Tribune

VIVE LE TROISIÈME RÉFÉRENDUM !

Pascal Lafleur

Les élus indépendantistes viennent d’écrire à l’État pour demander l’organisation du troisième et dernier référendum prévu dans l’Accord de Nouméa. Faut-il s’en étonner ? Faut-il, comme certains le font, ironiser sur cette demande commune aux différents groupes indépendantistes du Congrès, alors même qu’ils ne s’accordent pas sur le nom d’un président de gouvernement ? Je ne le crois pas. Je m’étonne, en fait, que les élus non indépendantistes leur laissent l’occasion d’être moteur de la vie politique. N’ont-ils aucun projet pour l’avenir du territoire pour craindre de tourner la page ? Cet accord a été proposé aux Calédoniens il y a plus de 20 ans. Il a été ratifié et le processus de sortie a toujours été bien identifié.

Pour le modifier, il eut fallu, bien avant d’arriver au cycle référendaire, que les non-indépendantistes se rassemblent pour proposer une alternative et non pas attendre le dernier moment. C’est ce que Jacques Lafleur tenta de faire en 2009. Malheureusement, certains préférèrent les discours chocs. Il fallait « purger l’indépendance », car il n’y avait « plus rien à négocier », « trop de choses avaient déjà été données ». Aujourd’hui, ce sont parfois les mêmes qui crient à l’aberration d’organiser des référendums couperets et qui veulent négocier une solution consensuelle.
La radicalisation de chacun des camps ces dernières années, par manque de véritables chefs, et la division de tous ont fait s’éloigner les responsables politiques locaux de la philosophie des accords de Matignon et de Nouméa. Cela au détriment de la population, de l’économie et a entraîné le recul de la notion, acceptée par toutes les parties à l’époque, que chacun avait sa place en Nouvelle Calédonie et qu’il fallait construire un territoire pour le bien de tous.

Comment sortir de la situation juridique de l’Accord de Nouméa ? Il est bien trop tard pour appeler à en modifier la règle. Les modalités de cet accord, dont certaines ont effectivement fait leur temps, ont été voulues pour aboutir à une solution transitoire qui devait permettre le rééquilibrage entre les populations, les régions et poursuivre dans la lignée d’un geste fort, tout en laissant la question statutaire pour plus tard. Cet accord n’était pas parfait, mais sans doute nécessaire. Hélas, après tout ce temps, point de rééquilibrage. À qui faut-il le reprocher ? Pour certains, c’est la faute de la France, bien entendu.

Il est grand temps, à mon avis, de regarder vers l’avenir. Ce référendum aura lieu et c’est une bonne chose, afin de poursuivre sur de nouvelles bases.
Si le OUI l’emporte, ce sera l’indépendance, non préparée, dans laquelle il faudra gérer le fossé creusé depuis ces dernières années entre les communautés et une délinquance qui ne cesse de se développer. Il faudra apporter des solutions sur des sujets cruciaux, essentiels à la vie de chacun, qui restent, malgré des budgets provinciaux colossaux, non traités ou insuffisamment. Si le NON l’emporte, ce ne sera pas la fin de la possibilité d’indépendance que souhaite une partie de la population. Ce ne sera pas le rejet des minoritaires. Ce ne sera pas non plus l’exclusion d’une culture, car chacun a sa place dans la nation française.

La Nouvelle Calédonie a besoin de stabilité, elle a besoin du soutien d’une grande nation, elle a besoin de reprendre le chemin du développement économique et social. C’est notamment pour cela que le NON doit l’emporter. Je forme le vœu que les responsables politiques, qui ont montré une capacité à gérer des situations délicates ces derniers temps, permettent à la Nouvelle Calédonie, une fois le référendum terminé, d’être fière d’avoir surmonté ses antagonismes et de poursuive sur la voie tracée par la poignée de main de 1988.

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