SudForêt espère des fonds pour planter un massif « digne de ce nom »

La filiale de la province Sud travaille à la création d’un label Bas carbone destiné à attirer les compensations volontaires hors du marché mondial. Accompagnée par l’Agence française de développement, la société compte ainsi financer le développement de la filière sylvicole, qui nécessite de lourds investissements.

Trente ans de croissance, trente ans d’entretien, c’est le minimum pour amener un arbre à maturité. Rien que pour la plantation, il faut investir entre 800 000 francs et 1,2 million de francs par hectare selon l’espèce et la densité. La sylviculture coûte cher et l’argent public se fait rare, mais Ricardo Pinilla-Rodriguez reste décidé à créer « un massif forestier digne de ce nom », bien plus vaste que les 2 000 hectares actuellement répartis entre Bourail et Yaté.

Pour gagner 1 000 hectares rapidement, le directeur de SudForêt croit au système de la compensation et a décidé d’avancer de son côté. La société d’économie mixte (filiale de la province Sud et de la Caisse des dépôts) travaille à la création d’un label Bas carbone destiné à attirer les dépenses purement volontaires des entreprises, hors du marché mondial des « droits à polluer ». Fin 2022, elle aura achevé la rédaction d’un statut juridique qui pourrait être repris par le Congrès. Il faudra que le texte soit porté par des élus, ce qui n’est pas chose acquise.

Pour l’heure, SudForêt se concentre sur la partie technique. Elle a obtenu le soutien de l’Agence française de développement (AFD), qui finance 95 % du projet via une subvention de neuf millions de francs. « On apporte de l’expertise et du temps du travail, ce qui nous coûte aussi beaucoup », précise Ricardo Pinilla-Rodriguez.

« Pas centré sur le pinus »

Le label Bas carbone serait attribué à une plantation, pas aux entreprises qui la financent, et certifierait son efficacité. « Il faut donc mesurer le carbone séquestré par une espèce pendant toute sa vie, de la plantation à la coupe », explique Raphaëlle Farsi, responsable de la recherche et du développement de SudForêt, qui mène ce travail. Le pinus semble imbattable, lui qui croît beaucoup plus vite qu’un kaori ou qu’un pied de santal. Mais l’espèce est invasive, et représente un danger pour la biodiversité lorsqu’elle n’est pas maîtrisée. « Le label ne sera pas centré sur le pinus, assure Raphaëlle Farsi. On a besoin de diversité. »

Ricardo Pinilla Rodriguez s’attend de toute façon à ce qu’il soit critiqué. « Certains parleront peut-être de greenwashing… Mais la séquestration du carbone sera réelle. Et sans les financeurs, il n’y a pas de projet. » Parmi les potentiels contributeurs calédoniens, SudForêt pense aux principaux émetteurs de CO2 : le nickel, l’industrie, le transport aérien…

 


Prony Resources : « On s’y intéressera »

L’usine du Sud, qui émet un million de tonnes de CO2 par an, s’est engagée à atteindre la « neutralité carbone » d’ici 2050, notamment en remplaçant le charbon par le solaire et le carburant des camions par de l’hydrogène. Compensera-t-elle le reste de ses émissions via des programmes comme celui de SudForêt ? « Cela demanderait des surfaces très importantes. Mais je ne dis pas que c’est impossible. On s’y intéressera », répond Sylvain David, responsable de la transition énergétique. À court terme, Prony Resources compte surtout « utiliser des technologies matures pour diminuer les émissions ». Et, à plus long terme, « il faudra que les clients soient prêts à payer le coût de la décarbonation. On veut que Tesla considère notre nickel vert. »

 

SudForêt a 10 ans

Depuis sa création, en 2012, 2 000 hectares ont été plantés. Le pinus, l’espèce la plus précoce, arrive à maturité en 30 ans : pour l’exploitation, il faudra encore patienter. Ricardo Pinilla rêve de planter systématiquement 300 hectares par an, ce qui créerait 160 emplois et aurait d’autres vertus à l’échelle du pays, estime-t-il. « On a énormément de foncier dégradé et on importe 90 % du bois de construction. Cette dépendance était déjà une fragilité, elle l’est encore plus avec la hausse du cours des matières premières, les difficultés du fret et la guerre en Ukraine. »

 

Gilles Caprais (© G.C.)

 

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