Théâtre : Fin bien ensemble !, quand l’amour triomphe sur les différences

Après ses deux premières pièces à succès, Fin mal barrés ! et Fin mal géré !, Jenny Briffa signe son ultime volet consacré à l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Une dernière pièce drôle et engagée qui fait, une nouvelle fois, le pari du vivre-ensemble.

Marguerite et Kévin sont fous amoureux depuis leur plus tendre enfance. Pourtant, ils ne se ressemblent pas le moins du monde. Elle est indépendantiste. Il est loyaliste. Marguerite est la femme forte, imposante, « qui porte la culotte ». Kévin est petit, « plutôt gringalet », très gentil et très tendre. Ils se chamaillent, crient haut et fort leurs convictions, et restent souvent campés sur leur position. Sans en démordre. À la maison, les marmites volent dès qu’ils ne sont pas d’accord.

 

Deux dates supplémentaires

Déjà complet jusqu’au 28 août, le spectacle sera joué deux nouvelles fois au centre culturel Tjibaou, vendredi 9 septembre à 19 heures et dimanche 11 septembre à 18 heures.

 

Mais malgré leurs différences, Marguerite et Kévin s’aiment. Ils ont beau ne pas se comprendre parfois, ils sont simplement heureux ensemble. À travers ce couple qui se querelle, c’est la Nouvelle-Calédonie que Jenny Briffa a voulu représenter. Après Fin mal barrés ! et Fin mal géré !, elle signe, avec sa nouvelle pièce engagée Fin bien ensemble !, l’ultime volet du triptyque consacré à l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.

« Un vieux couple »

« Entre les loyalistes et les indépendantistes, je pense qu’on est un peu comme un vieux couple. On s’aime car on vit ensemble depuis toujours, mais parfois on est exaspéré par l’autre parce qu’il a des habitudes différentes des nôtres », explique-t-elle. À la maison, c’est celui qui pose ses pieds sur le canapé qui va agacer. À l’échelle de la Nouvelle-Calédonie, ce sont « les différences culturelles », selon Jenny Briffa. Et comme dans toute relation amoureuse, il y a toujours de la mauvaise foi. « Nos élus sont plein de mauvaise foi. D’un côté comme de l’autre. Quand on est dedans, c’est un peu tragique. Si on prend du recul, il y a un fort ressort comique. »

Les deux comédiens Stéphane Piochaud et Laurence Bolé incarnent ce couple de Calédoniens qui s’interrogent avec facétie et naïveté sur l’avenir institutionnel de l’archipel, mais aussi sur l’histoire de leur pays ces quarante dernières années. Encore une fois, tout le monde en prend pour son grade. Les élus bien sûr, les militants, les médias, les grévistes. Rien, ni personne n’est épargné. Et c’est ce qui plaît. « Nous les Calédoniens, on aime rire, se moquer. »

Rire tout en s’interrogeant sur son histoire

À travers cette image de « vieux couple usé », l’auteure de la pièce tente aussi d’apporter des pistes de réflexion « pour retrouver la flamme ». Sans offrir sur un plateau d’argent un nouvel accord clés en main. « Je crois que notre défi, il est plus de nous émanciper dans nos mentalités et de réussir à être un peu moins focalisé sur les questions identitaires. Je m’adresse vraiment à tout le monde. Il faut qu’on se rappelle juste qu’on ne peut pas vivre les uns sans les autres », insiste Jenny Briffa.

 

Le spectacle est mis en scène par Frédéric Andrau et interprété par Laurence Bolé et Stéphane Piochaud. Une tournée est également prévue en Brousse, de Ouégoa à Koumac en passant par Koné, Bourail et la tribu de Tiwaka.

 

Les spectateurs vont rire, peut-être s’offusquer. Un vrai feu d’artifice d’émotions les attend avec toujours cette thématique en toile de fond : comment on sort de tout ça ? Pour Jenny Briffa, il faut prendre le temps de nourrir sa pensée afin de trouver des solutions. C’est ce qu’elle propose avec cette pièce. « Ce qui m’intéresse c’est de passer des messages politiques, au sens de réfléchir davantage à comment on fait pour vivre bien ensemble. » Un thème dans l’air du temps, sensible, qui séduit encore les Calédoniens qui se sont rués sur les réservations. Les cinq premières représentations affichent complet.

Edwige Blanchon

Photo : La pièce est disponible à Calédolivres et sera vendue à l’issue des représentations au Centre culturel Tjibaou. / E.B.

La pièce financée à 50 % par les Calédoniens

Avec les baisses des subventions culturelles, l’équipe a passé ces derniers mois à rechercher activement des financements pour la pièce. Un appel au mécénat a même été lancé pour boucler le budget de 10 millions de francs.

Une campagne qui a extrêmement bien fonctionné. « Je suis très reconnaissante de la générosité des Calédoniens. Leur financement représente 50 % du financement de la pièce », informe Jenny Briffa.

Toutefois, ce long combat financier a convaincu l’auteure du texte de produire son dernier spectacle. « C’est un combat, c’est épuisant. Faire des spectacles comme ça, je ne le ferai plus. Écrire oui, mais produire tout un spectacle avec les incertitudes financières et le peu de soutien au départ, non. »

Succès pour les deux premiers spectacles

Fin mal barrés ! et Fin mal géré ! ont rencontré un succès fou auprès des Calédoniens. Près de 15 000 spectateurs ont été enregistrés pour chaque spectacle. « On a réussi ce petit miracle d’attirer au théâtre des gens qui ne venaient jamais. On les a regroupés pour parler du vivre-ensemble. Avoir des gens qui pensent diamétralement opposé et les faire rire ensemble sur une pièce qui nous montre dans nos travers, c’est ma grande fierté », confie Jenny Briffa.

 

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