Un A220 dans le ciel calédonien

Dans le cadre d’une tournée régionale pour présenter le dernier-né de ses avions, Airbus a posé l’un de ses A220 sur le tarmac de La Tontouta. L’occasion de découvrir cet appareil qui est présenté comme tout particulièrement adapté au transport dans la région

L’année 2019 est une année un peu spéciale pour l’aérien en Nouvelle- Calédonie et plus généralement dans le Pacifique. La province des Îles a entamé sa mandature sur les chapeaux de roue en annonçant un projet de création de compagnie aérienne régionale qui permettrait de mettre en place des liaisons internationales, au départ de Lifou. Un projet qui n’est pas neuf, mais qui, cette fois-ci, a été pris à bras-le-corps par Jacques Lalié, le président de la province des Îles. Un projet qui est loin de faire l’unanimité et suscite autant les moqueries que l’inquiétude. Il faut dire que la situation budgétaire des collectivités n’est pas florissante.

Mais comme l’a souligné le président de la province des Îles, l’institution n’a pas forcément vocation à porter l’intégralité du capital de la compagnie aérienne Air Oceania. À ce sujet, un accord de coopération a été signé entre le géant européen de l’aéronautique et la province pour l’aider à trouver des partenaires et boucler le financement. Selon Jacques Lalié, la province ne devrait détenir qu’une quinzaine de pour cent du capital de la compagnie. Si la question du financement est essentielle, cela n’empêche pas pour autant de travailler sur ce projet qui aurait été plutôt bien accueilli par les conseillers du président de la République et du Premier ministre à qui une présentation a été faite, en marge du dernier Comité des signataires.

Un avion plutôt adapté aux besoins des îles du Pacifique

Le choix des avions serait bien avancé. Si le projet devait se concrétiser, il s’agirait très probablement d’un A220 qui est décliné en deux versions, 100 et 300. Le 100, plus petit, permet de proposer 120 à 135 places alors que la version 300 offre la possibilité d’embarquer 130 à 160 passagers. Les A220 sont des monocouloirs qui affichent toutefois un rayon d’action très important. Au départ de Nouméa, ils sont capables de rallier directement l’Australie, Fidji, la Polynésie française ou encore la Papouasie Nouvelle-Guinée. Ils ont besoin de moins de passagers pour être remplis, un avantage en basse saison par rapport, par exemple, aux A330 et A320neo d’Aircalin, qui voit ses coûts d’exploitation augmenter.

La « relativement » faible capacité, l’important rayon d’action, des frais de maintenance réduits et une baisse de consommation de carburant de l’ordre de 20 % par rapport à la génération d’avions précédente sont les principaux arguments de l’avionneur pour convaincre ses clients potentiels que l’A220 est particulièrement adapté aux îles. Le Vanuatu est déjà convaincu puisqu’Air Vanuatu sera la première compagnie du Pacifique à s’équiper de ces appareils. Au total, ils en recevront quatre.

Un autre opérateur est également intéressé. « Nous envisageons d’acquérir deux A220, explique Louis Alphonse, homme d’affaires wallisien, porteur du projet de la compagnie Wallis-et-Futuna Aviation. Nous espérons pouvoir boucler le tour de table financier d’ici la fin de l’année. Grâce à ce type d’appareil de plus faible capacité, nous pouvons envisager de multiplier le nombre de rotations avec un bon remplissage. Il y a actuellement une reconfiguration du paysage aérien dans tout le Pacifique. Nous pensons que nous pouvons être complémentaires avec les autres compagnies, nous n’avons pas d’intérêt à nous lancer dans une guerre commerciale. »

Un rapprochement des compagnies calédoniennes ?

Une idée qui semble partagée par Samuel Hnepeune, le PDG d’Air Calédonie. À l’issue d’un conseil d’administration qui s’est tenu le 6 novembre, le dirigeant a souligné l’importance de réagir face à ces mutations importantes. « Si nous ne réagissons pas, nous allons nous faire bouffer, alerte-t-il. Nos compagnies travaillent de manière très fermée. Sans parler encore de fusion, il serait peut-être temps de commencer à se parler et de travailler ensemble. »

Le PDG d’Aircal avance l’exemple d’un vol de sa compagnie partant pour Koné avec seulement 17 passagers. Dans ce cas, pourquoi ne pas envisager qu’il soit assuré par un petit avion d’Air Loyauté. De la même façon, lorsqu’un vol d’Aircalin décolle pour Port-Vila avec une cinquantaine de passagers, ne serait-il pas plus efficace que le vol soit assuré par un ATR d’Aircal ?

Autant de questions qui trouveront des réponses si les dirigeants des compagnies se retrouvent à la même table. Il pourrait également s’agir de développer une continuité des vols d’Aircalin sur le territoire avec des liaisons intérieures. Pour faire simple, le réseau de code share d’Aircalin pourrait, par exemple, permettre à un Japonais qui souhaiterait se rendre à Lifou d’acheter un billet unique. « Il faut peut-être changer nos habitudes et travailler ensemble pour développer des synergies. Ce rapprochement est d’ailleurs inscrit dans le discours de politique générale du président Thierry Santa », insiste le patron d’Aircal.

Si ce dernier a refusé de commenter le projet porté par la province des Îles, ce rapprochement des compagnies historiques pourrait bien mettre des bâtons dans les roues de la future Air Oceania. Reste qu’aussi bien Aircalin qu’Aircal sont des compagnies aériennes à capitaux publics, ce sont donc les membres des conseils d’administration, représentant les collectivités du territoire, qui auront la charge de définir l’avenir de l’aérien calédonien.

M.D.

 

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