Place de la coutume, des grands chefs : un débat nécessaire ?

122 personnes ont été expulsées de la tribu de Roh, dans le district de Guahma à Maré, autour d’un problème paroissial et dans des conditions qui dépassent l’entendement. Leur extradition a permis de calmer la situation sur l’île, mais les réfugiés, installés à l’église de Montravel ou chez des proches, vivent un traumatisme, un arrachement brusque et total. Sur la forme, une réunion s’est tenue, mardi, au gouvernement, entre les institutions et organismes concernés. Selon nos informations, il ressort qu’il existe pour certains de ces réfugiés une volonté d’un retour aux îles, même si on peut imaginer qu’un tel processus sera long et compliqué. Sur cette base, il a donc été acté que ces personnes restent, sur le papier, des administrés des Loyauté, accueillies et prises en charge temporairement en province Sud. Ainsi, la province des Îles s’est engagée à assurer jusqu’en 2022 le paiement des bourses, de l’aide médicale et des frais de logement. Les enfants doivent être scolarisés incessamment et un recensement des besoins en logement est en cours afin de reloger les familles en fonction des capacités du parc de la province.

Sur cette affaire plus que regrettable, l’omerta s’est une nouvelle fois appliquée. Les sénateurs se sont contentés d’appeler aux dons et le président de la province des Îles n’a pas pipé mot sur le sujet. Mardi, à l’assemblée de province, « compte tenu de la sensibilité des affaires de la tribu de Roh », les discussions se sont tenues à huis clos. Finalement c’est Daniel Goa, le président de l’Union calédonienne, qui a pris la parole. Il faut dire que l’affaire n’est pas bonne pour la politique à l’heure où ils essayent de convaincre du bien-fondé d’un projet d’indépendance. Le président de l’UC a évoqué une démarche intolérable et a appelé directement le grand chef de Guahma à revoir sa méthode de gouvernance. « Le chef, il ne faut pas qu’il se prenne pour un roi (…) À Maré à force de chasser les sujets, il n’y aura plus de sujets. Et un grand chef sans sujet, c’est quoi ? (.. ) On est plus dans cette période où on peut faire n’importe quoi », a-t-il souligné.

La politique s’élèverait-elle contre l’idée du chef roi ? Contre le bannissement ? Attendons de voir si cette sortie médiatique permettra d’engager un réel débat sur la place de la coutume au sein de la société et le rôle des grands chefs. En tout cas, la déclaration de Daniel Goa ne devrait pas plaire à la Dynamique autochtone de Maré, héritière du LKS, qui s’oppose à la mainmise des appareils politiques sur la revendication du peuple autochtone. Elle avait justement appelé à voter non en raison du projet d’État du FLNKS qui ne reconnaît pas, dit- elle, la légitimité des chefferies traditionnelles et qui est non conforme à leur idéal.

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