Steeve Laigle : ballon de foot et table ronde

Pour Steeve Laigle, président du club communal de Houaïlou, de retour à la tête de la Fédération calédonienne de football, « on va travailler avec ceux qui veulent travailler ». Photo Y.M.

Nouveau président de la Fédération calédonienne de football, l’homme de Rivière-Salée installé dans le Nord, dirige en parallèle l’association d’échanges Unid, l’Union nationale pour notre indépendance dans la diversité. Deux responsabilités bien distinctes, selon Steeve Laigle, guidé par des convictions personnelles.

« J’ai une habitude, je ne mélange pas la politique et le sport. » La phrase prononcée d’emblée marque une règle invitant à respecter la séparation nette entre deux mondes, telle une ligne blanche tracée sur la pelouse.

Steeve Laigle a retrouvé, fin décembre, les rênes de la Fédération calédonienne de football pour quatre ans, après avoir dirigé la structure de 2016 à 2020. La tâche est lourde. Le nombre de licenciés a chuté à 4 000. Des guéguerres personnelles ont pollué la vie de la FCF.

En parallèle, l’habitant de Koné, entrepreneur dans le bâtiment, tous corps de métier, préside l’Unid, l’Union nationale pour notre indépendance dans la diversité, une association qui se veut « un espace de débat libre ouvert à tout le monde » sur les politiques publiques, les synthèses étant ensuite proposées au groupe UNI.

Steeve Laigle marche donc sur deux pieds, l’un sur le terrain footballistique, « c’est ma passion », l’autre en faveur de son « engagement de citoyen ». Un équilibre, selon l’intéressé, sans croisement de voies.

AVEC LAURENT GANÉ

Des footballeurs comme des Calédoniens du Nord ou du Sud voient davantage en l’homme de 52 ans « un dirigeant sportif ». L’effort physique l’a toujours attiré. Dès l’âge de huit ans, une licence est signée à l’AS Auteuil, un club familial dans lequel s’impliquaient une grande tante et tous les tontons. « On commence à taper le ballon avec les cousins, puis on s’intéresse à la compétition », se souvient Steeve Laigle, qui a grandi dans le quartier de Rivière-Salée.

Le joueur se défend plutôt bien. Dans un coin de la tête, un rêve né très tôt se promène : « être gardien de but professionnel ». Mais en ces années-là, la détection dans les clubs et le lien avec les structures de Métropole ne sont pas aussi bien établis qu’aujourd’hui.

Après un détour par le triathlon et le cyclisme, une période durant laquelle il croise en compétition le futur champion Laurent Gané, et un service militaire à Marseille – « j’étais supporter du club » –, le jeune homme, qui voulait être prof de sport au départ, revient au foot sur le territoire. Le ballon rond est toujours à côté de la semelle. « Je suis un sportif dans l’âme, un amoureux du sport. Tous les sports. Foot bien sûr, mais aussi le tennis, le rugby, le basket… »

À l’occasion d’une mutation professionnelle de sa femme institutrice à Houaïlou, Steeve Laigle occupe les cages de l’ESH en futsal, tout en étant entraîneur. Trois titres de champion de Nouvelle-Calédonie s’enchaînent. Il y a dix ans, le maillot de gardien est replié.

SOLIDARITÉ

Au-delà des trophées, la commune minière et, plus globalement, le Nord apportent un bien inestimable, déjà apprécié à Rivière-Salée, « j’ai ressenti réellement le vivre-ensemble, il y a encore cette solidarité ». Le sang du footballeur témoigne d’ailleurs de ces rencontres aux horizons lointains : une arrière-grand-mère est descendante de la chefferie d’Atéou à Koné, une grand-mère est métisse kanak-japonaise, et son père européen-réunionnais. De tels gènes militent en faveur d’un « consensus » en Nouvelle-Calédonie.

Steeve Laigle, père de famille, passe peu à peu de la critique à la conscience politique il y a plus de dix ans, et rejoint comme « simple participant » les bancs de l’Union nationale pour notre indépendance dans la diversité. Avec une idée nette : « Si je veux que ma vision des choses soit entendue, il faut peut-être que je m’intéresse aux espaces de discussion politique ».

Le format associatif, dans lequel « j’ai toujours été », l’attire bien plus que l’enceinte d’un parti. D’autant qu’autour de la table de l’Unid, « on parle de tout », de l’école, des impôts, de l’électricité, de Bougival… « Les gens qui viennent abordent les problématiques qu’ils souhaitent », des citoyens « encartés ou non, peu importe ».

Le terme « indépendance » retrouvé dans l’Unid peut déjà s’entendre sur le plan économique, d’après son président en place depuis deux ans, des autonomistes prenant part aux échanges au sein de l’association. En politique, comme dans le football, Steeve Laigle en est convaincu : « Pourquoi allons-nous nous disputer sur des choses où il n’y a pas de raison ? On peut travailler et construire ensemble ».

Yann Mainguet

Les axes de la FCF

Face à un effectif passé de 12 000 à 4 000 joueurs en quelques années, Steeve Laigle veut relancer le football de masse, de proximité, également développer la dimension professionnelle de ce sport, ou encore encourager la pratique par les féminines.