ». À cela se sont ajoutés les incertitudes référendaires, le Covid, l’endettement des entreprises via les prêts garantis par l’État et, enfin, les émeutes, qui ont accéléré la chute et les départs.

Ils pointent aussi des erreurs dans la gestion du nickel par manque d’expertise, un mauvais bilan en matière d’enseignement – « 17 % d’illettrisme contre 7 % en Métropole » – secteur transféré auquel on a attribué « d’énormes moyens » ou encore les limites de la loi sur l’emploi local, jugée délétère sans qualifi- cation suffisante. Joël Kasarhérou estime en outre, que le pouvoir aurait dû agir plus tôt sur ses dépenses de fonctionnement : « Malgré la dépression (…) on n’a pas réduit le train de vie ».

AGIR VITE

L’objectif est désormais d’actionner rapidement les bons leviers pour éviter l’effondrement. La liste défend à la fois une solution institutionnelle concrète pour redonner visibilité et stabilité, et des mesures immédiates pour restaurer la dignité, le pouvoir d’achat des Calédoniens et soutenir les entreprises.

Pour les familles, elle propose notamment la cantine gratuite, une baisse du coût des transports, un plafonnement du prix des carburants financé par l’effet de l’inflation sur la TGC, la suppression des droits de douane sur les produits en provenance de Nouvelle-Zélande et d’Australie et une réduction des frais de mutation pour les achats immobiliers.

La liste soutient aussi une « allocation citoyenne de relance » destinée aux personnes majeures pour une période de trois ans, conditionnée au respect de plusieurs règles. « Lorsqu’il y a une crise institutionnelle, sociale, humanitaire, qu’est-ce qu’on fait ? On injecte des fonds directement dans l’économie, vers les ménages, pour relancer la consommation. C’est un circuit économique circulaire qui permet, en soutenant les dépenses des citoyens, de redonner de l’élan aux entreprises qui à leur tour créent de l’emploi. D’autres l’ont fait avant nous, lorsque la situation l’exigeait », explique Pascal Lafleur qui cite le cas des États-Unis, du Royaume Uni et de l’Allemagne.

« Un espoir pour demain » insiste, de plus, sur la jeunesse qu’il faut mieux orienter et former. L’instauration d’un service militaire obligatoire adapté au territoire, est évoquée.

 Lorsqu’il y a une crise institutionnelle, sociale, humanitaire, qu’est-ce qu’on fait ? On injecte des fonds directement dans l’économie, vers les ménages, pour relancer la consommation.

PRAGMATISME

Pour les entreprises, les candidats proposent des « prêts relais » bonifiés avec deux ans de différé afin de redonner de la trésorerie. Ils proposent l’exonération des cotisations sociales, patronales et salariales et une réduction de 50 % des impôts sur les bénéfices réinvestis en Nouvelle-Calédonie ainsi que la suppression de l’impôt sur le revenu pour les heures supplémentaires.

Le tout sera financé par une réforme fiscale visant à passer « d’un système où les cotisations sont basées sur le travail à des cotisations basées sur un système fiscal à l’assiette très large, aux taux plus bas avec donc moins de pression sur les acteurs liés au travail dans un contexte où il devient une ressource rare », détaille Joël Kasarhérou.

« Un espoir pour demain » mise sur des filières « trop longtemps délaissées » : tourisme, numérique, économie de la mer et biodiversité. La liste défend aussi la création d’un fonds de développement détenu par les Calédoniens, afin d’aider ces secteurs à exporter.

Elle propose par ailleurs de raccourcir le délai de règlement des collectivités et de prioriser les entreprises locales dans les commandes publiques.

Les candidats défendent une fonction publique exemplaire et des économies structurelles : mutualisation et coupes budgétaires ciblées et à terme, la réduction du nombre de provinces. Ils regrettent que les efforts n’aient pas été engagés plus tôt. « On a des gens qui n’arrivent pas à manger et des élus prêts à dépenser 1,8 million dans leurs déplacements. Il faut arrêter avec ces façons de faire », conclut Pascal Lafleur.

Chloé Maingourd