Soins des cancers du sang : un parcours encore semé d’obstacles

Margot Robles, seule onco-hématologue du territoire. Elle suit près de 500 patients, atteints d’un cancer du sang. © N.H.

Septembre est le mois national de sensibilisation aux cancers du sang, appelé Septembre rouge. En Nouvelle-Calédonie, les patients atteints de ces maladies peuvent avoir accès à la plupart des traitements disponibles. Mais l’absence de certains équipements et d’un service d’hématologie contraint encore certains malades à se faire soigner à l’extérieur du territoire.

Depuis 20 ans, Marie-Line vit avec un myélome, un cancer du sang qui concerne près de 120 personnes en Nouvelle-Calédonie et qui peut provoquer douleurs, essoufflement et fatigue. Au fil de sa maladie, elle a connu les autogreffes, les chimiothérapies et la radiothérapie. Deux rechutes, en 2016 et en 2024, l’ont obligée à se rendre en Australie. En 2023, elle avait également été évasanée dans l’Hexagone pour bénéficier d’un traitement par CART-T cells, une thérapie encore récente qui consiste à prélever certaines cellules immunitaires du patient, à les modifier en laboratoire afin qu’elles reconnaissent et attaquent les cellules cancéreuses, puis à les lui réinjecter.

Aujourd’hui, son myélome s’est « endormi ». Malheureusement, une leucémie aiguë, autre type de cancer de sang, est apparue. « Les médecins me disent que cela peut être une conséquence de tous les traitements dont j’ai bénéficié pour le myélome, précise la quinquagénaire, qui fait preuve d’une résilience remarquable. Tant que je peux, je me bats. Je suis encore là aujourd’hui, donc je me dis que j’ai une bonne étoile. »

MANQUE DE PERSONNEL

Dans quelques jours, elle entamera son quatrième cycle de chimiothérapie. Un traitement qu’elle a la possibilité d’effectuer au Médipôle, ce qui n’est pas le cas de toutes les prises en charge. En effet, si les patients ont accès à la plupart des traitements, certains freins empêchent néanmoins une prise en charge entièrement locale de chaque cas de cancer du sang, ce qui fait « peut-être parfois perdre des chances aux patients », souligne Margot Robles, seule onco-hématologue du territoire. Celle-ci les accompagne du diagnostic de leur maladie jusqu’au choix du traitement, et les suit pendant et après les traitements.

Pour commencer, par manque de personnel, « il n’y a pas de service d’hématologie », explique-t-elle. Certains traitements, comme les autogreffes ou les chimiothérapies intensives, nécessitent aussi « une consommation très importante de produits sanguins ». Or, « nous n’avons malheureusement pas les réserves en sang et en plaquettes suffisantes pour absorber ce besoin ». Les Calédoniens qui doivent suivre ce type de traitement, comme Marie-Line à plusieurs reprises, doivent être évacués sur Sydney.

« TOUJOURS DEBOUT »

Autre frein : l’absence sur le territoire d’un PET-scan, un examen d’imagerie médicale qui permet notamment de repérer des zones où l’activité des cellules est anormalement élevée et ainsi de contribuer à la détection et au suivi de certains cancers. « Il est largement recommandé pour la cancérologie de manière globale », précise la spécialiste. Des contraintes logistiques sont aussi à prendre en compte. Du fait de l’éloignement entre la Nouvelle-Calédonie et l’Hexagone, « les examens envoyés à Paris ont des délais de rendu des résultats supérieurs à la moyenne ». Pour Marie-Line, ces contraintes font désormais partie d’un parcours de soins qui dure depuis deux décennies. Elle continue pourtant d’avancer, avec l’espoir de voir cette nouvelle maladie, elle aussi, « s’endormir ». « Je suis toujours debout. La science avance et moi j’y crois », assure-t-elle.

Nikita Hoffmann

Les cancers du sang à la loupe

Il existe trois grandes familles de cancers du sang :

  • Les leucémies, qui touchent les cellules sanguines fabriquées dans la moelle osseuse. Des cellules anormales s’y multiplient de manière anarchique et peuvent ensuite se retrouver dans le sang, perturbant la production des autres cellules sanguines saines, notamment les globules rouges et les plaquettes.
    Ces maladies provoquent de la fatigue et de l’anémie et parfois des infections ou des saignements.
  • Les lymphomes, qui désignent des cancers des lymphocytes, des cellules du système immunitaire. Ils se développent principalement dans le système lymphatique, notamment au niveau des ganglions. Parmi les symptômes, des ganglions gonflés, de la fatigue, de la fièvre, des sueurs nocturnes ou une perte de poids.
  • Les myélomes, qui se développent à partir des plasmocytes, des cellules immunitaires produites dans la moelle osseuse. Ils peuvent être à l’origine de lésions osseuses, d’anémie, d’une insuffisance rénale ou une augmentation du calcium dans le sang.