Thierry Santa donne le cap

Jeudi dernier, le président Thierry Santa a prononcé, au Congrès, la déclaration de politique générale du 16e gouvernement de Nouvelle- Calédonie. Un document élaboré de concert avec tous les membres et reflétant donc toutes les sensibilités, qui articulera l’action de l’exécutif tout au long de la mandature.

DNC : Vous ne vous êtes pas attardé dans cette déclaration sur l’avenir institutionnel, alors que nous entrons dans la dernière mandature de l’Accord de Nouméa. Pourquoi ce choix ?

Thierry Santa : Je considère que ce n’est pas au gouvernement collégial et pluraliste de la Nouvelle-Calédonie de se positionner sur l’avenir institutionnel. C’est aux partis politiques de se positionner sur ce sujet éminemment politique. Dès le 11 juin dernier, nous, les 18 élus de l’Avenir en confiance, avons demandé la tenue du deuxième référendum dès que possible. Plus tôt le processus se terminera, plus tôt les partenaires politiques se retrouveront pour définir le nouveau statut de la Nouvelle-Calédonie. D’ici là, la question institutionnelle ne doit pas peser sur l’action du gouvernement qui est là pour travailler à améliorer le quotidien de tous les Calédoniens, quel que soit leur choix institutionnel. À titre personnel, je souhaite que la Nouvelle- Calédonie reste au sein de la République française et continue de bénéficier de son accompagnement et de sa protection. Mais je respecte la conviction de mes collègues indépendantistes.

Vous avez appelé les Calédoniens à renoncer à leurs « vieux démons » pour avancer. Pouvez-vous développer cette idée ?

La Nouvelle-Calédonie est confrontée à des défis qui ne laissent pas de place aux querelles politiciennes. Les Calédoniens attendent et méritent que l’ensemble des forces politiques se préoccupe d’améliorer leur quotidien. Attiser les tensions et les clivages entre les Calédoniens par opportunisme électoral serait irresponsable.

Pourquoi avoir choisi de placer « l’avenir de la jeunesse » en grande cause territoriale ?

Ce gouvernement travaillera pour tous les Calédoniens, quels que soient leur communauté, leur statut civil, leur genre, leur condition socioprofessionnelle et leur âge. Placer l’avenir de la jeunesse comme grande cause territoriale, c’est inscrire l’action du gouvernement dans la perspective de l’héritage que nous lèguerons à notre jeunesse. Sans oublier nos aînés, car c’est une société solidaire que nous devons leur léguer. L’avenir de la jeunesse calédonienne est une cause qui transcende les clivages, une colonne vertébrale qui rassemble au-delà des polémiques partisanes. Je note d’ailleurs qu’aucune critique de fond n’a été formulée à l’encontre des ambitions affichées dans la déclaration de politique générale de ce 16e gouvernement.

Que proposez-vous, maintenant, pour la jeunesse qui est à la dérive, parfois délinquante, et qui inquiète les Calédoniens ? Selon vous, les solutions doivent-elles être plus sociales ou plus répressives ?

Les deux. L’État a son rôle à jouer pour ne pas laisser s’installer un sentiment d’impunité. Mais la Nouvelle-Calédonie doit mettre à disposition du pouvoir judiciaire un panel de réponses adaptées à notre jeunesse délinquante. En ce sens, le gouvernement associera tous les acteurs de l’éducation et du maintien de l’ordre – parents, autorités coutumières, monde éducatif, autorités administratives et judiciaires – pour définir ces mesures éducatives et ces alternatives citoyennes à proposer aux mineurs délinquants, comme à leurs parents, dès les premiers actes d’incivilité. D’ailleurs, nous travaillons aussi à l’intégration du monde coutumier aux côtés des autorités judiciaires de la République, en s’inspirant des « Rangatahi Courts » néo-zélandaises. Pour compléter ces réponses, la Nouvelle-Calédonie se dotera notamment d’un centre d’insertion par le travail. La Nouvelle-Calédonie prendra aussi toute sa part dans la lutte contre les violences intrafamiliales qui font souvent le lit de la délinquance juvénile.

