Un cendrier géant à Prony

L’épilogue de l’affaire des cendres de la centrale électrique de Prony Énergies est proche. L’enquête publique pour la construction d’une installation visant à stocker ses cendres a été lancée le 2 mai et s’achèvera le 27 mai. L’infrastructure permettra de sécuriser la gestion de ces déchets, donc le fonctionnement de la centrale.

 

L’affaire avait fait grand bruit et même menacé le bon fonctionnement de l’économie calédonienne. Pour mémoire, en juillet 2015, les quatre tribus de Païta s’étaient mises d’accord pour bloquer les camions de cendres produites par la centrale de Prony Énergies, permettant d’alimenter non seulement l’usine du Sud, mais aussi et surtout une partie de l’agglomération nouméenne. Effet domino, le fait que les cendres ne soient plus admises à l’ISD de Gadji de Païta a pris en otage les vidangeurs. Les boues d’épuration que ces professionnels collectent devaient être mélangés aux cendres pour les épaissir avant d’être enfouies.

À l’origine de la colère des coutumiers, des questions environnementales mais aussi de santé publique. Des craintes ont un temps plané que les cendres ne viennent intoxiquer les populations proches de l’installation de stockage des déchets de Gadji. De nombreuses rencontres et la mise en place d’un Clic, comité local d’information et de concertation, ont permis de débloquer la situation. Le Clic a notamment réuni l’ensemble des acteurs autour de la table pour répondre aux questions des différents acteurs.

Une réponse environnementale mais surtout économique

Un accord a finalement été trouvé et signé au haut-commissariat, le 12 août, après un blocage de près d’un mois et demi. Pour Enercal, qui exploite la centrale de Prony, la facture a été salée. On estime le coût pour le producteur d’électricité à plus de 300 millions de francs. La facture était toutefois nettement plus importante puisque chaque jour, près de 180 tonnes devaient être transportées de Goro à Païta, soit une distance de 111 kilomètres.

À l’origine, en 2007, les cendres devaient être récupérées par le cimentier Holcim pour entrer dans la fabrication de ses produits. Les cendres n’ayant jamais eu les caractéristiques escomptées, Holcim a dû passer son investissement en pertes et profits. Dommage, pour l’industriel qui avait tout de même investi près de 560 millions de francs. Dommage, aussi, que la valorisation de ce déchet n’ait pas été possible, en particulier si l’on considère les volumes de cendres produites. Chaque année, ce sont près de 60 000 tonnes qui sortent de la centrale thermique au charbon de deux tranches de 55 MW.

Si l’ISD prévue du côté de Prony, sur la commune du Mont-Dore, règle les problèmes de transport, mais ne résout pas non plus tous les problèmes. Un temps, un nouveau projet de valorisation a même été évoqué. Finalement, l’installation devrait permettre de stabiliser et de stocker les cendres volantes. L’unité leur sera d’ailleurs entièrement consacrée.

Le site retenu, « le vallon Est », se situera à 1,8 kilomètre de la centrale de Prony Énergies. Cette solution permettra à Enercal de réaliser des économies de près de 500 millions de francs par an par rapport à l’enfouissement à l’ISD de Gadji, la note pour l’opérateur public s’élevait tout de même chaque année près de 1,2 milliard de francs à l’opérateur public. Le projet, porté par la CSP-Fidelio et sa filiale la Calédonienne de valorisation, est prévu pour 30 ans, pour un coût compris entre cinq et sept milliards de francs. Le bail accordé à la société est toutefois de 65 ans avec une remise en état du site à la fin de l’exploitation. Il comprend les trente années d’exploitation auxquelles il faut ajouter trente années supplémentaires de post-exploitation et les presque deux ans nécessaires à la construction du projet.

Une éventuelle valorisation

L’installation comprend tout d’abord une unité de stabilisation qui consiste à mélanger les cendres avec de l’eau (les eaux de ruissellement seront réutilisées) et des réactifs (pour les cendres volantes de Prony, il s’agit du ciment). L’idée de cette étape est de transformer les polluants contenus dans les cendres en composés minéraux stables. L’installation comprend ensuite une unité de stockage à proprement parler de 1 850 000 m3 permettant de stocker 1 400 000 tonnes de cendres volantes. Le stockage se fera de manière échelonnée par casiers. Les cendres stabilisées seront placées sur un ensemble de géotextiles, de membranes de protection, de filtres, de séparateurs ou encore de drains afin de traiter et de canaliser les eaux de rejet. Au fur et à mesure de l’avancée du chantier, les cendres seront revégétalisées afin de limiter l’impact visuel.

Le projet d’installation de stabilisation et de stockage prévoit également la possibilité de valoriser les cendres. La Calédonienne de valorisation indique travailler sur un procédé capable de réutiliser les cendres. Comme le précise la société, la technique n’est toutefois pas encore au point.

Une partie des cendres toujours à Gadji

La centrale thermique de Prony Énergies produit deux types de cendres, celles produites par le foyer, recueillies à la base de la chaudière, appelées mâchefers, et les autres, les cendres volantes arrêtées par les dépoussiéreurs avant le rejet des gaz de combustion. Ce sont ces cendres volantes qui sont destinées à être stockées dans l’installation de stabilisation et de stockage des cendres de Prony. Les mâchefers, quant à eux, continueront d’être stockés à Gadji.

Toujours pas d’harmonisation entre le Nord et le Sud

Les provinces Nord et Sud disposent chacune de leur Code de l’environnement. Deux réglementations qui prévoient des traitements différents pour les cendres résiduelles de la combustion des centrales à charbon. En province Sud, les industriels se voient opposer une réglementation plus contraignante, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes de cohérence. Une loi sur l’air pourrait constituer un cadre commun à l’ensemble du territoire. À défaut, une harmonisation des réglementations pourrait être effectuée au travers des Codes de l’environnement, de façon à opposer les mêmes contraintes aux industriels.

Fin de l’enquête publique le 27 mai

Le dossier est entièrement consultable sur le site internet de la province Sud
(www.province-sud.nc à l’onglet consultation publique). Le dossier et le cahier de remarques sont également accessibles dans les mairies du Mont-Dore et de Yaté. La commissaire enquêtrice tiendra des permanences le vendredi 20 mai, de 7 h 30 à 11 h 30 et le vendredi 27 mai de 12 h 30 à 15 heures au Mont-Dore et le lundi 23 mai, de 7 h 30 à 11 h 30 à la mairie de Yaté. Le public peut également adresser ses observations par courrier simple ou recommandé adressé à la commissaire enquêtrice à la Direction de l’industrie, des mines et de l’énergie de Nouvelle-Calédonie – service de l’industrie – BP 465 – 98846 Nouméa Cedex

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