Un comité des signataires, avec qui ?

Le déplacement en Nouvelle-Calédonie du ministre de l’Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin et de son ministre délégué Jean-François Carenco, plutôt bien accueilli localement, a donc été annulé. À la place, l’État convie un comité des signataires en septembre à Paris, un format abandonné il y a quelques années, et qui risque de ne pas rassembler.

On aurait pu mieux faire pour une reprise des discussions sur l’avenir institutionnel. Sachant qu’ici la forme compte souvent tout autant que le fond. Gérald Darmanin, qui a récemment récupéré le portefeuille de l’Outre-mer, avait annoncé sa venue pour le 26 juillet. Toutes les parties étaient disposées à discuter.

Les indépendantistes insistaient uniquement sur leur souhait de ne le faire d’abord qu’avec l’État, confortés dans leur idée depuis l’intégration dans la majorité présidentielle d’une grande partie des loyalistes. Mais revirement de situation : samedi 16 juillet, par un tweet et un communiqué, le ministre a convié un comité des signataires à Paris, à la rentrée en septembre. Exit l’exercice d’« écoute » qui devait se dérouler localement comme le souhaitaient la plupart des formations : la rencontre, à Nouméa, avec l’ensemble des Calédoniens, suivra le comité à Paris

Jamais raccords

Qu’est-ce qui a donc pu motiver ce changement de programme ? Un ministre super occupé puisque responsable de l’Intérieur ? Les Ultramarins s’en étaient inquiétés lors de la formation du gouvernement. C’est d’ailleurs en solo que Jean-François Carenco effectue actuellement sa visite aux Antilles.

Ou alors, l’État a subitement retrouvé pertinent un format délaissé par l’ancien ministre Lecornu. Le dernier comité des signataires (le 19e en 21 ans), rendez-vous institué par l’Accord de Nouméa, s’était tenu en octobre 2019, sous la houlette d’Édouard Philippe. On discutait alors des modalités d’organisation du deuxième référendum, de sa date, et l’État promettait un document sur les conséquences du Oui et du Non.

Les indépendantistes avaient réclamé un nouveau comité avant la troisième consultation, mais Sébastien Lecornu avait souhaité changer de méthode avec un groupe restreint « Leprédour », réuni en novembre 2020 au lendemain du deuxième vote.

C’est toujours dans un format Leprédour, mais à Paris, que s’étaient ensuite retrouvés, en mai 2021, les représentants calédoniens dont l’UC sans l’aval du FLNKS. Le Palika, absent, se plaignait de l’impréparation de la réunion, d’un manque d’information sur les implications en cas de Oui et, déjà, de l’absence de bilatérales préalables. L’UC jugeait inadapté ce remake du G10 qui avait implosé en 2018 et demandait à revenir aux comités. Les loyalistes n’étaient pas contre, pointant des problèmes de représentativité.

Quoi qu’il en soit, la date déjà controversée du 12 décembre 2021 avait été entérinée pour la troisième consultation. Un comité des signataires devait organiser ses modalités à Paris ou à Nouméa, promettait Sébastien Lecornu. Il n’a finalement jamais eu lieu. La crise sanitaire est arrivée, le document du Oui et du Non qui n’a pas plu à tous, puis le boycott du vote par les indépendantistes, et les attaques sur sa légitimité.

Les indépendantiste n’iront pas

Leurs relations se sont encore largement distendues avec l’État, accusé d’être « totalement sorti de sa neutralité » par la nomination de la présidente de la province Sud au sein du Gouvernement. L’UC et le Palika se rejoignent pour dire qu’ils ne discuteront qu’avec la « puissance de tutelle » de la décolonisation qui n’est « pas terminée ». Ils dénoncent à l’AFP un nouveau « coup de force » et annoncent qu’ils n’iront pas à Paris. Le FLNKS se réunit samedi en convention pour officialiser cette position.

Parmi les autres formations, le Rassemblement LR, favorable sur le principe à un retour du comité, s’interroge sur la capacité de l’État à réunir toutes les formations. Ensemble ! salue l’initiative. Selon ce groupe, et c’est aussi le vocabulaire de Gérald Darmanin, le rendez-vous servira à « clôturer le cycle des référendums et à engager les discussions sur l’avenir de l’archipel au sein de la République française ».

Ce raisonnement apporte quelques interrogations : quel sens y a-t-il à organiser un comité des signataires si la période de l’Accord de Nouméa est terminée ? Ce format ne lui est-il pas intrinsèquement lié ? Si des discussions doivent être engagées, ne faut-il pas alors un nouveau cadre ? Enfin si cette réunion doit clôturer le cycle des référendums, est-ce penser que les résultats des scrutins ne suffisent pas pour comprendre que l’Accord est arrivé à son terme ?

Les dernières orientations du gouvernement confirment la méconnaissance du dossier calédonien par les autorités nationales. Et la présence d’une élue locale dans ses instances, n’a visiblement pas eu d’influence positive.

C.M. 

Photo : L’annulation du déplacement ministériel pour la reprise des discussions sonne comme un nouveau manque de considération pour la Nouvelle-Calédonie / Ludovic Marin via AFP

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