L’économie est un sujet majeur vu la situation actuelle. Quels sont les grands principes de votre politique de relance ?

C’est l’objectif de la loi de relance et la loi de programmation fiscale que le gouvernement proposera rapidement aux élus du Congrès. Donner de l’air, de la visibilité et de la stabilité, redonner confiance aux acteurs économiques, créer le cadre propice à leurs initiatives. Ce sont là les grands principes de notre politique de relance. Permettre aux acteurs économiques de sortir rapidement tous les projets enfermés dans les cartons par crainte de nouvelles taxes ou par lassitude face à des contraintes administratives qui n’ont cessé de s’accumuler ces dernières années. D’ailleurs, l’administration est aussi engagée dans un plan de transformation numérique destiné à simplifier les démarches de tous les administrés – particuliers et entreprises – et à rationaliser son fonctionnement.

Les Calédoniens aimeraient retrouver du pouvoir d’achat, recommencer à consommer normalement. Comment leur donner l’espoir de jours meilleurs ?

La première façon de lutter contre la vie chère est de faire en sorte que les Calédoniens aient un salaire à la fin du mois.
D’où notre politique de relance pour que les entreprises créent de nouveau de l’emploi. En parallèle, nous ouvrirons des formations dans les secteurs d’avenir, comme l’environnement, les énergies renouvelables ou encore le numérique. Les outils d’accès à la formation professionnelle seront déployés au plus près des publics qu’ils visent pour permettre l’insertion professionnelle des personnes en recherche d’emploi, en particulier des jeunes sortis du système scolaire sans qualification.

Au cœur de notre ambition également, que la Nouvelle-Calédonie devienne une véritable terre d’innovation dans le domaine des biotechnologies. Nous créerons les conditions favorables au développement des start-up, elles aussi créatrices d’emplois. En termes de pouvoir d’achat spécifiquement, la simplification de la TGC, prévue dans la loi de programmation fiscale, sera l’occasion de définir un volet social. Cette TGC sociale viendra alléger les cotisations sociales pour redonner du pouvoir d’achat aux salariés et de la compétitivité aux entreprises.

Peut-on garantir notre système de protection sociale ?

L’urgence, c’est de combler le déficit de trésorerie du Ruamm et maintenir les paiements aux assurés, aux professionnels de santé et aux centres hospitaliers. Je suis en négociation avec la Cafat et le FSH qui pourraient consentir une avance de trésorerie. Mais ce ne sera accepté que si le gouvernement s’engage à prendre les mesures courageuses qui s’imposent pour sécuriser les recettes et contenir l’envolée des dépenses. Nous devons assumer des choix politiques antérieurs qui pèsent aujourd’hui sur les comptes du Ruamm.

Comme prévu par le plan Do Kamo, un objectif calédonien des dépenses de protection sociale sera désormais fixé par les élus du Congrès. Pour rester dans l’enveloppe définie par le pouvoir politique, tout en garantissant le même niveau d’offre de soins, une autorité indépendante sera créée. Ce régulateur aura pour seul souci d’équilibrer les comptes, en dehors de toutes considérations électorales. Les discussions se poursuivent pour définir le partage des responsabilités entre la Cafat et cette autorité. Les Calédoniens devront aussi être responsabilisés et accompagnés pour se maintenir en bonne santé.

En matière de nickel, comment parvenir à définir une « stratégie unique », comme vous le préconisez ?

La concurrence féroce des opérateurs asiatiques ne nous laisse pas d’autre choix. Nous devons trouver les points d’équilibre qui permettront de satisfaire les ambitions de valorisation de chacun des opérateurs calédoniens. C’est dans cette perspective que j’inviterai l’ensemble des acteurs métallurgiques et miniers de la Nouvelle-Calédonie à la même table au 1ersemestre 2020. Pour l’heure, le gouvernement doit soutenir les efforts engagés par les salariés de la SLN afin de sauver leur usine. Nous mettrons tout en œuvre pour tenir les délais de construction de la centrale C qui contribuera à abaisser le coût de l’énergie.

Comment comptez-vous avoir une majorité stable au Congrès pour voter les textes nécessaires à la mise en œuvre de la déclaration de politique générale ?

