Sur les traces des baleines

Pourquoi les baleines à bosse viennent-elles dans nos eaux, combien sont-elles ou quelles routes marines suivent-elles ? C’est pour répondre à toute une série de questions que la première mission Maracas de l’IRD, Institut de recherche pour le développement, a quitté Nouméa pour rejoindre les zones éloignées de la mer de Corail.

Chaque année, au cours de l’hiver austral, des centaines de baleines à bosse migrent depuis l’Antarctique pour s’accoupler et mettre bas dans les eaux entourant la Nouvelle-Calédonie. Ces eaux font partie des plus riches de la planète en termes de biodiversité marine et afin de les protéger, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a créé en 2014 l’une des plus grandes zones marines protégées au monde : le parc naturel de la mer de Corail (voir ci-dessous). Une des orientations du plan de gestion de ce parc vise à développer un réseau d’aires marines protégées qui planifie notamment la gestion et la conservation des espèces menacées. Or, à ce jour les connaissances sur l’habitat et l’écologie des mammifères marins dans la mer de Corail restent limitées et surtout celles de la baleine à bosse, sûrement l’espèce patrimoniale présentant l’enjeu de conservation le plus important. C’est donc dans cette suite logique que l’IRD a décidé de mettre sur pied les missions Maracas 1 et 2 (Marine Mammals of the Coral Sea) à partir de cette année. Le but étant de collecter un maximum d’informations sur ces animaux et les facteurs qui influencent, en bien comme en mal, leur présence dans notre lagon.

Les missions Maracas

Les chercheurs de l’IRD, d’Opération cétacés et du WWF sont à bord de l’Amborella, navire océanographique de la Nouvelle-Calédonie, jusqu’au 4 septembre pour mener à bien la première mission Maracas. Le but est de rencontrer un maximum de baleines dans la zone des récifs des Chesterfield. La deuxième expédition se déroulera fin septembre, dans la région de Walpole. D’autres missions suivront l’année prochaine afin de couvrir au mieux la ZEE, zone économique exclusive de la Nouvelle-Calédonie. Pour mieux comprendre les baleines à bosse, pourquoi elles viennent dans nos eaux et ce qu’il faudrait faire pour qu’elles continuent à venir, les chercheurs s’appuient sur de nombreux outils allant de la télémétrie satellitaire, à la collecte des données d’identification individuelle (photo-identification et génétique) mais également en déployant des bouées acoustiques. Les résultats permettront d’identifier la distribution, l’habitat préférentiel et les mouvements des mammifères à cette grande échelle et d’évaluer la connectivité avec les stocks reproducteurs voisins. On estime qu’environ 5 000 baleines à bosse fréquentent le Pacifique Sud, soit 37 % du nombre d’animaux présents avant les grandes chasses du XXe siècle (voir encadré). À cause du faible taux de croissance observé, il faudra au moins une trentaine d’années avant que ces populations ne retrouvent leur nombre originel. Premier constat de l’IRD, environ 400 baleines à bosse nagent chaque année dans nos eaux et plus de 1 200 spécimens ont déjà été répertoriés par les chercheurs : ce ne sont donc pas les mêmes individus qui viennent d’une année sur l’autre. Autre observation, les baleines dans notre lagon ne semblent pas se régénérer autant que celles qui côtoient la Grande Barrière de corail australienne. Est-ce que nos fonds sont moins bons, notre lagon est-il plus impacté par l’activité humaine ? Autant que questions que les chercheurs vont tenter de résoudre grâce à ces différentes campagnes. Les résultats permettront de renseigner les zones de conservation prioritaires et de faciliter la mise en place de mesures appropriées de protection avec la création d’aires marines pour les grands migrateurs.

sources : IRD, WWF, Opération Cétacés.


La baleine à bosse

Également appelée mégaptère ou jubarte, elle tient son nom scientifique Megaptera novaeangliae du grec « mega » pour grand et « pteron » pour ailes. Mesurant environ un tiers de la longueur du corps de l’animal, ses nageoires pectorales peuvent atteindre 4 à 5 m. La taille de la baleine à bosse est d’environ 15 m et son poids de 30 à 40 tonnes. Sa livrée dorsale est gris foncé alors que son ventre peut être blanc ou noir. Elle présente sur la face inférieure de sa nageoire caudale un dessin et une découpe permettant d’identifier chaque individu. Ce motif, l’empreinte caudale, est utilisé par les scientifiques pour étudier le comportement de l’espèce et dénombrer les animaux afin d’estimer la taille des populations. La baleine à bosse effectue de longues migrations entre les zones polaires où elle trouve en abondance les petits crustacés (krill), son alimentation principale, et les zones tropicales où elle vient se reproduire en hiver. La maturité sexuelle de la baleine à bosse est atteinte vers l’âge de 5 ans. La gestation dure 10 à 12 mois et l’intervalle entre deux naissances est de deux à trois ans. À la naissance dans les eaux chaudes, le baleineau mesure 3 à 4 m pour un poids de une à deux tonnes. Sa mère l’allaitera pendant plusieurs mois. La migration étant innée, le baleineau effectuera son premier voyage vers l’Antarctique avec sa mère. À l’automne suivant, il reprendra la route en compagnie de celle-ci et la séparation interviendra à l’arrivée dans les eaux chaudes.


Protégées depuis 1963 mais toujours en danger

Fortement décimée par les chasses commerciales du XXe siècle où plus de 210 000 individus ont été prélevés dans l’hémisphère sud entre 1904 et 1972, l’espèce est réduite à une fraction de son abondance originelle. En Océanie, les baleines à bosse ont été la cible des chasseurs depuis le XIXe siècle, les prises atteignant jusqu’à 3 000 individus. En dépit de la protection légale en 1963, la chasse à la baleine a été poursuivie par l’URSS jusqu’en 1973 (de l’ordre de 70 000 individus). Cette espèce, qui est donc protégée depuis presque 50 ans, voit ses populations se reconstituer lentement. La plupart des stocks sont actuellement en reconstruction et l’espèce a récemment été déclassée, passant de « vulnérable » à « moins concernée » dans la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) à l’exception des populations de la mer d’Arabie et d’Océanie encore en danger. En effet, dans le Pacifique Sud, l’accroissement varie selon les stocks : alors qu’il atteint 10,6 % par an sur la côte est australienne, il reste inférieur à 5 % pour les sous-populations océaniennes incluant, la Polynésie française, les îles Tonga et la Nouvelle- Calédonie.


Pourquoi viennent-elles en Calédonie?

Les baleines à bosse viennent en Nouvelle-Calédonie pour se reproduire. Pendant tout l’hiver, les mâles vont se livrer à des joutes pour l’accès aux femelles. Poursuites, coups de tête, ils utilisent leurs nageoires pectorales et caudales comme de véritables armes pour affronter leurs adversaires ! Les balanes, ces petits crustacés accrochés sur le bord des nageoires, ont une enveloppe calcaire qui va laisser des cicatrices parfois sanguinolentes sur le dos des mâles reproducteurs.

C.Schoenholtzer

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