Un bloc central en réflexion

Philippe Gomès, de Calédonie ensemble, a de nouveau affirmé, jeudi 9 avril à l’université, son opposition absolue au concept de l’hyper-provincialisation, « c’est-à-dire la partition » du territoire. (©Yann Mainguet)

De Calédonie ensemble à l’Éveil océanien, en passant par Patrick Robelin, une voie politique médiane existe par la proximité d’idées. Ses acteurs échangent sur la possibilité de construction d’un bloc central qui conjuguerait souveraineté et France dans le vivre-ensemble.

Au-delà des enjeux purement communaux et des déductions sur l’accueil de l’accord Bougival-Élysée-Oudinot, les dernières élections municipales ont permis de repérer l’empreinte des mouvances politiques. Les émeutes de mai 2024 ont indéniablement pesé dans les suffrages – et le succès – des candidats soutenus par le mouvement Les Loyalistes dans le Grand Nouméa.

En Brousse, en province Sud, « on peut noter la victoire, au second tour, d’une sensibilité non indépendantiste modérée, le vivre-ensemble étant souvent une réalité dans les communes de l’intérieur », s’est félicité le parti Calédonie ensemble, lors de sa rencontre citoyenne, jeudi 9 avril à l’université, citant : Poindy Kaouda à La Foa, Patrick Robelin à Bourail, Charly Brinon à Sarraméa, Jean-Christophe Niautou à Farino, Jo Peyronnet à Moindou et Téva Puahio à Thio. En outre, en province Nord, ajoute l’organisation politique de Philippe Gomès, l’élection de Yann Péraldi à Pouembout, Mike Samadi à Koné et Yann Gastaldi à Koumac est le fruit d’une liste d’une sensibilité similaire, ou apolitique, ou sans étiquette.

REJET DES EXTRÊMES

Ces résultats amènent à situer les contours d’un bloc central, c’est-à-dire des voix inscrites entre les pôles non indépendantiste et indépendantiste dits radicaux, en l’occurrence des Loyalistes et de l’UC-FLNKS. Dans ce périmètre, pour la première fois, des listes d’ouverture, soutenues par l’Éveil océanien et Calédonie ensemble, ont rencontré aux municipales des audiences diverses à Nouméa et son agglomération, et plus affirmées sur le reste de la Grande Terre.

Le sénateur Georges Naturel, l’élu du Congrès Yoann Lecourieux, le maire Patrick Robelin, Laurent Chatenay ou encore Joël Kasarhérou et son mouvement Construire autrement… sont aussi retrouvés sur cette voie politique médiane. Il existe, bien sûr, des nuances entre eux, mais un fil rouge les relie : le destin commun, le rejet des extrêmes, le consensus… À condition, et le préalable est important, que la discussion soit possible, notamment avec l’Union calédonienne et le FLNKS.

« CADRE PARTAGÉ »

Un chemin est aujourd’hui à construire « avec les matériaux des accords de Deva et de Bougival sans l’hyper-provincialisation », avance Philippe Gomès. Comme des pièces détachées à polir, puis à assembler en faveur de « la poursuite intelligente engagée depuis les accords de Matignon ». L’ambition étant ici de « poursuivre le processus de décolonisation et d’émancipation qui est prêt à reconnaître la nécessité d’une accession à la souveraineté dans un cadre partagé avec la France, une nation qui nous protège au travers de l’exercice des compétences régaliennes », ajoute le leader de Calédonie ensemble.

Le bloc central, très large, s’étend du centre gauche au centre droit. « Le seul dénominateur commun réside dans le souhait de construire une paix et une sérénité, en respectant les divergences sur l’avenir institutionnel » souligne Milakulo Tukumuli, président de l’Éveil océanien. « Mais on pense que l’atterrissage n’est pas l’indépendance tout de suite, ni la France pour toujours. »

Le dirigeant du parti longtemps charnière au Congrès, qui a toujours prôné la voie du milieu, considère que cet axe médian, « c’est l’accord de Nouméa ». C’est-à-dire la poursuite de la décolonisation et le choix des Calédoniens. « Je souhaite un grand bloc central qui propose des réformes avec beaucoup de nouvelles personnes », insiste Patrick Robelin, à Bourail. Le territoire a « besoin de vraies réformes fiscales, économiques, sociales, institutionnelles… C’est une urgence ».

Ce bloc central rencontre, à l’heure actuelle, un problème d’ancrage, mais aussi d’incarnation de la ligne politique défendue. Le souci majeur, « c’est la capacité à jouer collectif », reconnaît Philippe Gomès. De probables élections provinciales avant la date limite du 28 juin conduisent ces acteurs à s’interroger forcément sur la forme d’un engagement dans la bataille. En clair, que cette voie du centre prenne corps. « C’est ce qu’il faut essayer de faire », soutient Milakulo Tukumuli. Le poids électoral de ce bloc peut être éclairé par les résultats du premier tour des élections législatives de juin 2024 : plus de 21 000 voix. Ces mêmes personnalités doivent dépasser maintenant les luttes d’influence internes.

Yann Mainguet