Cela nécessitera des palabres, de prendre le temps de rechercher un consensus ou du moins, une large majorité. Mais je ne doute pas que mes collègues, du gouvernement d’abord et du Congrès ensuite sont bien conscients de l’urgence de la situation.

En quelques mots, quelle vision avez-vous pour le tourisme ?

Il existe une opportunité de tourisme écologique. Un nombre croissant de touristes est sensible à l’engagement environnemental des pays qu’ils visitent et dont ils pourront se prévaloir. Je suis convaincu que les acteurs du tourisme et les Calédoniens peuvent mutualiser leurs efforts autour de cette stratégie commune et promouvoir une image partagée de la destination Nouvelle- Calédonie.

Vous souhaitez développer la mobilité des Calédoniens. Comment faire baisser les prix de l’aérien ?

Là encore, la Nouvelle-Calédonie ne peut s’offrir le luxe d’une concurrence entre acteurs. La question des tarifs aériens ne peut pas être monopolisée par une province ou une compagnie. Sur ce sujet aussi, nous devons trouver les points d’équilibre pour permettre le rapprochement de nos trois compagnies aériennes dans une perspective de mutualisation des coûts, de partage optimal des marchés et donc de baisse des tarifs pour tous les Calédoniens.

Votre engagement pour l’environnement a été salué. C’est une des prérogatives des provinces. Que peut faire concrètement le gouvernement qui n’ait pas déjà été initié ?

Comme sur les nombreux sujets qui relèvent de la compétence des provinces, la Nouvelle-Calédonie doit être à l’initiative pour coordonner l’action et contribuer à la rendre plus efficace. C’est ce que le gouvernement fera pour traiter et valoriser les déchets de la Nouvelle-Calédonie ou pour commercialiser une espèce envahissante comme le cerf. Le gouvernement doit aussi continuer à impulser cette dynamique de préservation de l’environnement. D’abord par son action, en construisant notamment des retenues collinaires ou en soutenant – via l’Agence rurale – les investissements dans des dispositifs d’irrigation économes en eau. Ensuite par l’exemple, au travers des constructions publiques qui devront désormais répondre au référentiel HQE, haute qualité environnementale. Et enfin par la règlementation, en faisant aboutir le texte sur les normes de construction et en travaillant à la généralisation de la démarche RSE, responsabilité sociétale des entreprises.

Dans le Pacifique, les petites nations s’élèvent de plus en plus contre les grandes, plus polluantes, comme l’Australie. Comment se positionne la Nouvelle-Calédonie ?

Pour les petites nations du Pacifique, c’est une question de survie. C’est la raison pour laquelle elles interpellent le reste du monde. Les grandes nations ne peuvent pas ignorer cet appel, la Nouvelle-Calédonie non plus. À Tuvalu, lors du 50e Forum des îles du Pacifique, l’Australie s’est montrée capable d’entendre ce cri d’alarme, malgré ses contraintes industrielles. Lors de la retraite des leaders, nous avons ainsi pu aboutir à une déclaration commune qui sera prononcée à l’ONU, et dont le cœur est un rappel des engagements pris par les nations signataires de l’Accord de Paris.

Les relations diplomatiques de la Nouvelle-Calédonie dans la région s’intensifient alors que de nouveaux enjeux émergent. Dans ses relations extérieures, la Nouvelle-Calédonie est-elle à même de porter sa propre voix ou doit-elle porter absolument celle de la France ? Peut-elle par ailleurs choisir librement ses partenaires économiques ?

La Nouvelle-Calédonie porte déjà ses propres ambitions, grâce à nos délégués en Australie, Nouvelle-Zélande, Papouasie-Nouvelle- Guinée, ainsi qu’aux Fidji et au Vanuatu. Également à travers ses représentations propres dans les organisations dont nous sommes membres. Cependant, nous devons garder à l’esprit que la Nouvelle-Calédonie et ses 300 000 habitants ne pèsent pas très lourds seuls face aux géants industriels et internationaux. Cela doit nous inciter à nous interroger sur les risques d’une rupture avec la France et l’Europe.

C.M.

©D.R. 

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