Trois Cagous chasseurs de médailles

Les Jeux paralympiques viennent de débuter à Tokyo. Mais ils commenceront vraiment dimanche pour les sportifs calédoniens, tous engagés en équipe de France sur les épreuves d’athlétisme. Revue d’effectif.

Pierre Fairbank vise les sommets

Et si, à 50 ans, la légende du sprint en fauteuil ajoutait une nouvelle ligne à son palmarès exceptionnel, déjà riche d’un titre paralympique pour huit médailles au total ? Cinq ans après deux nouvelles récompenses à Rio (lire plus loin), le natif de Hienghène en a les moyens, si l’on se fie à ses performances de l’année qui le classent dans les cinq meilleurs mondiaux sur chacune des trois épreuves où il sera aligné (100 m, 400 m, 800 m). Inusable, en progression constante depuis 21 ans et sa première médaille d’or à Sydney en 2000, Pierre Fairbank n’a, comme à son habitude, rien laissé au hasard pour répondre présent le jour J. Triple champion d’Europe en début d’année, deux ans après des Mondiaux en demi-teinte à Dubaï, desquels il était rentré bredouille, Pierre veut sa revanche. Un podium sera un minimum, dans un grand jour il pourrait même aller chercher le Thaïlandais Paeyo et le Canadien Lakatos les deux autres cadors du sprint.

Nicolas Brignone, une étape à franchir

D’espoir à outsider, il y avait un pas de géant à accomplir. Nicolas Brignone, 32 ans, semble être sur le point d’y parvenir. Dans l’ombre de l’immense Pierre Fairbank depuis ses débuts, le jeune loup pourrait enfin croquer son maître à Tokyo. Ses performances sur 100 m, où il talonne son aîné, et sur 400 m, où il le devance au classement mondial avec le troisième chrono planétaire, montrent que Nicolas en a les capacités. Battre son coéquipier en finale serait sans doute synonyme de première médaille individuelle internationale. Mais avant, il faudra d’abord éliminer les derniers obstacles. Le sprinteur en fauteuil n’a, en effet, jamais réussi à convertir son travail et son talent en énorme performance en grande compétition. Il devra aussi contenir la pression inhérente à un événement aussi prestigieux que les Jeux paralympiques. Le moment est venu de montrer le champion qu’il est vraiment.

Thierry Cibone, le retour du colosse

Vingt et un ans après ses trois premiers titres paralympiques, le lanceur assis de 48 ans est encore là. Et pourtant, contrairement à Pierre Fairbank, l’homme de Lifou n’a pas pratiqué en continu la haute compétition. N’hésitant pas à prendre du recul quand le besoin se faisait sentir, il avait même manqué les Jeux de Rio en 2016 alors qu’il était en bronze au poids à Londres, quatre ans auparavant. Pourtant, Thierry Cibone est toujours revenu au plus haut niveau, preuve de sa force mentale et physique incroyable. Huitième performeur mondial au javelot, dans les meilleurs au poids également, il regarde donc forcément lui aussi vers la médaille. « En championnat, c’est un guerrier », a toujours dit de lui son coach Olivier Deniaud. Alors comment l’imaginer autrement qu’avec une nouvelle médaille autour du cou ?


Olivier Deniaud, l’homme clé

Le maintien au top niveau de Fairbank, la révélation de Brignone, le retour de Cibone. Derrière ces champions se cache une seule et même personne : Olivier Deniaud, 58 ans, l’entraîneur responsable du pôle France athlétisme handisport de Nouméa et accessoirement directeur des équipes de France. Plus qu’un simple coach, c’est un véritable motivateur. Cherchant toujours le moyen de « donner l’envie d’avoir envie », comme le chantait Johnny, l’une des idoles d’Olivier. « Je m’adapte toujours aux athlètes. Tu ne peux pas aller contre leur volonté profonde. Tu dois trouver les moyens de les motiver, de les intéresser pour qu’ils aient envie de travailler et de progresser. Et leur fixer des objectifs. » Comme ce drapeau Tokyo 2020 affiché, depuis cinq ans, sur le mur du local d’entraînement au stade Numa-Daly pour que ses athlètes n’oublient jamais pourquoi ils travaillent au quotidien. À Tokyo, parmi ses multiples casquettes, il sera le coach des trois Cagous, mais aussi celui du sauteur en longueur non- voyant Ronan Pallier, et de la célèbre athlète amputée tibiale Marie-Amélie Le Fur.


Cinq ans après, que reste-t-il de Rio ?

Il y a cinq ans, lors des précédents Jeux paralympiques au Brésil, trois Cagous étaient également en lice. Pierre Fairbank s’était vengé de son échec de 2012 à Londres (aucun podium obtenu) pour rapporter, cette fois, deux médailles. L’une en bronze sur 400 m, l’autre en argent sur 800 m, et il avait même frôlé le titre, au coude à coude avec le Thaïlandais Paeyo. Nicolas Brignone était déjà là, lui aussi. Mais pour sa première participation, il n’était pas parvenu à atteindre une finale.

Quant à Thierry Cibone, il était sélectionnable, mais avait préféré rester chez lui, à Lifou. Le troisième Calédonien était en effet une Calédonienne puisqu’il s’agissait de Rose Welepa. La lanceuse de poids malvoyante avait alors pris une belle huitième place pleine de promesse. Fin 2016, sur la lancée de Rio dans le sillage des leaders et d’une nouvelle génération en pleine éclosion, on imaginait que cinq ou six Cagous pourraient atteindre les Jeux paralympiques de Tokyo, initialement prévus en 2020.

Finalement, après le report d’un an lié au Covid, la prometteuse génération dorée, mélange d’expérience et de jeunesse, n’a pas fait mieux qu’en 2016. Rose Welepa, Marcelin Walico ou encore le sprinteur non voyant, Sylvain Bova, et son guide, Germain Haewegene, n’étant pas parvenus, pour diverses raisons, à valider leur ticket pour le Japon.


Programme (heure NC)

Pierre Fairbank et Nicolas Brignone (sprint en fauteuil T53) :

  • 400 m, dimanche 29 août
  • 100 m, mercredi 1er septembre
  • 800 m, jeudi 2 septembre

Pour chaque épreuve, le premier tour débute à partir de 11 h 30, les finales sont à partir de 21 heures.

Thierry Cibone, (lanceur assis F34)

• Finale javelot, mercredi 1er septembre

• Finale poids, samedi 4 septembre

A partir de 11h30.

M.M.

©Olivier Deniaud © Florent Pervillé

 

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